VC(- ANAL YS E DES TRAVAUX DE L'ACADJ^MIE PENDANT LE COURS DE l'aN 12 , Lue a la stance publique du z*^. germinal an i3 ; et suivie de No- tices historiques sur les travaucc et la uie de MM, P^zu3iot, G^UTHEROT ^ MONNIER et Vi ONN oi s. ^:7l~'y7;:>-^ A DIJON, DE l'iMPRIMERIE DE FRANTIN. XIH i8o5. ANALYSE , DES TR AV AUX De V Acaddmie des sciences y ajts et belles-lettres de Dijon ^ pendant le couj^s de I' an iz. M ESSIEURS, Les Corps academiques furent sans doute Institues pour accroitre les connoissances humaines, encourager les savans et propa- ger lenrs decouvertes j il est done du devoir des Academies de faire connoitre les ou- vrages qu'elles ont re^us, et si cette taclie leur est flatteuse par I'espoir d'augmenter le gout des sciences , il ne leur est pas moins precieux de pouvoir satisfaire au besoln de la reconnoissance , en procla- mant les noms des savans qui les ont ho- norees du fruit de leurs veilles et de leurs lumi^res. 1 L'Academle ^'est occupee des sciences physiques et mathematiques , des sciences morales et polltlques , des arts et des lettres. Un phenomene singuller appelolt I'at- tentlon de tous les savans ; TIte-LIve fait mention d'une plule de pierres tombee snr la montagne d'AIbe j des plienomenes sem- blables sont cites par quelques savans , et dernierement I'lnstitnt a charge M. Elot du soln d'exanilner un fait de cette nature, ar- rive pres de 1' Aigle , le 6 floreal de Fan 1 1 . Quelle etolt I'orlglne et la nature de ces pierres , dites nieteorlqnes ? venolent-elles de la ktne ou de quelqu'autre plan^te , corame Font pense quelques savans ? Ces objets occupolent rAcadeinIe,lorsque deux jnemoires re^us , I'un de M. Amanton, I'au- tre de M. Deluc , vlnrent augmenter I'ln- terSt de ces discussions , et repandre quel- ques lumieres sur un phenomene peut-etre plus facile a. croire , par une excessive con- fiance dans ceux qui I'ont narre , que par des ralsonneinens tires de lasalne physique, oil avoues par nos connoissances inodernes. M. Amanton a joint a son memoire une pierre de I'AIgle , du poids de sept onces (3) trois gros , ovi deux cent quatorze grammes cent quinze decigrammes j plus six autres fragmeiis de ces monies pierres , du poids de deux onces deux gros et demi et dix- huit grains, Equivalent asoixante-un gram- mes quatre-vingt-quinze decigrammes, plus quatre-vingt-seize centigrammes. L' Academic se seroit empressee de sou- mettre ces pierres k I'analyse chymique, si Ton pouvoit esperer de nouvelles observa- tions apres les travaux des Fourcroy, des Vauquelin, qui nous ont appris , que les parties constituantes de ces pierres sont la silice , le f'er oxide , la magnesie , le nikel et la chaux. Sans contester les temolgnages recueillls par M. Biot, M. Deluc trouve, dans sa narration , des circonstances difiiciles k concilier. Telles sont : la dlsparition du meteore , ou globe de feu , et son remplacement par un petit nuage rectangle ; il en est de meme de r^tat stationnaire de ce nuage , renfer- mant , en pierres , un poids de vingt k trente quintaux. Cette iiumobiiitE paroit k M. D^luc d'au- (4) tant plus difficile a coiicevoir, qu'il n'est qu'une Vitesse quintuple de celle d'un bou- let de canon , qui puisse balancer Taction de la gravite. M. Deluc croit contraire atix plieno- menes connus d'attribuer I'etat d'ignition du meteore au frotteraent eprouve dans I'air , et il en donne pour preuve , qu'on ne decouvre aucun vestige de fusion dans la balle tiree d'une arme k feu , menie ray ee. Enfin , cornnie I'explosion de ce meteore ne s'est pas faite a une grande distance de la terre , cet habile geologue pense que ces pierresn'arriventpas de regions elolgnees, et qu'elles ne peuvent etre reputees ni frag- ment planetaire , ni matiere lunaire. Dans cette opinion , ce phenomene sem- ble plus difficile a concevoir j des-lors, comment des matieres aussi pesantes ont- elles pu sojourner dans les nuages ? ou , s'ii falloit un instant pour les former, quelle force a pu reunir , si subitement , leurs parties constituantes , et par quelle cause de tels principes sont-ils parvenus jusque dans la region etheree ? Tandis que plusieurs savans cherchoient (5) _ la cause des plerres meteorlques , et s'oc- cupoient de leur analyse , d'autres s'adon- noient a I'examen d'une decouverte , dont la cause sera peut-etre aussi difficile a con- noitre,mais dont les effets ne peuvent etre coutestes, puisque nous pouvonsles eprou- ver par nos propres sensations. M. Gautherot, qui n'existe plus que par les services qu'il a rendus aux sciences , a public deux memoires sur ie fluide galva- nique , que M. Rouhie son beau-i'rere a fait parvenir a I'Academie. Combien les verites nouvelles acquierent de poids et de force , lorsque , dans le me- me temps , elles sont proclamees en diffe- rens pays par des savans qui n'ont entre eux ni rapports ni liaisons ! Dans le meme temps , de serablables experiences etoient faites a Londres par f luraphry Davi j a Ber- lin , par Humboldt j k Paris , par Gautherot. Dans le mSme temps , William Hyde Wolaston a Londres , Gautherot a Paris , professoient la meme doctrine , et soute- noient que I'oxidation des metaux etoit la cause principale des phenonienes galva- jiiques. Certes les savans etrangers n'ont pas tou- jours partage la gloire des decouvertes de Gautherot ; il en est quelques-unes qui ap- partiennent a lui setil , et que nous nous plaisons a citer, comme unhommage rendu a sa raemoire , et comme un temoignage solennel de notre reconnoissance. Apresmilletentativesinfructueuses^mille soins mlnutieux , Gautlierot le premier est parvenu h construire un appareil galvani- que, sans employer d'autres substances que du cliarbon et du schiste. Une pile ainsi construite , et forraee de plus de quarante etages , donne une saveur vive, piquante, manifeste le plienomene de I'eclair, et pro- duit la decomposition de I'eau, le cote du cliarbon degageant le gaz liydrogene. II etoit encore reserve a la sagacite de Gautherot d'indiquer un raoyen propre a faire juger du degagement de la plus pe- tite quantite de fluide galvanique : cemoyen est aujourd'hui connu de tous , et I'instru- ment employe a cet effet s'appelle galva- nostok. Ainsi I'etude du galvanisme etoit trop interessante , ses phenomenes, appliques k (7) ^ I'art de guerlr , pouvoient etre d'une trop grande utility , pour ne pas fixer notre at- tention. Nous avons repete les belles expe- riences galvaniques d'Huraboldt et de Van- mons ; nous avons observe le phenoraene de I'irritabilite se maniFester avec une ^ner- gie vraiment surprenante , dans le tronc d'une carpe separe de sa tete depuis plus de quinze minutes ; un oiseau , noye depuis quelques secondes, a battu de I'aile , et ses yeux, par Teffet de la contraction des pau- pieres, ont paru , pour la derniere fois, s'ouvrir a la lumi^re : enfin, en arraantles etamines des fleurs, les premiers, nous avons tente , sur leurs organes , des experiences galvaniques, qui demandent a etre repe- tees , dont nous publierons le resultat , et qui peiit-etre seront un Jour d'une grande importance , soit par les termes de compa- raison qu'elles donneront lieu d'etablir , soit par les limites qu'elles pourront placer cntre I'irritabilite aniraale et I'irritabilite vegetale. Ainsi le domalne de la physique s'agran- dit chaque jour, ainsi les sciences feront toujours des progres rapides, pourvu qu'ou (8) n'accumule pas systeme sur systeme , et que leur cleveloppeiuent ne suggere pas ces idees chimeriques qui nous ecartent du chemiii de la verite , et nous empeclient de discerner les vrais progres de la science. L'ouvrage dont M. Deluc, professeur a Gottingue , a fait la critique , est une preuve convaincante de cette verite. Que I'univers se soit forme sans creation instantanee, et que le principe de tout soit im fluide elementaire , dont I'origine est inconnue ; que ce fluide , par sa transition de la fluidite k la solidito , soit la source des grands globes qui majestueusement se promenent dans I'espace j que les continens soient produits par soulevemens et par Taction des fluides expansifs sous la croute terrestre, nousne vous entretiendrons point ni de ces idees emises par M. Schmieder, jii de la refutation de M. Deluc ; on pour- roit reprocher au premier de trop s'aban- donner au travail de son imagination j au contraire , le professeur de Gottingue s'at- tache a le refuter par I'etude et I'examen des phenomenes connus, il semble ne vou- loir marcher qu'avec des faits ; mais le voile (9) dont s'enveloppeiit les operations de la na- ture , robli^e quelquefols de recourir a des conjectures dont il n'ose garantir ni I'exactitude , ni la verite. Pour etablir avec quelque fondement les ojierations secondaires du globe , il faut avoir una prof onde connoissance des mon- tagnes, des collines, des plaines, des cou- rans d'eau , des cotes de la mer , des masses volcaniqties , et de la nature de leurs pro- duits. Peu de savans possedent leur Iiistorique comme M. Deluc, et ses lumieres doivent a j outer un nouveau prix a la dissertation qu'il vient de nous envoyer sur les substan- ces volcaniques. M. Deluc clierche a prouver, par cet ^crit, qu'il est temeraire de vouloir assigner la nature des substances qui entretien- nent les volcans ; qu'elles n'appartiennent pas plus au porphyre qu'a la roche de cor- ne , au granit ou au scliiste , et que ces di- verses opinions ne peuvent etre fondees sur aucunes donnees certaines. A-t-on jamais trouve dans le porphyre le schorl des volcans , nomme augite , puis ( lo) plroXene , alnsi que la leuclte ou grenat blanc , dont la crystallisation est de forme ronde a vingt-quatre faces trapezo'ides ? A-t-on jamais decouvert, dans cette sub- Stance , les particLiles ferrugineuses qu'on remarque dans certaines laves ? Observateur attentif des merveilles de la nature , M. Deluc a su lui derober ses se- crets , dans les entrailles de la terre , comme dans I'examen des etres qui I'animent et la vivifient; il nous a communique des re- marques sur les lepas , et nous a fait part de la decouverte d'un nouveau coquillage. Ses observations sont trop interessantes pour nous borner a une simple analyse 3 jious allons les inserer textuellcment. « D'apres nombre de faits , les lepas ne paroissent pas avoir de mouvemens pro- gressifs , et doivent vivre a la meme pla- ce ; ils soulevent seulement leur coquille , lorsqiie tout est tranquille autour d'eux , pour jouir du contact de I'eau de mer et recevoir leur nourriture : d'ou il resulte que le contour ou le bord de la base de leur coquille se moule sur la surface du ro- clier ou du corps quelconque sur lequel ( »o ils adherent. C'est de \k que viennent les inegalites tres varices du bord de ces co- quilles , lorsqu'elles ont vecu sur une sur- face arrondie ou raboteuse. cc En parcourant le bord de la mer, a Va- lence, je trouvai une huitre chargee, sur I'une de ses valves , de deux grands lepas cabochon , dont les bords joignoient exac- teraent toutes les inegalites de I'liuitre. J'avois alors nioins d'experlence ; je ne considerai que les lepas , et je les detachai de dessus I'liuitre. cc Mieux aviso depuis , ayant trouve sur la plage de Sicile , pres du pliare de Messi- ne , plusieurs petits madrepores rameux , recemment amenes sur le rivage avec quel- que filet , j'en distinguai un , charge de six petits lepas d'une esp^ce rare, que je me gardai de separer du madrepore : je le possede avec ses six petits lepas j ils sont exactement de la merae espece que celui represente aux lettres HI-HI de la plan- che 4 citee ci-dessus, designe , dans la des- cription , sous le nom de petit concho' lepas. cc Ces Idpas, fixes sur les rameaux du ma- ( 12 ) drepore , embrassent une partie de leur circonf ierence , et leur largeur est disposee dans le sens de la longueur du rameau. L'indlvidu grave a ete maniiestement dans cette position ; on la reconnoit tres bien. dans la forme de sa base, dont il n'est dit autre chose , dans la description , que ce- ci : le contour de la base forme un ovale peu regulier. cc Le plus grand de ceux que je possede , a trois lignes et demie dans sa largeur , et le plus petit , environ deux lignes. Leur couleur est legerement rose , et ils sont tra- verses de petites stries bien prononcees , qui partent en rayons du sommet : ces le- pas , etant dans toute leur f'raicheur, sont tres jolis , vus a la loupe. . cc Ces faits expliquent les inegalites de la base des lepas recens et des lepas fossiles de toutes les especes qui , sans cette cle , paroissent fort extraordinaires , et dont on a peine a se rendre raison. tc Je possede une vis fossile du Piemont de trois pouces et demi de longueur , que i'aitrouvemoi-meme, qui a dans sa bouche un lepas de I'espece cliambree aplatie j il ( i3 ) s'est si Lien moule clans le contour inte- rieur de cette bouche , qu'il semble n'en etre qu'une lame un peu soulevee. Ce le- pas, qui a neuf lignes de longueur, peut s'oter et se replacer , on voit alors que sa surface inferieure a re^u le poli du vernis de la vis. Ceci explique encore la forme sin- gulieredequelques-uns de ces memes lepas iossiles, qui sont creux en dessus , bombes en dessous, et quelquefois dejetes. cc La position fixe du lepas explique en- core un autre fait. Sur les cotes ou vivent ensemble les lepas et les glands de mer, on voit souventles premiers enormeraent char- ges de ces petits parasites. J'en ai detache en basse raaree sur les rochers de la cote d'Exmouth, qui en sont converts a triple etage. Ces pauvres porte-faix , vivant dans un iluide qui allege beaucoup les charges, n'en sont pas accables. Si les lepas chan- geoient de place , les glands de mer ne pour- roient pas s'y fixer en aussi grand nombre, ni les environner quelquefois si etroitement, qu'ils ne peuvent avoir que le mouvement d'^lever et d'abaisser leur coquille. « Je regrette que dans la Concliyliologie ( i4 ) que j'aicitee,la description des bucchis n'ait pas ete faite , parce que je soup^onne beau- coup que ceux representes a la lettre F de la planche 79, et k la lettre R delaplanche 80 , sont des buccins fossiles boiiche h gau- che , du comte d'Essex. Cette meprise ne me surprendroit point. Le test de ce f'ossile est en general bien conserve , et montre tres vraiserablablement dans sa couleur fauve , sa couleur originelle. Les autres coquilles ibssiles de la m^me couclie sont blanches et fragiles , comme la plupart de celles renfermees dans des couches sableuses et argilleuses , ou composees de debris de co- quilles. Celles de la couche d'Essex ont une leg^re teinte de roullle de fer, la couche elle-m§ine en etant fortement impregnee. « Jevis un de ces buccins dans la collec- tion de cocjuilles d'une dame, qui le croyoit line coquille recente et qiii I'avoit achete assez cher comme tel. Quand on ne con- noit pas ce f'ossile , il est ais(^ de s'y me- prendre. Les brocanteurs peuvent facile- ment lui donner un poll dont il est suscep- tible, ou plus d'apparence a des stries dis- posees dans le sens des reYolutions du buc- ( 15) cm , qui sont tres bien conservdes sur quel- ques individus. « En parcourant la cote de Dartmouth, en basse maree , je remarquai que les rochers schisteux de cette cote etoient couverts de lepas et d'une multitude de petits glands de mer. J'enlevai un eclat de ces rochers , que je possede , charge de ces petits glands et de deux lepas. Non-seulement le bord de ces lepas joint exactement, dans toute sa circonference , les inegalites du schiste , mais plusleurs des petits glands qui les en- vironnent , sont engages dans la dentelure de la base des lepas , comme les ailes d'un pignon dans les dents de la roue qu'il fait tourner; position qui seroit impossible, si les lepas changeoient de place, qu'ils soient couverts , ou non , des eaux de la mer. Le lepas, en grandissant, a sans doute qtielque raoyen d'ecarter cette ceinture. Comment expliquer tous ces f "aits , sans adinettre que le lepas ne bouge pas de sa place. tc Valmont de Bomare dlt cependant, dans son dictionnaire d'histoire naturelle , que le lepas se ddtache du rocher a volontti pour alter a La pdture. Oa a beaucoup ( 16) d'exemples qu'un deplacement n'est pas necessaire pour cela j le lepas peut vivre sans qiiitter sa place , comme toutes les especes d'liuitres , les conques anatif^res , ses voisins les glands de mer, et tant d'au- tres animaux marins. « Cette expression : se dStache du ro- cker, a meme ceci de singulier, qu'elle in- diqueroit que le lepas s'en separe pour voguer au hazard en qu^te de sa nourri- turej il ne reviendroit done plus k la place qu'il occupoit , et tout indique que s'il la quitte , il doit y revenir : elle a encore' ceci de remarquable , c'est que le lepas est considere comme etant attachd au ro- cker ^ ce qu'on ne dira jamais des coquil- lages qui se meuvent pour chercher leur pature. cc L'expresslon de Dargenvllle est plus singuliere encore ; il fait mener au lepas une vie tr^s active. La patelle et I'oreille de mer qui s'attackent aux rockers, dit-il, s'en separe nt, et vont paitre sur le rivage. On croiroit voir les lepas arriver sur la plage comme les tortues et les veaux ma- rins ; ce qui a donne lieu , sans doute , ^ ( 17 ) fcette Strange meprise , ce sont les lepa5i qu'on voit au reflux attaches sur les ro- chers , ou Ton croiroit qu'ils sont arrives du fond de la mer. Ces pauvres lepas , laisses a sec , attendent bien tranquille- ment, sans botiger, le retour de la maree, qui ramene leur Element avec leur nour- riture , et le reflux suivant les laisse k la meme place. Leurs voisins , les glands de jner qui les couvrent sovivent h triy)le etage , deposent , h. qui les interroge , qu'ils viveut paisiblement ensemble sur le lieu qui les a vu naitre. cc II est possible cependant que dans le grand nombre d'especes de ce coquillage , il y en ait quelqu'une qui se meuve ; peut- etre aussi n'a-t-elle , dans ce cas , que la faculte de cherclier une autre place, lors- que quelqu'accident I'a detachee de celle qu'elle occupoit* « J'invite les naturalistes qui seroient de I'opinion contraire , de concilier , avant tout, d'une maniere precise , les faits que j'ai cites , tant des lepas fossiles , que des lepas vivans , avec I'idee d'un mouvement progrcssifj en leur fajsajit observer, que ( i8 ) tous les coqulllages qui ont un moiivement certain , ne se trouvent dans aucun de ces etats." M. Deluc a joint a ces remarques sur les lepas , la description d'un bivalve ma- rin qu'il ne connoissoit point , et qu'il n'a vu decrit dans aucune conchyliologie. cc En cherchant un lepas , dit M. Deluc , grave dans I'ouvrage de MM. de Favanne, continuateurs de Dargenville ( edition de 1780), une coquille de I'orme alongee de la planche 4» designee par les lettres G. G, £xa mon attention. Je lui trouvai beau- €oup de ressemblance avec une des valves separees de nion nouveau bivalve j je cher« chai , dans le discours sur les lepas , ce qui en etoit dit, et j'y trouvai la descrip- tion suivante. ( Voy. jjag. 542. ) cc C'est plutot une espece d'opercule qu'un lepas. Lorsque nous I'avons fait graver, d'apres I'original que poss^de madame de Bandeville , nous etions incertains sur la nature de cette production singuliere 5 mais M. Solandrac de Pilmont nous a assure depuis , en nous envoyant le dessin d'un pareil morceau , que c'etoit I'opercule d'une ( 19) espece de buccin des iles Maldives. II est de forme eti'oite et fort alongee , finissant en. poiute a tine extremite qui est eclian- cree et creusee en gouttidre , tandis que I'autre est large et evasee. Get opercule est fort mince, de nature de corne et un peu flexible ; ses crues ou accroissemens sont bien prononces j son exterieur , peu convexe , fait voir une espece de cote ou de pli longitudinal , assez sensible vers I'extremite ecliancree , mais qui disparoit vers I'extremite opposee. En dedans il est fort brillant , sa couleur est verd de mer, juele de jaunatre plus fonce en dessus qu'en dessous. Celui dont nous donnons la figure a vingt a vingt-deux lignes de longueur. II s'en trouve un dans le cabinet de la reine de Suede, que Linne a place dans le genre des lepas , en citant les figu- res qui en ont ete donnees par Rumphius et Petiver j mais le premier de ces deux auteurs regarde cette production de la mer comme une sorte d'opercule , et le second la donne pour une coquille tubulaire. QuqI- ques curieux penseut , an contraire, que c'est une partie osseuse de quelque poisson qui nous est incoiinu. v cc La description qu'on vient de lire , s'ap-* plique parfaitement a la forme , h. la tex- ture €t aux couleurs du bivalve que je pos- sede. Sa seule difference consiste dans la petite echancrure du sommet , chaque val- ve du bivalve se terminant en pointe sous la forme de bee : mais cette echancrure de i'individu grave ne pent etre qu'une frac- ture accidentelle j car la valve d'apres la- quelle Linne a fait sa description, sous la designation de patella , avoit son sommet en pointe. Patella unguis , dit-il, vertice mucronato carinato. « Ayant le bonheur de posseder les deux valves reunies , qui , separees , ont ete pri- ses pour un lepas , un opercule , une co- quille tubulaire , et m^me pour la partie osseuse d'un poisson inconnu , j'ai un vrai plaisir.(si je suis le premier) de faire con- noitre la vraie nature de cette coquille, et d'cn donner le dessin. cc 11 n'est point etonnant qu'il soit si rare de trouver les deux valves reunies. Elles n'adherent pas I'une a I'autre par une char- ui^re , ni par un fort ligament j celui qui les lie , place pres du sommet , a peu de (21 ) consistance , et doit bientot se clissoudre ,' quand Tanimal est mort. Les deux valves etant semblables et sans indice de char- iiiere , peuvent etre prises facilement pour des univalves , quand elles sont separees ; les bords , qui s'etendent en ailes de part et d'autre de chaque valve , sont fort min- ces j le bivalve se presente a la vue par sa delicatesse, sa transparence et les nuances de sa couleur verte , melee de jaune en quelques endroits , d'nne maniere tres- agreable. cc Si la reunion des deux valves , par un ligament existant , n'etoit pas necessaire pour constater I'identite du bivalve, je les aurois separees pour voir bien a decou- vert la face interne qui doit etre interes- sante ; mais il faut le conserver soigneuse- ment tel qu'il est. Ce bivalve etant origi- naire des mers orientales, il pent tres bien venir des iles Maldives. 11 forme un genre nouveau , car il ne peut etre ])lace dans aucun de ceux qui sont deja determines : on peut le nommer, d'apres sa forme, bee de canard, 3> L'histoire des coqiiillages , leurs formes. ( 20^ tantot elegantes , tantot singulieres , quel- quelbis bizarres , la beaute de leurs cou- leurs , I'eclat de leur nacre , doivent inspi- rer le desir de les connoitre j ainsi , la concliyliologie merite , cornme toutes les branches de I'histoire naturelie, les regards et riiommage du naturaliste eclaire j mais elle n'offre pas , coinme la mlneralogie , des rapports d'utilite aussi prononces, soit dans les arts , soit dans la medecine. L'Academie a requ de M. Beurard, agent du Gouverneinent pres les mines de mer- cure des ci-devant Palatinat et pays de Deux-Ponts , un memoire sur la maniere de f'aire les recherclies des mines dans le Palatinat et d'en commencer les exploita- tions , et sur les diverses metliodes em- ployees pour I'extraction du mercure de sa gangue. On lit avec interet les details economiques ct les preceptes utiles que contient la pre- miere partie de ce memoire. Avant de tenter aucune fouille , la pru- dence ordonne d'examiner les fragmens de roches qui se trouvent dans les ruisseaux , ou dans les lits de rivieres 5 lorsqu'on ren- (a3) contre sous forme an2,uleuse , ou du moins peu arrondle ^ des especes qui accompa- gnent ordinairement les metaux, telles que la baryte sulfatee et le quartz , pourvu que ces especes ne soient pas les dorainantes dans les montagnes qui avoislnent ; lors- qu'il existe sur-tout des indices de mine- rai ; on met a decouvert la partie supe- rieure d'une couch e ou d'un lit ; les indices subsistans, la fouille se continue, soit par le moyen de galeries de recherche , soit en construisant des puits simples , pourvu cependant que la couche ne soit pas trop profonde, et que Ton n'ait rien a redouter de I'impetuosite de I'eau. Ces sortes de fouilles sont ordinairement peu dispendieuses ; mais pour construire des batimens d'exploitation , pour monter un travail de mine , il est essentiel d'exami- ner le genre du minerai , de chercher a connoitre la nature des sites qui le ren- ferment , et sur-tout de savoir s'il est so- lidement etabli , ou seulement superiiciel et dissemine , si son extraction sera facile et peu dispendieuse ; eniin , si Ton peut pratiquer des galeries d'ecoulement pour la sortie des eaux , ou iine macliine a va- peuis, destlnee aux memes fonctions. Sexploitation etablie , M. Beurard croit essentiel de s'appliquer a maintenir par-tout le cours de I'air et I'ecoulement des eaux , de f'aire marcher les travaux de profondeur avec ceux de I'etendue en longueur, et sur- tout de s'opposer aux extractions inconsi- derees , d'ou resultent des ebouleinens de terre. C'est ainsi que se sont niaintenues les exploitations de Landsberg et Stahlberg, tandis que celles de Woll'stein et Moersf'eld sont abandonnees , quoiqu'encore riches en bons minerais, Le perfectionnement du procedo que re- clame M. Beurard, et dont il s'occupe dans la seconde partie de son memoire , merite I'attention des savans. La methode la plus ancienne d'extraire le mercure de sa gangue , etoit une distil- XaXionper descensum, et se pratiquoit dans les forets , par le moyen de vases de terre culte, places au milieu des charbonnieres. Vers le milieu du siecle dernier, un par- ticulier de Dusseldorl', possesseur d'une mine de mercure , dans le pays de Hesse- ( ^5 ) Darmstadt, clecovtvrit iin procede de disill- Jation, qui est aujourd'liui le seul en usage. M. Beurard nous tiansmet une description exacte de cet appareil , et observe cepen- dant que cette methode, quoique superieure a la premiere , occasionne encore une perte sensible de mercure des les premiers coups de leu , par suite du deiaut de consistance du lutj de plus, lorsque le minerai est fort riche, les Yapeuis mercurielles se degagent en si grande quantite , que la capacite des retortes ne peut suf'fire a leur developpe- ment, et des-lors il n'existe plus assez de fraiclieur dans les recipiens , pour operer leur parfaite condensation j M. Beurard paroit craindre enfin , que la chaux ne de- gage pas tout le mercure uni au soulre, et qu'il ne reste combine avec lui une portion de mercure plus ou moins considerable. Convaincu de cesinconveniens , M. Beu- rard les soumet a la meditation de I'Acade- mie , et appelle sur cet objet les lumieres et les connoissances de ses membres. Nous devons a ce correspondant des re- mercimens pour les riches echantillons de mines de mercure, qui accompagnoient cet ( ^6 ) _ ^crit, et qui sont tous origlnaires du pays de Deux-Ponts , ou du Palatinat. Ce pays est encore renomme par son com- merce d'agathes , de cornalines , de cal- cedoines , de sardoines et de jaspes. Depuis que la mode s'est emparee de ces pierres , pour en former des bijoux , leur histolre, et celle du pays qui les renf'erme, est sans doute devenue d'un plus grand inter^t ; M. Leschevin , dans une de nos seances, nous a entretenus du paysd'Obers- tein , de la sirrgularite de sa position , de I'etendue de son commerce , du gisement des agathes, et de la maniere de les tra- vailler. Cette branche de commerce est une preu- ve de rindustrie des habitans, qui trouvent, dans la cause m^me de I'infertilite de leur sol,' des moyens d'existence et des sources de prosperite. II paroit, d'apres cet ecrit, que la gan- pue de ces agathes est tou jours soit une roche glanduleuse , soit une corneene dont la couleur varie ; tantot elle est d'un gris verdatre , quelquefois d'un noir fonce. S'il est prouve, par I'analyse de ces di- vers ouvrages , combien. I'Academie est at- tentive a reciieillir les fails que lui trans- mettent ses membres ; la meclaille qu'elle decerne en ce jour, et les aiitres ouvrages que nous allous analyser, sont une preuve qu'elle ne s'occupe pas avec moins de zele des inoyens d'eloigner les ula^^x qui deso- lent I'espece humaine. L' Academic a continue ses recherclies sur la vaccine. Un de ses membres lui a fait part d'une eruption locale , annuelle et periodique pendant les deux annees qiii suivirent I'insertion de la vaccine. II a de plus observe que la forme du bouton n'est pas essentiellement circulaire j il paroit qu'elle varie en raison du mode d'insertion. Cette Societe a consulte sur cet objet ses membres non residans j elle a re^u d'eux trois memoires , dont deux sont dus au zele de M. Desgranges, medecin a Lyonj le troisieme est de M. Larche , docteur en raedecine dans le departement du Cantal. Si nous en croyons le docteur Vibert de Pont-de- Vaux , et les medecins de Rheims , la vaccine pent etre tardive sans ctre infruc- tueuse j aujourd'imi M. Desgranges nous prouve qu'elle est egalement preservative lorsque ses symptomes sont precoces , pour- vu cependant que cette acceleration s'opere sons I'influence de qvielque cause morbi- iique ou accidentelle. Dans le premier exempleque cite M.Des- granges , la tumeur , le cinquieme jour, avoit acquis son parfait developpement. Le second exemple nous offre le deve- loppement du bouton vaccin dans I'espace de vingt-quatre heures ; tous ses progres doublerent de rapidite ; mais les symptomes revinrent 4 leur etat naturel , lorsque la cause qui les inlluen^oit cessa d'exister, et Ton doit d'autant moins douter de ref'li- cacite de ces deux operations, que le virus qui en resulta produisit de salutaires vac- cines. II est done vrai de dire , centre I'opinion de Woodvill^ , qu'une rongeur survenue des le second jour aux entamures ou inser- tions , etque leur gonflement ou leur ele- vation precoce , ne sont pas toujours des signes certains de manque de succes. D'autres observations de M. Desgranges vieunent a I'appui de ce fait, que le travail ( 29 ) cle la vaccine peut determiner une eruption Secondalre de variole , et reclproquement le travail de la variole , une eruption se- condaire du virus vaccin j sans que I'une ou I'autre des maladies soit aggravee par la presence des deux virus. On ne sauroit trop ven^rer la d^couverte de la vaccine , si elle pouvoit de meme nous preserver de la peste. Des medecins etrangers ont fait divers essais pour s'assurer de ce lait , et c'est I'expose de ces experiences qui forme le second meraoire de M, Desgranges. Des sujets varioles , places dans des salles de pestiferes, se sont parfaitement retablis, sans qu'aucun symptome de peste se soit manifeste. Lorsque la peste et la variole attaquent ensemble un meme individu, quelque terri- ble que soit la peste, elle se termine toujours heureusement, sous I'influencede la variole. Ces observations sont d'Eusebe Vailly , me- decin a Smyrne ; il tenoit tellement a I'i- dee consolante que la variole est preserva- tive de la peste , qu'apres avoir subi I'in- sertion, du virus vf^riolique, il s'euferma '(3o-) ■plusleurs jours dans un Lazaret, etcomniu- niqiia de diverses manieres avec des pesti- feres attaqties de bubons : si done la variola est preservative de la peste , puisque la vac- cine est preservative de la variole , on etoit fonde a soupcjonner qu'on devoit obtenir, de Tinsertion du virus vaccin , les memes resultats et les memes succes. Cette opinion fut accueillie de MM. Laf'ond et Auban ; ils clierclierent a la conlirmer par des expe- riences , dont nous trouvons les details dans le memoire de M. Desgranges. M. Lafond , raedecin a Salonique en Ma- cedoine , ecrivoit : « j'ai remarqtie que les personnes vaccinees n'etoient pkis suscep- tibles de prendre la peste. » A Constantinople , M. Auban , sur six mille individus vaccines , a joui dela satis- faction d'observer qu'aucun n'avoit con- tracte la peste. ;>^ld M. Larclie nous apprend dans son me- moire, que le virus vaccin conserve plus long-temps sa forme limpido et sa vertu efiiciente sur les bords du bourrelet : il re- sulte encore de ses observations, que plu- ^ sieurs vaccinations infructuenses ne doi- ( 3i ) vent pas detrulre I'espoir de tout succ^s , puisqu'un enfant f'ut vaccine quatre ibis, sans qu'il se nianifestat aucun syraptome de virus vaccin j ce ne fut qu'^ la cinquierae insertion que la tuineur se developpa , et produisit I'efl'et desire. Les autres faits cites sont analogues h. ceux deja observes , soit par Woodville, soit par Aubert 5 mais ils ne sont pas moins precleux pour I'Academie , bien convain- cue de cette grande v^rite , que lorsqu'il s'agit d'une decouverte nouvelle , on ne sauroit reunir et accumuler trop de faits semblables. Quelqu'interessantes que soient la mede- cine etlachirurgie, puisqu'elles s'occupent des moyens qui peuvent diminuer la somme de nos niaux ', I'enthousiasme qu'elles ins- pirent est encore plus vif , lorsqu'on les exerce au sein des camps , environne des liorreurs de la guerre et de ses norabrevises victiraes 5 opposer I'art de conserver les hommes k I'art de les detruire , est une po- sition si glorieuse , qu'on trouve en elle seule sa recompense et sa gloire,^ son cou- iage et son actiyite. ( 32 ) M. Lombard est iin des chirurgieiis d'arraee qui s'est le plus occupe des plaies faites par les armes a feu j rouvrage qu'il nous a fait parvenii* siir cet objet , est rein- plide vues interessantes et d'excellens pre- ceptes 5 il nous rappelle entre autres I'usage des frictions , si recomraandees par les an- ciens, et si negligees par les chirurgiens modernes; c'est d'elles qu'on doit attendre la resolution dans les parties oedemateuses , I'embonpoint dans celles qui sont atro- phiees , et le retour de la force dans celles qui sont debilitees. Le clievalier Temple avoit une si haute idee des frictions, que, dans son opinion, les riches ne devoient pas apprehender la goutte, puisqu'ils avoient des gens a leurs ordres pour les frictionner j si les fric- tions moderees ont un si grand avantage sur la totalite de I'individu , doit-on moins esperer de celles qui sont faites sur Ift partie malade et aux environs de la bles- sure? ( Ainsi s'exprime M. Lombard )? cc Lorsque les bords de la plaie palissent , tc s'affaissent et se fletrissent, il est essentlel « de releyer I'energie des solides, et de les (33) « tirer de leur etat d'indolence ; des frictions cc doucesetloiiguementrepetees, donneront cc a ces bords languissans le ton necessaire tc pour une prompte guerison. 3> M. Valentin nous a fait parvenlr son ou- vrage sur la fievre jaune. Get otivrage a iixe I'attention de I'Academie , et donne lieu a quelques idees qu'elle a soumises k la sagacite de I'auteur. Lorsqu'on reflechit sur les sympt^mes qui -caracterisent cette cruelle maladie , sur ses rapports plus ou moins directs, solt avec les fievres niallgnes-billeuses , solt avec le typhus-carcerum j on est etonne de Passer- tion emlse par M. Valentin , que la fievre jaune n'est pas contagieuse. Les remedes qu'il emploie prouventqu'll la consldere souvent comrae fievre bi- lieuse-mallgne j d'ou 11 resulte que son trai- tement est totalernent oppose a celul de la plupart des raedeclns anglols , qui regar- . dent la fievre jaune comnie maladie Inllam- matolre ; cependant , d apres I'expose des syraptomes , si blen decrits par cet habile .medecin , il paroit que son traltement est etabli d'une maniere plus sage et plus con- 3 ( 34 ) ^ forme aux principes de la same medecine ; c'est par suite de cette maniere de voir, qu'il proscrit la saignee , et peut-etre elle eut ete moins frequemment employee, sans les heraorragles qui accompagnent le debut de la fievre jaune. Ces hemorragies ont fait naitre la re- flexion suivante , dont nous avons fait part k M. Valentin , et , comme nous , il pense qu'en effet elles peuvent en avoir impose *i quelques medecins , et leur avoir fait con- siderer comme symptome inflammatoire , Tin accident qui n'est que le presage d'une dissolution complette. Nous ne nous etendrons pas davantage sur cet ouvrage , qui a obtenu les eloges de plusieurs Societes savantes , et qui merlte , a juste titre , les suffrages et la reconnois- sance des medecins eclaires. L'etude des maladies se compose non- seulement de I'examen des symptoraes qui ies caracterisent , de la connoissance du temperament , de I'influence des affections morales ; non-seulement il faut ^tudier les circonstances qui dependent des localites, il faut encore connoxtre I'etat de I'atmos- pliei'e et son degre de temperature.' Le prix que la Societe royale de mede- cine attachoit a la science de la meteoro- logie , doit nous f aire sentir ce qu'on a droit d'attendre de ses observations , et la neces- site de les suivre avec exactitude et sagacite : les ouvrages des Societes de Besan^on , et principalement de Tours, nous sont une nouvelle preuve de cette verite. Conime ce ne sont pas toujours les der- nieres constitutions atmospheriques qu'on doit reputer causes des maladies regnantes (i) , on doit desirer qu'il soit forme deux tableaux pour I'histoire des maladies , et de cette raaniere , il seroit plus facile de distinguer celles qui tiennent a la consti- tution du moment , et celles qxii depen- dent des constitutions precedentes. Des ouragans essuyes sur plusieurs points de I'Empire , et dans une partie de I'Europe , des debordemens de rivieres presqu'ins- tantanes , des chaleurs excessives dans les (i) Ainsi , la diatliese sanguine de I'hiver dirige les catarres vernaux sur la poitrine, tandis que I'irri-f tation des organes gastriques pendant I'ete , attire sur eux la meme affection en automne. (36) contrees du nord, rendrontTannee derniere memorable dans les fastes de la meteoro- logie. Eu Italia , en Espagne eten France, plu- sieurs contrees ont ete ravagees par les tem- petes , la grele et les inondations j I'Ahr , quoique resserree dans son lit, a cru de 45 pieds dans I'espace de trois lieures j a Stockholm , le tliermometre de Reaumur marquoit 33 degres , a Petersbourg 2,5 , tandis que celui de M. Deslandes n'indi- quoit , a Tours, que 2.0 deg. 4 » Gt celui de M. Chevalier, a Paris, 18 deg. 4. Nous terminerons le compte rendu de Fan 12, relativeraent a la partie des sciences phy- siques et mathematiques, par I'apper^u d'un ouvrage que nous a fait parvenir M. Haldat, et qui , par rimportance dont il peut etre pour la legislation criminelle , merite de trouver place dans cette esquisse de nos travaux. Un debiteur de mauvaise fol avoit de- nature, par le raoyen de I'acide muriatique, partie d'une quittance d'a-compte donnee sur une obligation, et avoit rendu decuple la somme comptee j le creancier se plaint ( 37 ) de la fraude, poursuitle deblteurj raals la justice ne pouvoit prononcer sans qu'on eut fait revivre les caracteres detruits ; on consulta M, Haldat, et ses recherches Tont conduit a des resultats dont 11 a fait hom- mage k I'Academie de Dijon, L'auteur divise son ouvrage en plusieurs sections, ettraitesuccessivementdes causes qui peuvent alterer les ecritures et i'encre moderne, des signes qui caracterisent I'al- teration des encres , et des nioyens de re- tablir les encres alterees et detruites ; tels que rimmersion des lettres alterees dans I'acide gallique , ou dans une dissolution de sulfure de potasse j les autres sections concernent la theorie generale de I'altera- tion de I'encre et de sa restauration , la fabrication de cette teinture, et les moyens de remedier a son alterabilite. Que n'est-il permis a I'Academie de louer I'ouvrage d'un de ses membres ! elle vous parleroit de la seconde edition du cours de physique experimentale , de cliymie et de niineralogie ; inais si un sentiment de de- licatesse lui interdit cet acte de justice, elle peut , sans scrupule , se niontrer Tin- ( 38 ) ^ terprete du public , et classer cet ouvrage, ecrit avec elegance , redige avec ordre et clarte, parmi les meilleurs ouvrages ele- mentaires qui aient traite de ces divers objets. L'Academie ne s'est pas occupee avec moins de zele , de I'etude des sciences mo- rales et politiques ; I'histoire des anciens peuples, cette liistoire si interessante par les grands souvenirs qui I'accompagnent , et par I'idee qu'elle donne du genie , des mceurs et des usages des anciens , a merite I'attention de plusieurs des membres de cette Societe , et produit les travaux dont nousallons succinctementdonner I'analyse. M. Millin , dans un memoire concernant les monumens antiques que renferme Di- jon , felicite I'Academie sur I'integrite de ses raonuraens , qu'ailleurs il a trouve me- prises et degrades. Les antiques places au jardin botanique, les quarante-deux moniimens tires d'une fouille f'aite en 1781, pres I'eglise Saint- Etienne , monumens que feu M. de Rul'fey a fait incruster dans les murs de son jardin ; ceux qu'on remarque dans la cour de la ( 39 ) ^ maison Baudot ; enfin , le triumvirat place sur la f'agade d'une maison du faubourg d'Ouche , tous ces objets antiques ont fixe I'attention de M. Millin , at donne lieu k diverses observations qu'il a promis de pu- blier ; il a reconnu entr'autres , que plu- sieurs de ces monuinens ^toient inedits ; il a prie M. Devosges de les faire dessiner, et dans pen nous jouirons des gravures de ces monuinens , qui attestent la haute anti- quite de notre ville , et le respect des anciens pour les cendresde ceux auxquels ils etoient attaches , soit par les liens du sang , soit par ceux de I'amitie. Cet habile antiquaire a porte ses recher- ches dans les carapagnes qui avoislnent Di- jon , et remarque , k Couternon , dans une maison qui appartenoit jadis a feu M. de la Marre , un bas-relief representant le juge- ment de Paris , dont il n'a ^te tire aucune gravure. Depuis long - temps , I'Academie , dans I'espoir de mettre ses raonumens a I'abri des ravages du temps , ou des funestes ef- fets de I'ignorance , avoit forme le projet de les reunir dans un seul local. Encou- rag^e dans ce dessein par M. Millin, elle (4o) a deja fait transferer cliez elle les dotize- monumens recemment trouves en faisant des fouilles a la Sainte-Chapelle ; ces mo- numens nous ont offert des inscriptions gravees sur des sepultures de juifs , des dessus de raausolees ou des vestiges de vo- lutes , qui , peut-etre , decoroient quelque temple eleve par le paganistne. M. Millin a retrouve dans l^cablnet des heritiers Ruffey , le fameux t^ipiju^/xt/t. dl- vionense, dont le lieu du depot etoit ignore. Sur la moitie de ce diptyquon on distingue la figure du Consul , tenant d'uue main le sceptre d'ivolre , surmonte d'un aigle et termine par un buste , qui represente I'em- pereur alors regnant : on remarque sur I'an- tre face un rouleau, qu'on nommoit mappa circensis , espece de signal avec lequel on annonc^oit le commencement des jeux du cirque. M. Baudot nous a transmis un ouvrage dans lequel il traite des principales me- dailles trouvees dans le departement de la Cote-d'Or. II est sans doute peu de provinces plus iertiles en medailles que la Cote-d'Or -, et la raison s'en concoit facilement, par le ( 4i ) sejour frequent des empereurs dans tin pays si f'avorise du cllmat et du sol , par I'im- portance de pkisieurs de ses villes , et I'ac- tivite de son commerce dans les intervalles de paix et de tranqnillite. Le chateau de Brise , pres Auxonne j Pouilly en Auxois ; Saiserey, aux environs de Saulieu j Corabertault , dans le voisinage de Beaune J enfin, des vignes situ6es der- riere. JLarrey j^toiis ces endroits ont recele des mcdailles en argent , a I'exception de celles de Combertanlt qni etoient d'or , et de celles de Saiserey en petit bronze. Plusieurs de ces medailles olf'roient I'ef- figie de I'emperenr Adrien , ills adoptif de Trajan ; d'aiitres , celle de Victorin , et quelques-unescelle des deuxTetricus, usur- pateurs sous I'empire de Gallien. Pendant le regne des rois que se don* n^rent les peuples reunis'sous le noin de Francs , il fut encore frappe d'autres mon-^ noies dont on a trouve des vestiges dans les environs de Pagny ; en 17S4 , dans le fond du village de Bouillan ; en 1774 > dans tin vieux mur du chateau de Barbirey-svir- Ouche J en 1776 , ^ Saint-Seguierj et.j dans (42) des temps moins recules , a Bllgny-sur- Ouche. Un autre memoire de M. Baudot nous transmet des details pkis circonstancies sur les niedailles du bas-empire, trouvees le 5 fructidor an 1 1 , a Combertault. On reconnoit, dans cette serie de me- dailles , I'effigie de Iiuit personnages deco- res de la pourpre imperiale , depuis Tlieo- dose I , jusqu'au vertueux Avitus , qui fut oblige d'abdiqvier I'an 45o. Les plus nombreuses presentent I'image de Placide - Valentinien ; quelques - unes , celle d' Avitus j enfin , toutes ces pieces , dont la plus grande partie est malheureu- sement fondue , etoient des sous d'or du poids de quatre-vingt-quatre grains : M. Baudot nous fait connoitre leur vraie va- leur , en la comparant a celle de divers objets de consommation ; d'ou il paroit resulter que , vers le milieu du v^. si^cle, le taux de ces denrees equivaloit k peu pres au hnitieme de leur valeur actuelle : c'est, dit I'auteur , une preuve de la rarete du numeraire a cette epoque, de la foiblesse de la population et de la misere publique. (43) Ce m^molre est terinine par rexpllcatioii de tous les symboles empreints sur ces me- dailles. M. Leschevin , persuade que les objets trouves dans le lit de la Saone peuvent etre de quelqu'inter^t pour acqiierir des no- tions precises sur des lieux qu'on presume avoir ete le theatre de grands evenemens, nous donne une description exacte et de- taillee de tous les objets qu'ii a pu se pro- curer. Nous placerons , au nombre des plus interessans , une medaille en or de Fera- pereur Claude , ( elle est remarquable par la belle tete d'une de ses femmes , frappee au revers , avec cette legende : Agrippinae'- Augustae ) ; une statue de Mercure , de trois pouces de hauteur , vraisemblable- ment destinee pour un laraire , et sur-tout une statue en bronze de la Venus anadyo* raene , de neuf pouces neuf lignes de hau- teur , et d'une conservation parf'aite. Elle est d'autant plus precieuse , que la Venus anadyom^ne n'avoit pas encore ete trouvee de cette dimension , et que ses representa- tions , quoique tres multipliees en statues. ( 44 ) plerres gravees, etc. , sont raremcnt bien conservees. Elle a ete gravee sur le dessin de M. Desvosges , par les soins de M. Millin , qui se propose d'en enrichir sa collection de monumens antiques inedits. Si les medailles inspirent qiielqu'interet par les souvenirs qu'elles nous laissent de la fondation d'anciens empires, de I'exis- tence de leurs rois , des evenemens me- morablesqui ont illustre leurs regnesj quelle vivacite n'ajoute pas a ce sentiment I'en- thousiasine et I'admiration qu'on eprouve a I'aspect de ces monumens antiques , de ces statues colossales qui ont traverse des terres et des mers ennemies , ont remonte nos fleuves , nos canaux , et sont arrives jusque dans les murs de la capitale , pour elever d'eternels monumens de depouilles opimes j a I'aspect de ces statues colossales qui attestent a la fois la valeur des Fran- cois , le genie guerrier de leur chef", et la perfection des arts cliez les Grecs et les Romains. L'enthousiasme semble inseparable de ces sortes de productions, et cette eleva- tion d'idees se retrouve jusque dans les (4S) ecrlts qui nous clepeignent leur merite et leur beante : tel est I'ouvrage de notre col- legue , M. Denon, sur les monumens an- tiques arrives d'ltalie. Winkelman a dit : qu'on n'avoit jamais regarde I'Apollon sans prendre soi-meme tine attitude plus fiere. M. Denon s'exprime ainsi, enparlant de la Venus : cc Le jeune homme le plus timide accom- « pagneroit d'une expression de sensibilite "« la premiere phrase qu'il adresseroit k la « Venus. Dans sa pose, tout est pudeur, « tout est amour ; ce n'est pas plus qu'une cc femme , mais c'est celle dont on n'a ren- te contre qu'eparses toutes les perfections, « c'est celle enfin dont le genie seul a pu « r^ver Tensemble. » Favorises par la beaute du climat , la f'ertilite du terroir, les Remains n'eurent point a hitter contre des obstacles qui seuls peuvent determiner les progres de I'agri- culture , et la porter k son degre de per- fection. En France , il est des terrains ingrats et steriles , qui r^claraent toutes les ressour- (40 ces de I'art pour les rendre cultivables eC fructueux. Si nous en croyons des memoires que nous a fait parvenir la Societe du depar- tement de la Haiite-Marne , pen d'horames" de nos jours ont servi I'art agricole avec autant de succes que M. Douette-Ricliar- dot J ses soins ont rendu a I'agriculture des luarais impraticables , dont le jonc et le roseau se disputoient nagueres la pro- priete. Des montagnes arides , oii Ton distin- guoit a peine quelques traces de vegeta- tion , sont aujourd'hui cliangees en ver- gers, ou couvertes de bois. Prendre le nivellement des eaux, les dis- tribuer avec art, faciliter leur ecoulement lorsqu'elles sont trop abondantes , les me* nager lorsqu'on prevoit leur utilitej telle est la partie agricole qui fait le plus d'hon- neur a M. Douette. Ainsi , par ses industrieux travaux , la nature a change de face dans quelques can- tons du departement de la Haute-Marne , €t des lieux, jadis deserts, offrent aujour- d'hui le spectacle du bonheur et de la fer- tility. Qu'un homme , tel que M. Rlchardot , seroit precieux dans notre departement ; cependant ses talens eussent ete perdus pour la Haute-Marne, si les premieres au- torites n'avolent su I'apprecier et le tirer de I'obscurite dans laquelle il vivoit. Les autorites superieures ne recueillent done pas raoins de gloire que les savans , lors- que des decouvertes utiles , lorsque des ameliorations a^ricoles sont le r^sultat de I'emulation qu'elles ont excitee , des t^- moignages d'encouragement qu'elles ont prodigues. C'est done aux autorites superieures qu'il appartient , plus specialement , de distin- guer , de rechercher les hommes utiles j ainsi rAcademie doit se feliciter du clioix qu'a fait I'Empereur dans la personne de M. Francois de Neufchateau , pour occu- per la senatorerie de la Cote-d'Or. Est-il un magistrat qui , par ses exemples et ses talens , ait rendu plus de services aux sciences et \ I'agriculture ? Sans cesse occupd des raoyens qui peuvent la faire prosp^rer, M. de Neufchateau, dans Tes- poir de faciliter les concurrens au prix pro- (48) pose par la Societe d'encouragement dc I'industrie nationale, a publie , sur la cul* ture en grand des carottes et des panais , un ouvrage qu'il a fait parvenir a I'Aca- demie. Ne croyant pas assez etendu le pro- gramme de la Societe, il a juge necessaire de presenter aux lermiers des notions com- plettes , des exemples nombreux , enfin des renseignemens tels qu'ils fussent instruits de tout ce qu'on a publie sur ces sortes de Vegetaux depuis 1750. M. de Neuf chateau paroit penetre de I'opinion d' Arthur- Young, et pense , com- me lui , qu'il n'est pas d'objet d'agricul- ture qui merite plus d'attention que ce- lui-la. On retire double avantage de la culture des carottes j elles sont pour les bestiaux , notamment pour les chevaux une excel- lente nourriture , et deviennent un moyen de fertilite pour les terres qui resteroient en jacheresans cettesortede culture. Quelle comparaison k faire pour les produits de chaque annee , pour I'accroissement du fonds , entre deux domaines , dont I'un ( 49 ) s'^puise pour nourrir les animaux qui le labourent, tandis que I'autre se bonifie d'une mani^re progressive , en fournissant une nourriture abondante et saine aux ani- maux qui le travaillent ? Sans doute il est ^tonnant que ces deux plantes n'^puisent point le sol ; seroit-ce parce qu'on les re- colte simplement en racines , sans attendre leur fructification ? C'est la raison que donne M. de Neufchateau; et cette raison ne paroit pas invraisemblable , lorsqu'on refiechit que les bles et tous les vege- taux dont rhomme veut avoir ou le grain , ou le fruit , sont ceux qui pompent la substance de tous les elemens, et qui, par leur production complete et developpee , appauvrissent la terre. En publiant cet ecrit, cet estimable sa- vant s'est specialement occupe des fermiers de la senatorerie de Dijon ; il leur a dedi^ son ouvrage j et si I'un d'entre eux me- rite la couronne que doit decerner la So- ciete d'encouragement , il s'engage k lui faire une remise de 3oo fr. sur le prix de son bail. Colbert,dontlenomrappellede si grands 4 ( 5o ) souvenirs , ce createur de Tindustrle fran- ^oise , f'ut le premier qui sentit I'avantage d'introduire en France les races espagnoles de Merinos ; il voulut delivrer son pays d'un tribut qui , chaque annee , nous en- leveune partie de notre numeraire j mais, soit ignorance , soit insouciance de la part des cultivateurs , ces races privilegiees ne tarderent pas a degenerer, et, dans peu d'annees, la Gironde et le Roussillon of- frirent a peine quelques traces de cette ame- lioration. Daubenton, le premier, revint sur ces essais j par ses soins , les coliines de Mont- bard furent bientot couvertes de troupeaux espagnols j il observa lenrs habitudes, etu- dia leurs maladies , fit travailler leurs toi- sons , dont les resultats le disput^rent aux plus beaux louviers 5 publia ses observa- tions , ses succes , et enfin , determina le Gouvernement a former un ^tablissement en grand , pour ensuite propager dans les provinces Ifes races espagnoles de Merinos. C'est ainsi que des proprietaires aises , des cultivateurs inteliigens , ont ameliore leurs troupeaux, et convaincues de ces avantages. ( 5i ) les Academies , faites pour encotirager les arts utiles , decernent des prix a ceux qui s'occupent avec le plus de succ^s de cette nouvelle branche de commerce. M, Journu- Aubert, membre du Senat- Conservateur , vient d'etre couronne par I'Academie de Bordeaux , pour avoir, dans le departement de la Gironde , le plus con- tribue k I'amelioration des betes a lalnes , par ses soins , son Industrie et I'introduc- tion des beliers Merinos dans ses propriet^s. La Societe de Bordeaux nous a fait par- venir la brochure de M. Journu- Aubert , et les verites qu'elle renferrae sont trop pre- cieuses et trop encourageantes , pour n'en pas faire mention dans les annales de no$ travaux. Qu'on ne croie pas que la race des M^t rinos degenere en France j M. Journu- Au- bert pense , avec les directeurs des etablis- semens nationaux de Rambouillet et d'Al- fort , qu'elle s'araeliore par des soins assi- dus , une bonne nourriture , wn regime bien ordonne et constamnient suivi j ce seroit une erretir de croire que les Me- rinos sont de complexion plus delicate que (52) les races communes de France; aujourd'hui I'experience aprouve qu'ils vivent plus long- temps , qu'ils sont plus robustes , et qu'ils resistent mieux aux variations de I'atraos- p]iere,ainsi qu'aux intemperiesdes saisons. Enfin , s'il est une circonstance qui puisse augmenter le prix de ces etablissemens, c'est la facilite de les faire prosperer sur des sols abandonnes pour cause de ste- riiite j tel est I'etablissement de M. Mar- mont dans le departement de la Gironde , son terrain n'etoit qu'une plaine de sable, en partie ferrugineujc , ou nulle vegetation spontanee ne distrayoit I'oeil du voyageur; cependant , par une niethode de culture bien entendue , par des alternats de gi^a- minees , de legumineuses et de racines ele- raentaires ; moyennant le parcage en plein air et les ensrais souvent retires de ses etables, il obtient, de cette lande aride^ des r6coltes admirables , et chaque annee il retire de son etablissement de Merinos quarante mille francs, soit en laine , soit en eleves. L'Academie, dont les regards sont sans ce§se tournes vers la prosperite de I'art agri- ( 53 ) cole, desire que de tels avantages solent sends de la plupart des cultlvateurs et les tire de leur etat d'insouclance. Dejadans notre departement I'on compte plusieurs etablissemens de Merinos , et Ton pent connoitre, par la legon de I'experience^j ce qu'on dolt attendre de ces etablissemens. Les vlgnes sont une des principales ri- chesses du departement de la Cote-d'Or , et tout ecrit qui tend a leur conservation, • merlte I'accueil et I'hommage du public ; telle est une brochure in-8°. , dont le but • est de prouver qu'on preserve les vignes dese gelees tardives du printemps , en recourant i k I'usage de la fumee ; cet ouvrage appar-^n tient k Tun des membres de cette Acade-rr mie , et le voile de I'anonyme dont il s'est- couvert , nous permet de lui decerner un f tribut de reconnoissance , sans blesser sa modestie. i Dans la carri^re de Tagriculture , comme ' dans les sciences de fait , la theorie donne des connoissances , suggere des idees j mais elles ne peuvent devenir fructueuses que par une sage application , et c'est toujours au milieu des productions de la nature cjti'on s'instrnit clans Tart le plus diffi- cile , celui de faire une application juste des connoissances acquises, et celui de les perf'ectionner par I'etude de Texperience et de I'observation ; c'est done aux per-^ sonnes instruites , cultivant par elles-me- mes , et non. a ces speculateurs de cabinet , toujours loin de la verite, parce qu'ils sont loin de la nature , qu'il appartient plus spe- cjaJeiiient d'eclairer les Societes savantes sur I'etat de I'agriculture ; c'est par suite de cette verite, que TAcadeniie a forme dans son sein un comite de proprietaires-cultiva- teurs charge de lui faire connoitre I'etat aetuel de I'art agricole dans ^ce departe- iTient, les'prejuges a detruire, les decoit^ "vfertes a propager et les nouvelles expe- riexices a tenter, v u ■. - :; > Une ecole d'experiences rurales , une pepiniere placee dans le chef-lieu du de- parteinent , dbnt, le but seroit; le- perfec- titmnement de -diverses especes d'arbres"^ friiitiers et la propagation d'arbres etran- gers J enfin, les moyens de reorganiser les^. ancieiis etablisseraens de haras , sont les principaux objets dont s'occupe le comite ', {55) sans doute il est des magistrals auxquels il suiflt de presenter des vues d'utilite pu- blique , pour obtenir leur suffrage et leur assentiinent ; puisse ce motif encoura- ger le comite , et nous mettre k meme de publier dans peu le resultat de ses tra- vaux. Si I'Academie s'occupe avec zele des con- noissances agricoles , I'interet majeur de ces objets ne lui a pas fait oublier I'utilitd des arts ^conomiques. M. de Beausejour , ingenieur militaire , nous a fait parvenir un memoire sur une espece d'orme propre au departement de la Charente inferieure ; I'eloge qu'il nous fait de ses qualites , et I'expose de ses usages , doivent nous interesser en faveur de cet arbre ; mais le terme de quarante ans jug^ necessaire pour son parfait accroissement, sera tou jours un obstacle a sa culture j riiomme jouit rarement par I'espoir de I'a-^ venir , c'est dans le present qu'il cherche ses jouissances , et le Gouvernement seui peut multiplier cet arbre pour nos besoins futurs, en lui donnant la preference sur d'autres especes , lors des plantations qu'ii (56) se dispose a faire dans notre de'partement pour border les grandes routes. Les reflexions qu'a fait naitre ce me- moire , ont appele la sollicitude de I'Aca- demle sur les bois les plus essentiels aiix arts, et de ce nombre est une autre espece d'orme , vulgairement connue sous le nom d'orme tortillardj ses fibres tortueuses se tiennent les unes aux autres, etpresentent, en tous sens , une resistance egale j de sorte que les ouvrages fabriques avec ce bois, peuventetre impunement forces sans qu'on Craigne de les f'endre ou de les roinpre. Le prix particulier qu'on attache aux plerres gravees, a souvent fait desirer la decouverte d'une matiere susceptible d'un travail facile , et dont I'eclat put repondre a la solidite. Sans doute les pates de verre , et celles qu'on appelle de Wudgwood , sont tres precieusesj mais on ne retrouve pas, dans leur empreinte , la nettete de I'original , et il se perd quelque chose du genie de I'artiste. Une substance sur laquelle on pourroit graver des camees , seroit preferable a (57) toutes ces empreintes ; c'est done avcc In- teret qu'on doit apprendre que des expe- riences ont ete nouvellement faites avec la ' steatite , et qu'elles ont obtenu un succes complet J ces experiences ont ete recueil- lies et decrites par M. Charles d'Alberg, electeur archi-chancelier de I'empire , qui consacre a I'etude des sciences et des arts le peu d'instans qu'il d^robe aux affaires. Son memoire a ete lu a I'Academie des Sciences utiles d'Erfurt , et la traduction de ce memoire , ecrit en allemand , apres avoir ete presentee a I'Academie , a ete pu- bliee dans le journal des mines par M. Leschevin , membre residant. Le grand avantage de la steatite consiste dans son peu de durete qui lui donne I'a- vantage de se tailler , de se tourner facile- ment , tandis que , soumise a Paction du feu , cette meme substance devient dure , au point de produire des etincelles avec le briquet , et d'user les meilleurs limes. La steatite passee au feu, peut etre coloree par Vintermede des huiles , de I'alkool, des aci- dcs et des alkalis. Chaque jour nous voyons les arts hydrau- ( 58 ) liques falre de nouveaux progres ', on pent en juger par les travatix recemment faits. dans I'art de la navigation , par les ecluses nouvellement construites ; ici tout attests I'empire de I'liomme sur I'eleraent le plus difficile a maitriser ; par-tout il s'est rendu maitre des obstacles , par-tout son genie a su triompher de Tiinpetuosite des eaux , de la difficulte d'arreter leur cours et de leur resistance contre une ascension plus ele- vee que le point de leur depart. M. Antoine, ex-ingenieur , menibre resl- dant de cette Academic , vient de publier une brochure sur la necessite et les moyens de propager promptement les travaux liy- drauliques dans I'Einpire fran^ois ; I'im- pression de cette brochure dans les n°*. 404 et 4^5 du journal des monuinens et arts , nous dispense d'en faire I'analyse. Mais TAcademie saisit cette occasion avec joie , pour donner a M. Antoine un temoignage de son estime et de son atta- chement 5 les glaces de I'age n'ont pas eteint chez lui I'amour de I'etude; et il est beau de voir un vieillard consacrer, jusqu'a ses derniers instans , a I'utilite de ( 59 ) soil pays, au desir de perfectlonner son art. M. Regnier est peut-etre un de ceiix qui ont le mieux servi les arts meclianiques , par le genie de ses diverses inventions; la derniere qu'il a fait parvenir a 1' Academie , est un instrviment dont I'usage est d'indi- quer la difference qui existe entre la tem- perature de Fatmosphere, etcellede la terre k differentes profondeurs ; il est aise de sentir tout le prix de cet instrument , ( que M. Regnier nomme thermometre a piquet , ) soit pour regler la chaleur des couches , et connoitre le degre de chaleur le plus con^ venable aux differens legumes qui exi- gent des soins particuliers , soit pour s'as- surer du rapport de temperature entre les terres froides et celles qu'on regarde com- itiunement commeles plus productives. - -Les travaux de I'Academie, dans la par-. tie des belles-lettres, sebornentaux objets' suivans : M. Maret nous a lu , dans une de nos seances particulieres , une traduction en v£rs d'un morceau de Catulle , sur I'aban-* don d'Ariane dans I'isle de Naxos. ( 6o ) Nous avons regu de M. Petitot, associ^ xion residant , I'eloge manuscrit de La- harpe. Get eloge, d'une logique profonde etd'un style pur , sera lu avec plaisir des hommes de gout , et merite les suffrages des litte- rateurs distingues. M. Toussaint Lardillon a fait hommage a TAcademie , d'un ouvrage tendant a rec-^ tifier quelques-unes des remarques presen- tees par M. de Wailly j cet ouvrage est actuellement imprime , et chacun peut ap-''' precier des observations que TAcademie a jugees conformes aux principes de la lan- gue frangoise. On ne saurolttrop chercher les moyens d'amener a sa plus grande pu- rete cette langue devenue presque univer-^^ selle , et si preconise^ par les etrangers , entr'autres par M. ^wnal, dont I'immortel ouvrage eternisera I'empire de la langue frangoise sur toutes celles de I'Europe. L'Academie a requ d'autres ouvrages dont elle a cru ne devoir pas faire rafen- tionj elle espere que leurs auteurs ne se formaliseront pas de ce silence , et qu'ils n'abandonneront point une carriers qu'on (6i ) ne parcourt pas toujours avec le mSme succ^s* Qui doute qu'il ne soit avantageux pour les sciences , que les Academies correspon- dent entre elles et s'eclairent mutuellement, par leurs ecrits , leurs decouvertes et leurs observations ? La Society d'^mulation de Nancy est une de celles qui ont public le plus d'ouvrages interessans , dans les sciences et les lettres; la premiere , en France , elle a repandu des lauriers sur la tombe du Theocrite de la Suisse. Tandis que Vieland chantoit les graces pour les remercier des charmes qu'elles r^- pandoient sur ses Merits, Gessner celebroit, dans ses vers, les bords rians de la Lima, les valines et les sites agrestes qui entourent la ville de Zurich j il-:^>^crut dignes de ses pinceaux que les scenes douces de la na- ture ; son esprit fi^cond d^daigna ces gran- des scenes, qui ^tonnent et conf ondent I'i- magination j promenant ses pas dans la vallee des bergers, il n'atteignit point ces pics raajestueux oil les id^es s'agrandissent avec rhorizon y wx yerd gazon , une ca- bane champetre, le bonheur domestique, la piete filiale, la tendresse paternelle , le sentiment d'amour dans toute sa pnrete , occuperent seuls ses pinceaux ; et si quel- q.uef bis il s'ecarte de ce style simple et gra- . cieux, quelles que soient alors la force et la vivacite de ses descriptions , on leur pre- fere encore les amours de Daphne et la, piete filiale de Mirtil et Cliloe. La correspondance avec les associes non residans presente quelques discussions d'his- toire naturelle et de medecine ; chaque jour cette correspondance devient plus etendue et plus utile par les hommes de merite , >. que I'Academie s'empresse d'associer a ses travaux. Elle a re(^u, dans le cours de I'an 12, associes non residans, Messieurs Maret,. secretaire d'Etat , membre de I'lnstitut 5 VivantDeNON, membre de I'lnstitut natio- . nal, de la Legion d'honneur, directeur- ' general du Musee-Napoleon , de la mon- noie desmedailles , etc. j Milun, membre de I'lnstitut national, professenrd'antiqui- tes k Paris j Lavaxlee , chef de la 5^. divi- sion, de la^grande Chancellerie de la Legion (63) d'lionneur, membre de I'Acad^mle royale des sciences de Gottlngue , de celles de Rome , Nancy, etc. ; Daru , tribiin , com- mandant de la Legion d'honneur j Van- MONs , chyniiste k Bruxelles j Riouffe , piefet de la Cote-d'Or ; Petitot, litterateur, residant a Paris j Maret , prefet du LGiret3 et Le Barbier aln6. Ses nouveaux membres correspondans sont Messieurs Regkier , conservatetir du Depot central de I'artillerie k Paris ; Tous- saint Lardillon , auteur de qnelques re- flexions sur les principes de la grammaire frangoise. Nous terrainerons ici le compte rendu de r Academic pour les travaux de I'an 125 Sans doute elle regrette de ne pouvoir of- fiir quelques-unes de ces grandes verites qui font marcher la science a pas de geant j mais au moins elle peut se flatter d'avoir employe tons ses efforts pour propager le goiit des connoissances 5 il ne lui manquoit done , pour avoir m^rit^ I'indulgence des savans , que la satisfaction d'avoir d^ve- lopp^ I'energie de la science par un sujet de prix , dont la solution p Ce memoire eiit parfaitement rempli les vues de la Soclete, si I'auteur se fut occupe davantage des epidemies , et s'il eut fait coincider leur raarche avec le genre catar- ral, comme il I'a fait decouler des chan- gemens surveniis dans nos climats , nos moeurs et nos institutions , et c'est par cette raison que FAcademie lui decerne seiile- ment une medaille par forme d'encourage- ment de la valeur du prix (i). Meme mode de Gouvernement , m^mes raceurs , m^mes usages , m^me Education nationale et domestique , meme climat, meme atmosphere, donneroient done a nos corps cet etat de force et de vigueur qu'on admiroit cliez les Grecs et les Romains. Sans doute pour combattre cette predo- minance muqueuse, ce seroit folia que de proposer le changement de nos institutions et le retour k celles de nos p^res. (i) L'auteur de ce memoire est M. Gaillard , doc- teur-medecin de I'hospice national des incurables de Poitiers , secrt^taire perpdtuel de la Society d'agri- eulture de la Yienne } etc. (^9) La marclie de I'esprit humain , dans le perfectionnement de nos connoissances, ne peut point retrograder, etles constitutions comme lesmoeurs, sont toujours le resultat de celles-ci j mais n'est-il pas des inoyens d'entraver les efforts de la predominance jnuqueiise ? ne peut- on pas diminuer les effets de ces causes temperamentales , qui accelerent en nous la susceptibilite catar- rale? Cette nouvelle question merite I'exa- xnen des medecins eclaires , et la solution s'en trouvera, peut-etre , dans une hygiene publique et privee , appliquable a notre forme de gouvernement , nos institutions et nos moeurs j dans une hygiene dif'fe- remment modifiee , selon les diverses sortes de temperamens et les systemes qui les do- jninent. Les deux autres memoires qui ont me- rite I'attention de I'Academie , sont loin d'avoir atteint la perfection de celui dont nous venons de donner I'analysej cepen- dant , on ne peut se dissimuler qu'ils font honneur a ceux qui les ont con^us. Le n**. 3 est riclie en erudition , ses idees 5ont saines et conformes aux principes de la (70 vraie raedecme (i) : I'autre raemoire, cle- sigiie n**. 5 (a) , s'occupe plus de physique que de medeciiie ; mais ii est rempli de re- cherclies curieuses et de fails norabreux, releves par un style elegant et pur ; ces motifs ont determine I'Academie a decider qu'ii seroit fait mention honorable de ces deux raemoires. Sans doute la question qu'elle propose pour sujet du prix de Tan i3 , ne jouera pas un role aussi brillant dans les annales des sciences ; mais elle ne doit pas etre d'un moindre inter et pour ce Departernent. II paroit que la culture de la vigne et la manipulation des vins, entrant pour beau- coup dans leurqualite^ beaucoup de vins seroient meilleurs s'ils etoient mieux pre- pares j I'incertitude dans I'art de la mani- pulation , la difficulte d'etablir et de prou- yer la meilleure metliode , ont cree pres- qu'autaht de procedes qu'il existe de com- munes , ou du moins de cantons vignobles ; (i) Ce memoire est de M. Lafont-Gouzi , docteur en medecine a Toulouse. (2) L'auteur estM. Candle , docteur en medecine a Poitiers. ^71 ) il est done Important de connoitre le meil- leur de ces procedes , ou de ne kisser sub* sister qvie ceux rendus iiecessaires , par les differences qni naissent de la qualite des raisins , de la nature des terroirs et de la diversite de leur exposition. Aussi penetree des avantages de ces con- noissances agricoles , que du desir d'etre utile au Departement de la Cote-d'Or, I'A- cademie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon , propose, pour sujet d'un prix k decerner dans le premier semestre de Fan i4, la question suivante, dont la redaction est ainsi con^ue : « Quelles sont les metliodes de cultlver ce la vigne et de faire le vin , dans les vi- ce gnobles renommes des Departemens de cc la Cote-d'Or et de Saone et Loire? com- « parer ces methodes , exposer les motifs « de leurs differences , faire connoitre leurs «c Appliquer ces considerations auxFran- ^ais des siecles passes, et, par un examen comparatif, leur opposer, sous ces dif'fe- rens rapports , les Fran^ais du siecle pre- sent. " Parmi les memolres qu'elle a re^us, elle a particulierement distingue celui cote (3o ) N.° 3 , et portant pour epigraphe ces mots : yincet amor patriae. Ce memoiFe , ecrit avec piirete , sou vent avec energie, a rempli toutes les conditions du programme. Le prix lui a ete decerne. L'auteur est M. Joseph Lemoine , au- teur du discours qui a obtenu la premiere mention honorable a I'Institut, sur la ques- tion de I'influence des croisades. L'Academie regrette de ne pouvoir ac- corder d'accessit ; mais les deux auteurs qui se presentoient ensuite avec quel- qu'avantage , se sont eux-memes places hors du concours en se faisant connoitre. Ce concours a ete remarquable par une circonstance interessante. Un etranger s'est presente dans la lice , et a mele ses efforts a ceux de nos compatriotes. Cette de- marche, flatteuse pour la nation, a en- gage I'Academie a temoigner publique- ment sa reconnoissance a Fauteur du me- moire ecrit en langue allemande, et cote N.° 2. L'Academie presente au concours les deux questions suivantes : ct I. En quoi l(gs journaux ont-ils contri- ( 3i ) ■bite au perf'ectlonnement des sciences, des arts et des lettres ? Quel rang les ouvrages de ce genre doivent-ils occuper parnii les productions litteraires ? 11. Quel a ete le peuple le plus lieureux de I'antiquite r Quelle a ete I'epoque de sa plus grande felicite ? Quel etoit alors chez lui I'etat des sciences, des arts, et de ses institutions clviles et religieuses ? 5> Le premier prix sera distrlbue dans la seance publique de I'an i8io, et le second dans celle de 1811. Les memoires doivent etre ecrits en fran- cais , et envoyes francs de port au secre- taire , pour la premiere question , avant le I." decembre 1809 , et pour la seconde, avant le i.^"^ decembre 1810. Les auteurs doivent eviter soigneusement de se faire connoitre dans le texte de leurs ouvrages, soit directement , soit indirectement. L'Academie saisit cette occasion de rap- peler la question qu'elle a proposee rela- er (32) tivement anx progres et a la retrogadatioli des sciences. II f'aut que les memoires sur cet objet lui soient adresses avant le i decembre 1809. ANALYSE DU DISCOURS COURONNE. Apres avoir proclaine le iiom de I'orateur qui vient de remporter le prix de I'elo- quence , nous allons , Messieurs , mettre sous vos yeux ses litres a la palme acade- mique meritee par un heureux developpe- ment des qualites qui constituent le plii- losoplie , I'historien et I'liomme de lettres* II avoit h. examiner les fondemens du reproclie de legeret^ fait a la nation f'ran- ^alse. Cette recherche , qui se lie aux epoques remarquables et aux faits princi- paux de notre histoire , qui ne pouvoit etre resolue que par une connoissance approfondie de I'esprit , des moeurs qui distlnguent la nation , a fourni la raati^re (33) de considerations importantes sur le ca- ractere fran^als. L'auteur a envisage la question sons ses aspects les plus interes* sans ; il a concu un plan vaste et fourni dignement la carri^re qu'il s'est propose de parcourir. Dans ce discours , dont nous regrettons de ne pouvoir vous presenter que I'analyse , mais dont nous aimons a penser que l'au- teur ne privera point le public , on re- marque avec satisfaction I'ordre metho- dique et renchainement des preuves. Les faits Iiistoriques et les raisonnemens, tou_ jours en accord , s'y pretent un mutuel secours ; et au milieu des subdivisions nonibreuses de ses preuves, I'orateurmontre qu'il connoit parfaitement I'art si difficile cles transitions , cet heureux talent de con- duire et d'entrainer sans fatigue le lecteur, de le faire passer graduellement d'un objet k un autre , et de I'amener enlin , par une route sftre et agreable , au but qu'on veut lui faire toucher. Ce discours n'est pas seulement recom- mandable par ce qu'on appelle les qualites du style, il est encore rouyrage d'un pen- 3 CM) sevLY , d'tin liomme qui salt jolndre les graces de la diction a la profondexir des idees philosophiques , k la force du juge- ment, et k la solidite de I'esprit. Quelques locutions vicieuses, quelques tournures de phrases que la langue et le gout reprouvent , ont ecliappe k I'auteur. Ces inadvertances n'otent rien au merite reel de cet ouvrage ; c'est en faire I'eloge , que de n'avoir a relever que de pareilles negligences j et pour appliquer au style de I'auteur ce qu'il dit de quelques elemens imparfaits de la nation frangaise , on pent regarder les fautes de ce genre comme de legeres inegalites sur une grande surface. Le parti qu'a pris I'auteur , dans cette question, ne pouvoit sans doute influer aucunement dansle jugementd'un discours qui devoit etre principaleraent considere sous le rapport du merite oratoire j mais on doit savoir gre a celui qui s'est etabli le soutien de ses compatriotes , qui les a si victorieusement venges d'un reproche ridicule , et qui sait ainsi allier aux qua- lites de I'liomme de lettres , les sentlmcns d'un bon Fran^ais. ( 35 ) L'auleur, dans son exorde, se fait cette demande qui presente analytiquement tout le plan de son discours : « S'il existoit sur tc la terre un peuple brave , industrieux , > Avec quelle force , avec quelle verit^ il pelnt ce Montesquieu qiie les etrangers nous envient, et qui lui seul feroitla gloire d'une nation. «c Montesquieu paroJt ; et le voila , dans « ses lettres persannes , brulant ce qu'ont c< adore ses aieux : mais il ne tarde pas a cc s'apercevoir qu'il est dangereux de badi- tc ner avec les opinions hiamaines , et que cc c'estune legerete vraimentcoupabled'al- cc ler tout frapper , tout renverser , tout ccdetruire; il sait qu'une erreur pent etre cc voisine d'une verite sublime sur laquelle •c reposent les bases de la societe : il sait (48) « avec un sage , qu'un peu de pliilosophi^ « suffit pour nous f'aire reconnoitre cette Le grave Charron dont le mordant et la jreflexion rendent les ecrits utiles j et ce Rabelais qui semble avoir prouve que la sagesse , pour temperer I'amertume de ses lemons, peut quelquefois faire un pact© avec la folic; et La Motlie-Le Vayer , philosophe et sage sous des couleurs plus aimables ; Saint-Evremont , accoutume k placer le bonlieur dans la culture de la raison; Bayle, assez fort pour voir le doute par-tout , pas assez peut-etre pour respecter les grandes bases de I'edifice social ; tons ces grands phllosophes, tous ces moralistes, auxquels les autres nations n'ont rien ^ 4 (5o) opposer, donnent-ils I'idee d'un peuple leger et frivole ? On ne dira pas non plus , au sourire iroid et malin de La Bruyere , au coup- d'oeil sombre et per^ant de La Rochefou- . caut , qu'ils sont de legers ecrivains ; et Pascal , ses lettres et ses pensees a la main repousse cette accusation d'une maniere non moins victorieuse. Et cet homme , qui n'avoit point eu de modeles et qui n'a pas encore d'imita- teurs dans I'art de poser un princlpe, d'en deduire toutes les consequences possibles , de les revetir des formes enclianteresses du style, h. qui Ton doit, k qui Ton accorde la preeminence sur tous les ecrivains fran- ^ais J cet liomme qui a egale quelquefois Montesquieu par la profondeur des idees , en le surpassant tou jours par les charmes de la diction , Rousseau , avec le ton male et hardi qui regne dans ses ouvrages , prouve-t-il la legerete d'un peuple au sein duquel il avoit puise sa verve et sa fecon- dit^f Bossuet , qui , en deplorant la mort de quelques hommes , sondoit le neant de ( 5i ) toutes les choses humaines , toujours plus grand que son auditoire ou figurolent des lieros , des princes et des rols ; Fenelon , moins sublime, mais plus tendre, plus ai- mable ; Bourdaloue , Massillon , et tant d'autres grands et venerables personnages qui se groupent autour d'eux , et que la nation admire et revere , peuvent-ils donner I'id^e d'un peuple frivole ? cc En vain de beaux esprits , apres nous €c avoir accuses d'impiete , pretendent que cc ceux d'entre nous qui se soumettent au «x joug sacre, montrent en cela plus de « Mais la profondeur que nous avons cc montree dans notre conduite , se retrouve «c dans nos ecrivains politiques. Nous avons « ete tellement fatigues de ces matieres , <« que nous pourrions craindre , en nous y « arretant, de blesser des int^rets et des opi- tc nions; nous appelons ici I'indulgence, et Dans les sciences on n'apergoit point ce caractere de legerete que Ton suppose aux Fran^ais. L'homme qui a porte le plus loin I'analyse , I'liomme qui a applique I'alg^bre a la geometric , I'auteur profond du doute metliodique , qui a fait une re- volution complete dans le systeme des connoissances humain es , un des plus grands penseurs qui ait eclaire I'univers, Descartes, paroit vers la fin du 16.^ siecle, et c'esta la France que I'Europe le doit. (56) Si I'Angleterre et I'Alleraagne ont pro- duit Newton et Leibnitz, Pascal et le mar- quis de L'liopital f urent leurs rivaux , et ie nom de Clairaut vient se placer a cote des leurs. Dans les arts agreables , les Frangais Sont-ils plus legers que les autres peuples ? Si nous voulions nous egayer , nous pour- Tions dire que ce n'estpas de legerete qu'on a jamais accuse notre muslque ; on connoit sur elle le mot de J. J. Rousseau. Et quand h la theorie , sans citer Jean de Mure et le pere Marsenne , nous ne pensons pas qu'on ait mieux approfondi celle des sous que Rameau , qui fit a peu pres pour la musique , ce que Descartes avoit fait pour la pliilosophie. II n'est aucune science , aucun art dans lesquels les Francais n'aient produit des horames du premier ordre j et ce qui prouve a cet egard la pente de leur caractere , c'est que, depuis vingt ans , ils ont fait dans ce genre des progres ex- traordinaires j tout a ete chez eux dans I'anarchie , excepte les sciences et les beaux- arts. cc Et les sciences naturelles , celles de ( 57 ) ec toutes oix 11 est le plus facile a la medio- «c crite d'obtenir des succes , et dans les- « quelles on ne peut atteindre a la gloiie *c qu'avecle genie, qnepeut-onopposer aux « Tournefort , aux Jussieu , aux Buffon , Nos savans, nos philosoplies , nos Iiis- toriens, nos grands ecrivains , nos artistes, ont ^ par le nombre et la grandeur de leurs ouvrages , imprlme a la nation fran^aise un caractei-e de snprematie que peuvent nier quel(pies etrangers , mais que tous s'empressent d'avouer par le fait. Notre litterature efface celle de tous les autres peuples ; notre langue est en quelque sorte universelle j nos arts , jusqu'a nos modes , sont recherches , suivis et gaucliement iraites par le reste de I'Europe. Et c'est de legerete qu'on accuse un peuple dont on envie toutes les productions , dont on etudie la langue , dont on suit les usages regulateurs universels, de tous ceux qui pretendroient les decrediter. - tiplilogistique le plus rigoureux, un seton k la nuque , I'application de sangsiies aujc tempes , des pediluves , de doux laxatifs , et pour topiques des cataplasmes emolliens sur les tumeurs. Les accidens les plus ur- gens calmds , il restoit a faire disparoitre promptement les excroissances formees par I'engorgement de la conjonctive , afin de decouvrir le globe de I'oeilj et de juger du veritable etat de la vue^ On sait que les auteurs qui traitent de cette maladie ex professo ^ recomraandent tous d'enlever completement ces sortes d'excroissances avec I'instrument , en ra- sant le plus pr^s possible le muscle orbi- culaire des paupieres. Quelques reflexions m'ont porte , dans cette circonstance , a ne point suivre aveuglement ce conseiL De pareilles tumeurs paroissent entrainer la partie moyenne du muscle orbiculaire > et lui faire faire des saillies en quelque sorte adherentes k ce muscle -, vouloir les 5 (66) ^ en separer par une dissection, n'est-ce pas se mettre dans le cas de faire une operation iongue et douloureuse ; de courir le risque d'interesser quelques fibres de ce muscle; de causer une retraction subsequente de lapaupierej d' exciter une liemorragie qui, sans etre inquietante , demanderoit tou- jours, pour etre arretee, quelques moyens qui pourroient augmenter I'irritation ; d'occasionner peut-etre un larmoiment consecutif , soit en blessant les points la- crymaux, soit en cliangeant la direction na- turelle de leurs conduits ; de causer meme des accidfens nerveux, comme I'a observe le D.* Scarpa sur un de ses raalades cjui fut attaqu^ d'un vomissement considerable k la suite d'une pareille operation ? Mes ob- servations ayant paru plausibles au D.'^' Antoine notre collegue , present a cette operation , je la fis ainsi. La tumeur fixee par le moyen d'une lierigne , je nie con- tentai d'en enlever a-peu-pres la moitie avec des ciseaux k cuiller, ayant I'espoir qu'une douce suppviratlon determineroit la fonte du reste. L'operation fut si peu douloureuse , que la malade , qui s'en etoit (^7) singuli^rement effrayee , la stipporta sans se plaindre : un peti d' agaric et de charpie s^he arreta facilement rhemorragle de quelqueS petites arterioles j les panseraens subsequens n'exigerent qu'un pluinasseau eiidiiit d'un digestif" simple , couvert d'une compresseirnbibeede decoction emolliente; le tout soutenu par un bandeau. On vit iDientot le reste des excroissances clianger de nature , s'amoUlr et s'affaisser. Mes esperances se realiserent , car, dans I'es- pace de quinze jours, les paupieres avoient repi'is leur position et leurs fonctions na- turelles. Ce ne fut qu'a cette epoque seulement qu'il me fut permis de juger du veritable etat de I'organe de la vue. J'observai qu'un. depot forme dans la texture de la cornee transparente de I'oeil droits avoit mallieu- reusement cause un faux staphilome , ainsi que I'opacite partielle de cette membran6. L'oeil gauche etoit affecte d'un ulcere h. la cornee lucide place vis-a-vis le bord de la puplUe , et dont les progres ulterieurs vers le centre auroient entierement priye la malade de la faculte de voir. _ ( ^8 ) t*our remedier k des accidens aussl ur- gens , Je reiterai les saignees locales , les purgatifs. Je ibIs en usage les colires de- tersifsj et dds que I'ophtalinie cessa d'etre aigue > je prescrivis des lotions toniques , ainsi que la pommade ophtalmique de Saint- Yves. Par ces moyens , I'ltlcere fut assez promptement cicatrise , et le staplii- lorae singulierement reprime. Le setoii dont j'ai retire le plus grand avantage , n'a ete supprime que quand la sensibilite de I'organe a ete parfaitement detrulte , et la cure consolidee. En derniere analyse , I'oeil droit de cette enfant jouit en grandepartie de la lumiere ; elle distingue tons les gros objets j le gauclie remplit parfaitement ses I'onctions : il n'existe point de larmoiment, comme cela arrive tres souvent apres de pareils acci- dens. Les paupi^res n'offrent aucune dif- formite ; et la figure de cet interessant sujet , heureusement exerapte des traces ordinaires de la petite verole , est rendue k ses premieres expressions. (^9) M/ Morland a presente enstilte des considerations sur I'antiquite du globe, II pelnt les impressions profondes et du- rables que , dans tous les temps , I'aspect du globe et les cliangeraens qu'il eprouve, ont faites sur I'liomme observateur. Tout dans la nature terrestre , ses changemens, ses catastrophes , excitent la curiosite du naturaliste , et dirigent ses idees sur I'etat passe , sur I'existence actuelle , et sur le sort futur de ce theatre de tant de mer- veilles. L'homme n'apergoit le plus souvent la nature qu'a travers un prisme enchanteur qui altere sa forme et ses couleurs origi' nelles. cc Mais , dit I'auteur , combien il est •c desabuse , lorsque seul avec la medita- te tion , et deroulant les annales du temps ,' ec il a penetre jusqu'au sanctuaire de la « nature , et qu'il a decouvert ses ressorts cc caches , ses mouvemens inconnus au. « vulgaire ; lorsque la reflexion et I'expe- « rience , ces deux cruelles et inevitables « compagnes de sa vieillesse , en desen- cc chantant I'univers , lui presentent enfin « les objets tels qu'ils sont. (70 « II apprend alors que la nature ne doit cc etre apergue qu'ti travers un nuage , «c qu'elle a besom des illusions poetiques « de la jeunesse et du printemps , qu'elle « ne plait qu'avec les Zephyrs et les Graces. ( 83 ) Que , tlans ce Jour, epoiix mal-encontreux , Ton vieux baron viendralt, par sa presence, Imprudemment troubler ici tes jeux ? II entre : il voit au milieu de la danse Un beau valseur; son air, sa noble aisance Ont rassemble des spectateurs nombreux. Entre ses bras mollement balancee, Nymphe legere, a la taille elancee, Forme avec lui de doux enlacemens. On suit leurs pas, d^i regarde , on admire L'heureux accord de tous leurs mouvemens. Simple conteur , pourrais-je vous decrire Tant de beautes ; et mes pinceaux tremblans, Qu'une main faible a peine sait conduire , Formeraient-ils des portraits ressemblans? Est-ce Adonis ou le fils de Latonne? Serai t-ce vous, deite des amans, Belle Venus, que la foule environne ? C'est Florival , c'est la jeune baronne, Groupe charmant par les graces forme ! Le vieux baron , a bon droit alarme , Profanateur des jeux de Therpsichore , Allait saisir le valseur au collet, Tout divulguer , et comme un matamore , Faire en public un eclat indiscret. Mais il s'arrete, et changeant de projet : Vaut mieiix, dit-il , user ici d'adresse. Au general notre homme alors s'adresse : — Quel est, Monsieur, cet officier d'hussards, Ce beau danseur , ce brillant personnage , ( 84 ) Suivi f fete , fixant tous les regards , Et qui des traits d'Adonis et de Mars , Offre a nos yeux I'elegant assemblage? —"Get officier, repond le general, Prodige heureux , sait etonner et plaire j Brave, galant , mais un peu temeraire, Dans les combats , dans les plaisirs , au bal » II n'a jamais rencontre son egal. Par mille exploits sa valeur proclam^e , Fait cKaque jour parler la reftommee \ Et pour tout dire enfin , c'est Florival , L'amour , I'horineur , I'exemple de I'armee. — Vous plaisantez , repjiqua le baron , Moi je sais bien que ce n'est qu'un frippon. Ces mots a peine avoient frappe I'oreille De nos Francais , tous ont quitte leurs jeux, Prets a venger le propos outrageux. Au vieux Rudorff , le general conseille Un desaveu ; mais qui ne connoit pas D'un Allemand la fermet(^ stoique ! Notre baron bravant tout ce fracas, A leurs clanieurs tranquillement replique : te— Vous avez tort. Messieurs , sur mon honneur j Moi je soutiens que ce n'est qu'un voleur. Des Allemands la nOmbreuse cohorte Veut le sauver , et I'entraine et I'emporte j Mais les Frangais vengeurs de Florivad^, En un champ clos ont transforme le bal. Jje trouble augmente , et les belles danse'uses Qui dans ce§ lieux tous les jours plus heureuses , (85) GoAtoient deja les douceurs de la paix , Trerabloient tie voir AUemands et Francais Tirer encor le sanglant cimeterre , Et pour un mot recommencer la guerre. L'histoire dit qu'entre les combattans On vit alors courir nos heroines^ Comme autrefois ces fameuses Sabines Dont le courage , et les conseils prudens , L'efi'roi , les oris , les prieres , les larmes , Aux deux partis firent poser les armes. Fermes , unis, les rudes AUemands Et s'obstinaient , et se montraient rebellesj Mais les Francais nes polls et galans , Toujours soumis aux volontes des belles , Sans resister calmerent leur courroux. Dans ce desordre , helas I que faisiez "V'ous Sensible Ermance ? Inquiete , egaree , D'un trouble affreux vous etiez devoree 5 Mais votre epoux, adroit consolateur, Ingenuement calmait votre frayeur , Et vous disait : Ne craignez rien , Ermance , Ce Florival, cet effronte voleur, Vient de partir , il a fui ma vengeance. Le beau valseur s'evadait en effet : Par une marche et prudente, et discrete , II avait su j gagnant un cabinet, A I'ennemi derober sa retraite. Eh bien , Messieurs , ajoutait le baron , Conviendrez-vous que ce n'est qu'un frippon ? Tpus les Frangais frappes de cette fuite , (80 Restaient confus , muets d'etonnement , Se regardaient, et ne savaient comment De Florival expliquer la conduite. Le vieux baron profitant du moment, Piend la parole , et joyeux, triomphant, Ainsi raconte a tout son auditoire ^ Du beau voleur la merveilleuse histoire : « J'avais promis I'autre jour de courir tc Un cerf dix cors , je briilais de partir , te Et des piqueurs craignant la negligence, « Au point du jour j'etais deja botte. « Je traversais dans mon impatience a Le pavilion par Madame habite , a J'entends du bruit. Jamais , k pareille heure , « On ne troubla sa tranquille demeure , cc Dis-je a part moi ; j 'arrive prompteraent , cc Et vois sortir de son appartement « Ce Florival ; ses traits et sa tournure , « Je I'avouerai, parlaient en sa faveur , cc Et j'etais loin de le croire un voleur. tc Mais, comme on sait, la plus belle figure cc Masque souvent un homme sans honneur. « II fut d'abord interdit a ma vue ; cc Puis m'observant, se preparait a fuir, cc Cherchait des yeux la plus procliaine issue, tc Et ne trouvait mil moyen de sortir. cc II voyait bien , le ruse persoilnage , cc Que je pouvais lui fermer le passage , ce Et I'arreter, ou crier au secours ; cc II aima mieux implorer ma clemencej (^7) IK Convint du fait , et me tint ce discours ; « — Daignez, Monsieur, oublier mon offense j « Vous possedez chez vous un grand tresor , « Et Je venais dans le dessein coupable.... « — Eh ! d'ou sais-tu, qui t'a dit, miserable;, cc Qu'en ce chateau je conservais mon or? «c Tu vas bient6t recevoir le salaire « De ton forfait. — J'allais au meme instant « Mettre la main sur I'effronte brigand , tc Et I'honorer d'un brevet de galere ; « Mais son maintien, ses regards, et sur-tout cc Un pistolet dont il montrait le bout , cc Subitement adoucit ma colere. cc Epouyante d'une telle action , cc Je regardais en stupefaction j cc II prolita de mon trouble , le traitre j cc Et je le vis lestement disparaitre. cc Dans le chateau , le mal-adroit frippon , cc Pour me voler , s'etait , par ignorance , cc Comme on le volt , trompe de pavilion ; cc Et j'augurais de cette heureuse chance ^ tc Qu'il n'avait pu derober mon argent 5 cc Mais je craignais pour les bijoux d'Ermance. cc Je me pr^sente k son appartement, cc J'entre , et je vois Madame la baronne cc Toute en desordre et tremblante d'effroi. cc Rassurez-vous, lui disais-je, ma bonne , cc Ne craignez rien, c'est votre epoux, c'est raoi. cc Je lui contai I'aventure etonnaute, cc Et le p^ril que j'avais evite j (8B) K Je lui peignis de ce jeune effronte| « Et la figure et la mise elegante. « A ce recit , au portrait du voleur, cc Elle pensa vingt fois mourir de peur ; cc Et m^me ici , rieii qu'il la seule idee « De ce brigand , elle est encore troublee. Le vieux baron avait vu, parmalheur, Plus d'une fois sourire I'assembl^e , Et pretendait, pour venger son honneur, Forcer enfin tout le monde a le croire. II est bien dur de passer pour menteur> Lorsque soi-m^me on conte son histoire. Mais la baronne , en prole a sa frayeur , N'entendait plus le prolixe conteur, Ne Toyait rien , et pale , defaillante ^ Laissait tomber sa paupiere mourante. Aucun Fran^ais n'aurait alors ose Pour Florival paraitre dans la lice ; Au vieux Rudorff on sut rendre justice | Et sur son dire on jugea I'accuse. Mais le public, jury plus equitable > Aurait en France acquitte le coupable. SEANCE PUBLIQUE DE L'AGADEMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRJES DE DUOR ^' SEANCE PUBLIQUE DE L'ACADEMIE DES SCIENCES , ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON, Tenue le 22 Aout 1810. DIJON, I>E l'imPRIMERIE IDE FRANTIIT. i8io. ANALYSE Des travau X de I'Academie deS sciences 3 arts et belles-lettres de Dijon ^ pour I'atinee i8og. On a souvent compare les seances aca- demiques a ces assemblees faraeuses dont la memoire s'est conservee jusqu'a nous avec le souvenir des beaux jours de la Grece ; et la mallgnite sans cesse occupee a decouvrir le cote foible des choses , n'a pas manque de tirer de ces rapprochemens imparfaits des inductions piqiiantesj tan tot combattvies avec aigreur , tantot repoussees avec foiblesse. De ce combat bizarre et souvent inter- rompu , on a vu naitre une foule d'idees peu justes. Pourquoi done ne pas aborder de nou- veau cette question , pourquoi ne pas re- cliercher avec franchise ce que ces assem- blees ont dc commun , ce qu'elles ont de dissemblable ? En rectifiant quelques faits. cette discussion nous rapprocliera de ia verite , et d'ailieurs elle n'est point etraa- gere a la circonstance oii nous nous trou- vons , et nous conduit naturellement au recit des travaux de I'Academie. Etablissons ce parallele. D'un cote nous voyons un peuple im- petueux et leger , place sur une terre fer- tile , et sous un ciel enclianteur , trouvant dans cette double circonstance le repos si doux qui fait naitre la meditation , les sciences et les lettres , et cet elan qui nous porte pour ainsi dire malgre nous vers les clioses elevees; ainiant avec exces la jouis- sance et la gloire ; trop jeune encore pour ne pas avoir conserve une teinte legere de sa rudesse primitive , mais assez police pour etre puissamment emu par tout ce qui est grand , par tout ce qui est beau j promet- tant sur le cliamp de bataille des statues etdes lauriers, et dans la paix ombrageant des palmes de la victoire ses temples et ses places 5 rentrant modestement dans ses foyers , mais voulant y retrouver les plai- sirs , les arts , souvent meme les dangers j change ant ses a§s.emblees en fetes solen- (3) nelles J appelant a les celebrer nonseule- ment ses concitoyens , mais les nations voisines , et clierchant par le triomphe des arts k embellir son propre triomphe. Tels iiirent les Grecs. De I'autre nous voyons un peuple dell- cat et sensible , ne sons un ciel moins pur , mais renf'ermant en lui-meme le germe du goftt le plus exqnis j amant eperdn de la gloire et des plaisirs ; connoissant la gran- deur des dangers ; les bravant sans les cher- cher , mais se precipitant au milieu d'eux des qu'ils conduisent a la gloire ; marchant aux perils , et s'elanr.ant vers les plaisirs avec la m^me petulance j se livrant aux plaisirs avec tout I'abandon de I'enfance ; calme et grand dans les revers , liumain et modeste dans les succes j heureux de consacrer sa jeunesse au dieu des combats , plus heureux de consacrer le reste de sea jours au cuke des muses j jaloux de don- ner h sa patrie la preeminence sur les au- tres nations ; voulant y r^unir tous les genres de gloire , et appelant a I'execution de ses desseins non-seulement ses compa- triotes et ses voisins , mais y admettant (4) tons les peuples de la tcrre. Tel est le Francais. Ces ressemblances ont quelqiic chose de frappant j pourquoi done avec tant de rapprochemens , des resultats si opposes? Voyez-vous cliez les Grecs , ces regards anlmes , ces bras etendus , ces cris pousses vers le del , ces craintes , ces esperances 3 pourquoi ces flots d'un peuple tumultueux depassant lesbarri^res , se precipitant dans I'arene , s'emparant du vainqneur , et comme si la terre n'etoit plus digne de supporter ses pas , I'enlever , le porter , le presenter en triomplie a une foule emue ? Et dans nos assemblees remarquez ce silence profond , ce calme imperturbable , j'ai presque dit ce froid desesperant. Quoi done ! la Grece remporteroit-elle sur la France ? Ces temps recules etoient- ils done le siecle d'or des arts ? et n'au- rions-nous plus que du fer a presenter au genie ? mais avant d'approfondir cette pen- see , souvenons-nous que cliez le meme peuple ou Ton elevoit des statues aux Gla- diateurs, Homere aveugle , avoit erfe de (5) village en Tillage , oblige pour vivre de reciter ses vers iinmortels. Si nous remontons aiix causes de ces contradictions apparentes, nous en trou- vons plusieurs. Dans la Grece , le peuple entier jugeoit; de la le tumulte et la confusion. Chez nous , ce n'est plus la nation en- tlere, mais une portion clioisie, lapartie la plus instruite et la plus eclairee ; de Ik ce calme tant critique : nous ne rencontrons plus I'enthousiasme bruyant des jeuxolym- piques , mais nous " sommes entoures du calme de I'ecole d'Atlienes. Chez les Grecs , les artistes etolent la. •— Eux-memes , ils presentoient leurs ouvra- ges ; eux-m^jnes les expliquoient. Leurs regards , leurs gestes , leur voix plus ou inoins animee , agissoient sur la multi- tude. Le statuaire et le peintre , en expli- quant le sujet de leurs travaux , y joi- gnoient I'histoire des dieux ou des heros qu'ils avoient representes. Le poete ne lisoit pas ses vers , il les chantoit , et par cet heureux accord des deux arts les plus piiissaiis , il excltoit f'acilement ces mouve- mcns subits et irreflecliis qui entrainent les suffrages. Chez nous au contraire , les produc- tions sont isolces dc leur auteur , elles sont abandonnees au temps et a la medi- tation. Si leurs beautes sont sures do plaire, leurs defauts ne peuvent so revctir d'aucune illusion j de la ce silence presque religieux. II faut ajouter aussl que cliez les Grecs , c'etoit I'assemblee meme qui pronon^oit ; et chez nous I'assemblee n'cst coavoquee que lorsquc le jugeraent est porte. Aussi plusde transports, plus d'applaudissemens j il est facile d'apercevoir en effet que ceux qui apparolsscnt de loin en loin , sont une affaire d'obligeance , et non pas d'entrai- ncment. Tcls sont les points de dissemblance et de rapprochement que Ton s'est plu a met- tre en opposition , et qui ont paru bases sur la forme des assemblees anciennes et modernes , ainsi que sur le caractere des peuples qui les ont fondees. (7) Mais ces rapports ne sont pas aiissi justes qu'on a voulu nous le faire croire. Chez les Grecs , ces assemblees n'etoient qu'un spectacle , nne fete populairc, Le Gouvernement , pour lui donner plus de pompe , et pour attirer un plus grand concours d'etrangers j peut-etre aussi pour temperer I'eclat de la puissance , s'y entou- roit de ce que les arts ont de plus ravissant. Chez nous elles ne sont point un spec- tacle , elles ont plus de gravite ; elles sont aussi un jour de fete , mais cctte fete est sans aucun melange , ellc est entierement consacree aux muses. D'aiileurs , en elevant , en caressant les arts , les Grecs ne les assocloient pas aux sciences , et c'est ici la difference la plus frappante , et que Ton a rarement examinee. lis avoient eleve k la pensee , k la meditation , des temples particuliers ; lis couronnoient les artistes aux jeux olyra- piques , et ils allolent ecouter les philo- sophes au portiquc. Les premiers ils sentiront que les scien- ces etoient peu faites pour le tourbillon (8) clu monde ; qu'elles avolent besoin de la retraite j que ce n'etoit que dans la soli- tude que Tame trouvoit ces inspirations puissantes qui I'elevent au-dessiis des re- gions vulgaires : ils savoient qu'une tige de laurier suffit au savant , tandis qu'il faut des applaudissemens et de I'eclat au peintre , au statuaire , au musicien , an poete. Les arts ont toujours eu je ne sais quelle tendance au mouvement , au fra- cas. C'est au milieu du tumulte , et sous les regards de tous , que I'artlste aime a etre place j c'est la que violemment emu, il s'elance au-delade lui-meme, et saisit ce feu sacre dont il vivifie ses compositions : ajoutons que son enthousiasme alors se communique a nous ; nous nous enivrons de ses transports , nous nous associons k son delire , qui est notre ouvrage j en un mot , nous nous mettons a sa place : I'i- vresse du peuple aux triomplies du capi- tole , en est la preuve. Et pourquoi citer ce qui se passoit k Rome ? qui de nous ne se souvient des premieres aiinees de I'ecole des beaux arts ( r) i3ans cette vllle , de la mani^re grande dont les recompenses y etoient olfertes et distribuees. On. donnoit comma a present des couronnes et des medailles y mais ces distributions solennelles etoient tout a fait isolees de celles accordees a d'autres etu- des ; elles ne se faisoient pas en plein jour , mais b. la lueur des flambeaux qui en rehaussoient la pompe , en presence d'une assemblee nombreuse etchoisie. Les vainqueurs n'etoient point abandonnes et noyes dans la foule , ils occupoient une place distinguee j on les reconduisoit avec eclat ; ils etoient accompagnes de leurs camarades , ils etoient suivis d'une foule immense ; I'eclat des flambeaux , le son des timbales et des trompettes annon- coient leur passage ; par-tout on illumi- noit , et ce cortege triomphal arrivoit ainsi jusqu'a la demeure , souvent a la chau- miere de leurs parens , qui , les yeiix rem- plis de larmes , les serroient dans leurs bras , et les inondoientde leurs pleurs. C'est ainsi que Ton recompense , que Ton excite , que Ton anime les arts j c'est ainsi que Ton fait naitre le genie. ( 10 ) Mais je m'oublie : eh ! qui ne s'egarc- roit comme moi en parlant de ce qui fait la gloire de son pays. Revenons et concluons que quelles que soient les differences que nous ayons ob- servees entre les anciens et les modernes, si nous voulons envisager leurs etablisse- mens d'apres le but qu'ils ont du se propo- ser , nous les trouverons encore plus eloignes. Les Grecs ne vouloient qu'exciter, ils prodiguerent les couronnes et la gloire ; ils reussirent, Le but des academies est bien different. Non-seulement elles doivent entretenir I'emulation , et exciter le genie , raais elles doivent en diriger la marche , souvent peu reguliere , indiquer les erreixrs , signaler les ecarts ; elles sont le foyer conservateur de la purete des productions des siecles ecoules , les protectrices des travaux pre- sens, et les garans de ceux qui se preparent. Examinons si I'academie de Dijon a rem- pli ses obligations , si elle a marche vers le but qui lui est propose. Deux opinions fameuses se partageoient J ( 11) le monde savant. L'une sons les Lannleres de la philantropie sembloit devoir af- franchir I'liunianite de I'emplrisme re- proche a I'art de guerir j c'etoit le systeme de Brown : I'autre interessant vivement la morale , vouloit nous apprendre par quelle influence nos actions etoient determinees : c'etoit le systeme de Gal. L'academie etudia long-temps ces sys- temes , elle conserva long-temps les pieces de ces grands proces , elle les medita , les compara , elle osa prononcer : lorsqu'elle emit son opinion , ce fut avec tons les egards que I'on doit aux amis des sciences j elle eut grand soin de f'aire remarquer que si ces idees etoient des erreurs , elles n'e- toient pas des erreurs communes , qu'il falioit un grand talent pour les etablir : en rej^etant que I'on devoit se mettre en garde contre ces inductions erronees , elle n'ou- blia pas de demontrer combien il falioit de tlfmps , d'etude et d'esprit d'analyse pour arriver a de tels resultats : raais comme elle demontroit que si les faits primitifs etoient vrais , les conclusions qu'on en tiroit , n'etoient pas consequentes j elle dut annoncer aussi le peu de duree de ces me- teores : et vous le savez , deja le systeme de Brown n'est plus admis que dans quel- ques coins de I'ltalie , et encore tellement modifie qu'il n'est plus reconnoissable ; et celui de Gal , n'est plus qu'un reve fantas- tique , dont on est surpris de s'etre serieu- sement occupe. Cependant il faut convenir que ce n'est pas tous les jours que Ton a de semblables conceptions a etudierj ces erreurs brillantes se rapprochent dans leur marche de la ve- rite, elles n'apparoissent qu'a des distances eloignees. II faut des annees de meditation pour leur donner naissance. L'academie n'ayant rien de semblable a vous off'rir, ne vous entretiendra cette annee que de ses propres travaux. Des differentes sections dont elle est composee , celle qui s'occupe de I'art de guerir, et celle qui a dans ses attribu- tions les sciences physiques et mathema- tiques , sont celles dont les travaux ont ete les plus nombreux et les plus frappans j I'une et I'autre meritoient bien cette distinc- tion, la premiere par son.but eminemment ( i3 ) ^ "Utile, la secoiide par sa severe perfection. Et d'abor J qui n'auroit arrete ses regards sur cette belle decouverte , qui en conser- vant aux empires un tiers de leur popu- lation, repand dansles families cette douce security , cette intime conviction qu'elles sont desormais preservees des accidens et des difformites dont leurs enfans etolent; menaces. Le premier soin de la section de medecine a done ete de s'occuper de la vac- cine , mais elle a senti que ce n'etoit plus par des conseils que Ton pouvoit etendre d'avantage cette lieureuse pratique j elle est generalement admise , il sufiit de mettre aujour les accidens dont I'opiniatre habi- tude se trouve de temps en temps punie. Deux observations ont ete presentees a I'academie par son secretaire. Une tumeur varioleuse , corapliquee et excessive a la paupiere , a necessite une operation delicate et longue , et pendant long - temps a me- nace de la cecite. Un enorme depot qui s'etoit amasse entre les deux lames du m^diastin ante- rleur , qiii par son sejour avoit tellement *ttdque Iti substance osseuse , qu'un frag-^ (/4) ment de la troisi^me cote , est sort! de lui-ineme k Touverture de la tumeur j la mortification d'une portion de la ma- clioire superieure qui se detaclia d'elle- menie , et tomba avec les qnatre dents qu'elle contenoit. Tels sont les faits ef- frayans dont les preuves ont ete soumises aux regards de I'academie , et qu'elle croit devoir publier , parce qu'ils parlent liait- tement contre ceux qui negligent la vaccine, Dans le meme temps , M. Calignon pre- sentoit ses observations pathologiques sur le suicide. On a pense depuis long-temps , et Ton pense generalement encore que cette in- concevable attentat de I'liomrae sur lui- nieme , ^toit la suite n^cessalre d'un etat maladif ; M. Calignon a chercliea prouver que si cette assertion etolt vraie pour quel- ques cas , elle etoit fausse au raoins pour le grand nombre , ce qu'attestent les faits qu'il expose. Dans les circonstances qu'il a ete k meme de suivre et d'^tudier , il a pu s'assurer , par I'aveu meme des indlvi- dus qu'il avoit gueris de leurs blessures , (i5) que jiisqu'alors ils avoient constamment joui d'une heureuse santej que jamais ils n'avoient ete tourmentes par aucun cha- grin, que leur esprit avoit tovijours 6ta sain , et qu'enfin ils ne s'etoient livres k cette action coupable , qu'au moment me- me ou ils en avoient congu le projet. II eut ete sans doute b. desirer que des exemples plus nombreux, que des faits contradictoires eussent pu etre mis en opposition , et sur-tout que I'on eut com- pare les suicides spontanes , et pour ainsi dire imprevus , avec ce degoiit lent de la vie , qui ne prenant sa source dans aucun evenement facheux , paroit ne dependre , comme le pensent les Anglais , que d'une alteration organique ; mais il est bien dif- ficile que de telles observations aient ce degre de perfection qu'on exige , a raison des obstacles insurmontables que Ton trou- ve presque toujours , lorsque Ton veut tenter quelques recherches sur les person- nes qui ont ainsi peri. En medecinenon-seulement on rencon- tre des difficultes decourageantes en cher- cliant la verite , mais on trouve des faits ( i6 ) bizarres et monstrueux , qui n'apprennent i-ien pour la science , qui ne servent a rieii pour le traitement , et qu'il n'est utile de recueilllr que comme faits curleux. Telle est Tobservation donn^e par M. Calignorl , sur un developpement excessif du virus can- cereux , cas extraordinaire , dans lequel les muscles de I'abdomen carcinomateux tlans toute leur surface , avoient acquis de 16 a 22 centimetres d'epaisseur. Cette curieuse observation ne sera point analysee , elle sera imprimee textuellement ^ la suite du compte rendu. L'academie doit faire connoitre deux opinions qui lui ont ete soumises sur cette af freuse maladie , dont les ravages sont plus effrayans et plus terribles que ceux de la peste , puisqu'ils sont accorapagnes de douleurs atroces , et d'un supplice con- vulsif , qui ne se termine , et ne peut se terminer que par la mort j la rage , que nous redoutons sans nous mettre en me- sure de I'eviter, et sur les suites de la- quelle le peuple ne prend presque jamais que des demi-mesures. Nous blamons les Orlentaux de s'en- ( ^7 ) dormlr au seln des dangers , eb nous imi* tons leur coupable insouciance. C'est sails doute a I'aspect de cette apatliie que M. Bouriat a cru devoir ecrire ses re- clierches et ses reflexions sur la rage. II s'abandonne aussi a cette espece de fata- lisme , et persuade sans doute que cette maladie ne pent disparoitre , il imite ceux qui I'ont precede , et dont aucun n'a cher- che a eveiller I'opinion sur les moyens de la rendre au moins plus rare j il ne s'attache qu'aux remedes qu'il faut promp- tement employer pour la detrixire , lorsqiie Ton vient d'en recevoir le gerine j il clierche a bien convaincre de cette verite , que le virus rabifique , par sa nature , ne peut pas etre admis facllement dans la circulation ; que sa presence excite d'abord un froncement qui Foblige de se- journer dans la blessure; qu'il y est ren- ferme quelque temps , sans pouvoir pene- trer dans le rcstc de I'economie , et que dans ces premiers momens le mal etant purement local , tout nous porte k presu- mer qu'il sufflt , pour s'opposer aux acci- dens, d'en detruire la cause dans le lieu 2 ( i8 ) meme , ce qui se fait assez facilement par la cauterisation. Mais ces moyens , on le sent bien , ne sont utiles qu'avant le developpement du virus rabifique ; car , lorsque son action est etendue, c'est-a-dire, des le premier acces convulsif", il n'y a plus de moyens connus qui puissent en arreter les funestes elf'ets. Seulement s'appuyant de quelques ex- periences de Spallanzani, M. Bouriatpense que Ton pourroit opposer utilement au virus rabifique , dont Faction est si vio- lente lorsque la rage est declaree , le venin engourdissant de la vipere j opinion heu- reuse peut-etre, et que Ton ose recomraan- der, quoiqu'elle ne soit encore appuyee que par une seule experience. Le second des deux ouvrages est de M. Gerard, medecin k Lyon. M. Gerard paroit persuade que la saliva des animaux enrages n'est jamais conta- gieuse ; que c'est un grand mallieur pour riiumanite qu'une idee semblable se soit repandue, puisqu'en jetant dans ledecou- ragement et I'effroi , elle donne plus d'ac- ( ^9) tivlte aux accldens dependans de la seuie dilaceration. Dans raff'ectlon. rabienne, dit-11, la ma- ladie est locale , la salive pretendue vene- nense d'un animal n'y est pour rien. Le desordre de Torgauisme qui accompagne si frequemment les blessures , n'est cause que par une irritation fixee dans la partie al'fectee par les dents de ranimal. Aussl, comparant les accidens de la rage avec ceux qui se declarent quelquefois a la suite de grands delabremens , il donne a cette maladie le nom simple de Tetanos rableri} les experiences dont il s'appuie, il f'aut I'avouer , sont nombreuses et pa- roissent favorables h. son opinion. Cepen- dant elles ne sont que specieuses , et quel- ques peines qu'il se soit donnees pour pro- curer mecaniquement la rage a divers animaux par des dechlremens et des mor- sures artificielles , il n'a pu donner nais- sance qu'^ quelques symptomes qui s'eii rapprocbolent , mais qui dans aucune cir- constance n'en n'ont pris le veritable ca- ractere. D'allleurs comment etablir que le moral si puissant chez I'lioinine , puisse jamais avoir dans cette circonstance ime influence aussi marquee cliez les animaux. Ce seroit sans doiite un grand sujet de consolation pour I'espece humaine , de voir enfin se terminer aussi heureusement la discussion qui depuis deux mille ans oc- cupe les medecins sur ce sujet. Mais cora- ment se bercer d'une illusion si flatteuse , lorsque Ton voit celui qui cherclie a I'eta- blir, recommander pour les personnes qui ont eu le mallieur d'etre mordues par un animal enrage , les memes precautions et le meme traitement que celui qui a ete conseille par tous les medecins qui ont ecrit sur cette maladie. Tels sont les travaux de la section de medecine, auxquels il faut aj outer les re- clierclies pathologiques sur les gonflemens de la parotide dans les maladies f'ebriles par M. Scavini, et un raemoire sur una fievre remittente qui a regne epidemique- ment a Bargemont pendant le premier se- mestre de 1808, par M. Audibert-Caille , ainsi que plusieurs memoires et observa- tions qui lui ont ete ^dresses par diverses (21 ) personnes, et clans le detail desqnels on ne peut entrer , parce que les aiiteurs les ont retires ou desirent garderl'anonyrae. La pharmacie aussi a paye son tribiit , etM. Masson-Foiir , correspondant , a fait lecture d'un memoire interessant sur I'ipe- cacuanlia et ses preparations les plus usi- tees ; memoire remarquable non-seulement par I'analyse de cette racine , et par une meilleure maniere de preparer le sirop d'ipecacuanha , mais encore par I'intro- duction du sirop de raisin dans les diffe- rentes preparations pliarmaceutiques , et qui a parfaitement reussi. On a clierche a substituer plusieurs ra- clnes indigenes h celle du Bresil , et Von. n'a encore aucuTies donnees certaines a leur egard. Peul-etre seroit-il avantageux de les analyser comparativement pour de- terminer le degi'e de confiance que Ton doit accorder a celles que Ton propose. M. Masson a deja fait quelques essais ; il a mSme eprouve qu'un melange de ra- cines de violettes communes et d'asarum active avec le tartre stibie reussissoit par- faitement. ( 22 ) M. Masson-Four n'a pas borne l^i scs travaux j il a voulu demontrer que les rl- cliesses de notre territoire nous enipS- clioient de remarquer les clioses precieuses placees a nos cotes. II a cherche a fixer nos regards sur une source d'eau minerale totaleinent negligee , il en a donne I'ana- lyse J ce sont les eaux minerales de Joulie , departement du Jura. Ces eaux sont pla- cees dans la classe des eaux salines froides j elles contiennent par myriagrammme , Muriate de magnesie . . 4 grammes 78 Mur. de soude 7 97 Soude excedente . . . . » 4^ Magnesie » 53 Carbonate calcaire ... 1 5^ Sulfate de cliaux .... 3 83 Mais I'experience a deraontre qu'il en est des choses qui se passent pres de nous corame de celles qui sont soumises h. Vera- pire de I'habitude 5 les objets lointains ont plus de prix pour nous ; on neglige ceux que la nature bienfaisante a prodigues sous nos pas ; ou pour mieux dire, trop fami- liarises avec eux , nous leur demandons plus qu'ils ne peuvent accorder, nous leur (23) ^ reproclions meme de n' avoir pas doiine ce qu'il n'etoit pas en leur pouvoir de donner : au lieu que les choses eloignees , n'ayant que peu de ce qui nous est connu , on aime a leur supposer mille proprictes , on exalte leur action , on en prone les resultats. Ce n'est pas alnsi , cependant , que nous examinerons les notices sur les' poisons de Saint- Domingue par M. Amable Cheze. Ce sujet est du plus liaut interet ; on ne verrapas sans quelque attention les Negres, amis taclturnes de leur liberie, preparant des poisons lens qui ne sont connus que d'eux, les transmettant de races en races , sans que cette transmission soit interroni- pue ou traliie , etablissant pour ces se- crets une sorte d'iaitlation mysterieuse, n'admettant dans leur intiraite que ceux de leur couleur , et lorsqu'ils se sont assures de leur discretion par des epreuves longues, penibles et nombrevises ; ay ant decouvert aussl les moyens de s'opposer a ces poi- sons s'ils etoient diriges par la jalousie ou les passions de la jeunesse j portanttoujoiirs sur eux ces preparations vengcresses. Cette idee fait frcmir , mais elle attire vivement ( H ) Tattention-; et sous ce rapport, M. AmaLle Clieze avoit bien choisi son sujet. Mais il ne faut pas oublier aussi que I'imagination s'egai-e facilement lorsqu'elle repose sur des objets vagues. Souvent elle cree des chimeres qu'elle met sans s'en aper- cevoir a la place des faits , et lorsque le tliedtre des eveneinens se trouve situe loin, de nous , il est bien difficile que les objets ne soient pas un peu grossis par la dis- tance ; aussi , quoiqiiil paroisse prouve que les Negres ont parml eux des secrets qu'ils se communiquent , il n'est pas en- core demontre que ces secrets soient re- vetus de toiite I'atrocite qu'on leur re- proclie , et nialgre ce que Ton a dit ou ecrit a ce sujet , nous n'en res tons pas moins dans I'incertitude sur la nature et meme Taction des inoyens qu'ils peuvent employer. Tel est I'ensemble des travaux de I'Aca- demie qui ont des rapports directs avec i'art de guerir *. * Nous pouvons cependaiity reunir le bel ouvrage de M. Morelot, sur I'liistoire naturelle applJqiiee a la cliimie , aux arts , aux differens genres de I'indus- trie et aux besoins personnels de la vie. i^5) Mais Ton ne pent se dissimuler que quoique ces objets soient d'une haute im- portance, quoique leur application inte- resse d'une maniere immediate le bojilieur de tous, puisque le plus grand bien reside dans la sante j cependant on evite ordi- nairement , et avec quelque raison , de traiter ces matieres dans une assemblee publique ; elles portent ton jours avec elles, quelque rassurantes qu'elles puissent ^tre , une teinte melancolique , une idee de destruction qu'on cherche k eloigner. Aussi ne vous les ai-Je presentees qu'avec une espece de parcimonie , pour passer a un ouvrage d'un autre genre non moins serleux sans doute , mais plus attrayant ; c'est encore de Thomme que nous allons nous entretenir : mais nous abandonne- rons ses miseres et ses infirmites ; nous ne verrons dans lui que ses actions , ses sen- sations , ses desirs , ses pensees ; nous le suivrons depuis le premier moment ou il pent apercevoir les formes des choses jus- qu'k celui ou il pent juger leur rapport : tel est le but d'un memoire presente k I'Acadcmie par M. Tlioromberg. Ce me- (26) moire est intitule : Essai sur la classifica- tion des sciences humaines dans I'ordre des etudes, et motifs de cette classifi- cation. L'objet de I'auteur a ete de classer les sciences dans un ordre qui en facilitat I'etude , et de former une echelle avec laquelle on put, en suivant la methode ana- ly tique , etablir entre les sciences une liai- son proportionnee et adaptee a la marclie naturelle des facultes intellectuelles. C'est par I'experience et robservation que les hoinmes ont cherche d'abord a decouvrir les proprietes des corps , et qu'ils ont ac- quis les connoissances dont ils s'enor- gueillissent j mais a quoi conduiroient ces connoissances si elles restoient eparses, isolees j il faut qu'elles soient liees les unes aux autres, qu'elles soient comparees entre elles , qu'on les place par consequent dans un certain ordre : sans cela, les sciences les plus simples offrent des difficultes innombrables. Pour en rendre la route plus facile a parcourir, il fallut inventer les differentes methodes d'enseignement. L'avantage de ces methodes se fit bientot sentir j des hommes qui n'auroient peut- (^7) etre jamais pu s'elever par levirs propres forces a la hauteur des sciences , mar- clierent hardiment au milieu de leurs diffi- cultes. Les decouvertes du genie devinrent ainsi le patrlmoine de la multitude. Non-seulement on a recueilli dans les methodes elementaires les principes gene- raux de chaque science j on est venu au point d'analyser, de comparer entr'elles les methodes elles-memes. On a observe la marche que I'homme avoit suivle dans ses premieres recherches , et I'examen ap- prolondi des methodes dilferentes qui I'avoient guide , a conduit a la science des methodes, c'est-a-dire , al'analyse de I'ana- lyse , s'il est permis de s'exprimer ainsi. Voila peut-etre le plus haut degre ovl I'esprit humain puisse s'elever a I'aide de ses facult^s intellectuelles. Ce n'est plus une science en particulier qui fait I'objet de I'etudedont nousparlons. Ce sont toutes les sciences ensemble , c'est-a-dire , c'est riiomme lui-meme considere k la fois comme medecin , comrae musicien , comme geometre, comme jurlsconsulte. Cette etude renferme, ainsi qu'on le voit, les diffi- cultes de toutes les autres. (^8) Cependant , il faut le dire , ropuiion d'un grand nombre d'hommes recomman- dables par leiir profond savoir , poiirroit Jalre crolre que cette direction des esprits depuis pres d'un siecle , et dans toutes les parties de I'Europe savante j que cette tendance vers les speculations de I'espece la plus abstraite , sont en meme temps I'annonce que cliaque science en particu- lier devient stationnaire : et il est perrais de croire que la difficulte des decouvertes encouragera chaque jour de plus en plus ce genre de reclierclies plus elevees sans doute que toutes les autres , raais aussi , dont les resultats , souvent peu certains , sont toujours moins utiles a la societe que la moindre observation bien faite sur la pulpe des nerfs ou I'acide benzoique. L'Acaderaie ne pouvolt se montrer indif- ferente au perfectionnement d'une science quelconque; elle a du accueillir un ou- vrage clair et methodique, recommandable sur-tout par I'esprit analytique j un ou- yrage dans lequel I'auteur a bien fait voir la liaison qui existe entre les sciences dii- ferentes qui composent la science generale ; ( ^9) clont le but est de iacillter leur progres ; dont le style est pur , elegant , meme dans une matiere qui paroit d'abord aride et peu susceptible des ornemens de I'elo- cution. M. Thoromberg a aussl communique un memoire sur la nature et les ef'fets des di- verses especesd'eloquence. Mais si ces ouvrages se ref'usent a I'ana- lyse par leur marche et leur severite , que penser des travaux des sciences pliysico- matliematiques ? Comment presenter des ouvrages berisses de calculs , comment soulever la main de f'er des matliematiques, et exposer a tous ce qui ne peut etre demontre que par elles? Lorsqu'elles se sont eraparees d'un sujet, il ne peut plus etre etudie que par les moyens qu'elles nous donnent j on est done oblige dans un cnrnpfe public de se borner au litre seiil des ouvrages les plus importans : ce n'est qu'ainsi que nous pouvons offrir le memoire presente par M. Bertliot , et ayant pour titre : — Metliode de Lagrange pour la resolution en nombre en tier des equations indeterminees du second degre , raodifiee dans son exposition. ( 3o ) Le second memoire est de M. Suremaln de Missery, associe non resldant, deja connu avantageusement par sa theorle acoustico-musicale , et par pliisieurs mor- ceaux inseres dans I'encyclopedie metho- dlque : cet ouvrage intitule Geometrie des sons y repose entierement sur le calcul ; mais tel est I'empire de cet art enclianteur, qu'il sait encore , quelle que solt la se- verite dont on veuille I'entourer, se sous- traire aux lols communes : ne du senti- ment , agrandi par les emotions du coeur , parlant imperieusement anx sens , ayant une sorte d'^loquence dont nous ne sau- rions nous defendre j son entrainement est tel , que nous pouvons encore parler de lui en remontant m^me a ses principes tlieoriques les plus abstraits. Ce que nous nous proposons dans cette notice est moins de donner I'analyse meme rapide d'un ouvrage qui par sa nature semble s'y refuser, que de faire sentir I'etat d'imperfection , disons mieux , I'etat d'en- fance dans lequel se trouye encore la science dont il traite, ^ en jwger du moins par I'ignorance absolue ou Ton est d?s ( 3i ) prlnclpes qui dolvent lui servir de base , telle que la mesure des sons modlfiables du grave k I'aigu et la mesure des inter- valles de ces sonsj d'appeler rattentlon sur nn ouvrage ou I'on etablit ces principes d'une maniere rigoureuse, et ou Ton se sert de cette methode pour elever tout I'ediflce de cette science , au moyen d'une idee premiere et feconde, qui ramenant k un point unique les differentes parties du sujet , donne a I'ensemble cette regu- larite, cette liarmonie sans laquelle rien n'est beau dans les productions de I'es- prit; de combattre enfin I'oplnion d'un grand georaetre, d'Alembert , qui sembloit regarder comme inutile et lUusoIre I'appli- cation des mathematiques k la theorie de la muslque : cette opinion pourroit etre mise en avant par ceux qui ne repoussent I'au- torite des raisons que par I'autorite des personnes, toujours disposes d'ailleurs k rabalsser des idees nouvelles quoiqu'elles soient le germe des decouvertes. L'Auteur explique ainsi lui-m^me tout son travail. Les theorlciens qui ont cherche k me- ( 32 ) ^ urers les sons relativement a leur degre de gravite on d'acuite, ayant remarqiit^ que de deux sons differens la corde du plus grave faisoit molns de vibrations dans une seconde , et celle du plus aigu, davantage dans le meme temps , ont cru , ou que les degres des sons se mesuroient par le noinljre des vibrations de leurs cordes dans Tunitede temps, cequi est fauxj ou que ces nombres de vibrations off'roient le moyen de donner sinon une mesure , du moins une idee des degres des sons , ce qui est vrai , mais en meme temps bien insuffisant, puisqu'ilres- teroit alors a trouver la mesure precise du degre du son. Et il deraontre que les de- gres des sons se mesurent par les loga- ritlimes des nombres de vibrations de leurs cordes dans I'unite de temps , et qu'alnsi , ils sont entr'eiix corame les logarithmes de ces nombres. Les theoriciens , ajoute-t-il, qui ont clierche a mesurer les intervalles des sons , ayant aussi remarque, que de deux in- tervalles differens, les cordes du plus grand donnoient un plus grand rapport entre leurs nombres de vibrations dans une se- ( 33 ) conde , et les eordes du plus petit , mi plus petit rapport entre leurs nombres de "vibrations dans le meme temps , ( chaque rapport etant estime en divisant le plus grand terme par le moindre ) , ont cru , ou que les intervalles se mesuroient par les rapports des nombres de vibrations de leurs eordes dans I'unite de temps , ce qui est faux ; ou que ces rapports des nom- bres de vibrations offroient le moyen de donner , sinon une mesure , du moins une idee des intervalles des sons, ce qui est Trai ; mais en meme temps bien insufii- sant, puisqu'il resteroit alors a trouver la mesure precise de I'intervalle de deux sons. Et il demontre que les intervalles des sons se mesurent par les logarithmes des rapports des nombresde vibrations de leurs eordes dans I'unite de temps , ( chaque rapport etant estim(^ en divisant le plus grand terme par le plus petit) , et qu'ainsi ils sont entr'eux comme les logarithmes de ces rapports. Ceiix qui pourroient reprocher k I'au- teur d'avoir herisse d'epines un art qui 3 (34) semble ne promettre que clcs fleurs , se- roient k cet egard clans uu vain prejuge qu'a pu fortifier I'autorite d'lm gi'and nom , mais que doit renverser I'autorite de la raison. Pourquoi refuser d'admettre I'avantage que presente I'application des mathema- tiques aux plienomenes, lorsque ceux-ci ont assez de simplicite pour etre assujettis a une marche reguli^re * ? Si c'est la ce que Ton a pu pratlquer avec succes dans une science aussi com- plexe que la cliimie , pourqiioi ne le pour- roit-on dans une science aussi simple que I'acoustique ? Si on I'a pu d'une maniere plus heureuse encore dans I'optique , pour- quoi ne le pourroit-on dans I'acoustirjue , science qui offre avec elle une analogie si marquee ? Disons plus 5 pourquoi I'une des deux est-elle si fort perfection nee, et que * C'est alors en effet qu'il convient d'emprunter le secours de cette science sublime qui , par la com- hinaison des nomhres etdes dimensions , ei a I' aide de scs mcthodes profondes , porte lejlambeau de la certitude siir les loii d^ la nature. ( 35 ) i'autre est encore au premier pas, sinon parce qu'on a applique I'analyse k la pre- miere et qu'on ne I'a point appliquee a la seconde ? Ici doit ^tre place I'interessant travail de M. Antoine ingenieur. Quoique le livre qui paroit tous les ans sous le titre de la connoissance des temps , soit tres bien fait ; on desireroit cependant qu'il f'tlt plus complet, et qu'il donnat jour par jour les mouvemens des astres : la science astronomique devenue plus fa- cile et k la portee d'un plus grand nombre d'observateurs, seroit par la plus repandue. M. Antoine avoit dress^ pour I'annee 3 787 une table du lever et du coucher de toutes les planetes , du moment de leur apparition avant le lever du soleil, et de plus celui de leur passage au meridien. Cette table publiee dans le journal de physique de Bertliolon , est beaucoup plus etendue que celle qui se trouve dans la connoissance des temps, oili par exemple, I'article de la plan^te Herschel , ne pre- sente que les mouvemens des premiers et seiziC^mes jours de cbaque mois, au lieu (36) que celle de M. Antoine donne les mou- vemens de tous les joiirs de Fannee : de plus il etoit important d'indiquer par ap- proximation les momens d'apparition et de disparition , afm d'eviter la peine de cliercher un astre qui n'est point encore sur I'horizon ; et ce travail se trouve com- pris dans les tables dont nous parlons. M. Antoine a egalement presente a I'Academie trente-hu^it tables con tenant le passage d'un grand nombre d'etoiles par le meridien , travail qui ne paroit encore avoir ete entrepris par personne , et qui cependant seroit d'une haute importance pour les marins qui ne peuvent avoir que des approximations sur les longitudes J niais ces tables ne sontpas completes. II a offert aussi un tableau comprenant deux cartes celestes avec un cercle mo- bile et deux surtouts , et qui peut rem- placer les astrolabes , les globes celestes et tous les planispheres qu'on a imagines. Les quatre astrolabes les plus connus sont ceux de Ptolomee , de Gemmafrinius , de Jean Roy an , etdeM.de la Hire. Ce dernier, superieur aux autres, n'a point (3/ ) paru cependant k M. Parent avoir tonte la perfection desirable; c'cst ce qui a de- termine M. Antoine a f'aire la reclierche d'un autre mecanisme en meme temps simple et juste , et qui put montrer les astres a la personne la nioins exercee , a toutes les heures de la nuit , tant dii cote du nord que du cote du midi. Cet instrument qu il designe sous le noni de Tetrasphere celeste, n'exige pour son usage que de faire tourner la double carte celeste , et d'en arreter avec une vis de pression la verticale meridionale du jour sur le cercle des heures au point qui in- dique minuit , a I'un ou ^ I'autre des deux surtouts. On voit alors sur les deux cartes I'etat du Ciel aux differentes heures que Ton aura fait passer a I'index. Au moyen de fils de soie tendus au-de- vant du «iilieu des deux cartes , on voit les instans des passages de tons les astres par les meridiens des differens pays. La position dans la largeur du zodiaque, -des planetes superieures a la terre , est in- diquee sur cet instrument avec lequel ou resout d'ailleuis tons les problemes que ( 38 ) Ton pcut eclaircir par les globes , les spheres, les astrolabes et les planispheres. Si les sciences exactes sont entourees de quelques epines , il faut convenir aussi qu'elles ont un grand avantage, celui de porter en elles-m^mes leur propre recom- pense. Ceux qui les cultivent , savent bien de quel charme on est penetre , lors- que par elles on est doucement conduit jusqu'k I'evidence. Aussi sont-elles ac- cueillies et recherchees, et leur triomphe continuel fait que bientot elles devien- dront la science de tous. II faut bien qu'elles aient quelque chose d'attrayant et de mysterieux qui nous sou- tienne au milieu des difficultes qu'elles nous offrent, et qui derobe a nos regards les obstacles et les degouts dont elles sont si souvent entourees. Sans cet attrait puissant, qui-oserolt les Cmbrasser; qui pourroit , par exemple, se livrer a I'etude de I'antiquite ; qui pour- roit se Youer aux recherches arides et fas- tidieuses , aux contemplations severes qu'elle exige , lorsque Ton est assure d'ailleurs que quelles que soient les veilles (39) que Ton y consacre , ces veilles seront a peine estiinees'par les contemporains : c'est aux societes savaiites a payer les clettes du siecle , k accueillir , k proteger , a placer au grand jour de semblables recherches. L'Acadeinie de Dijon doit done una mention honorable aux travaux de ceux de ses membres qui se sont livres a I'etude de I'antiquite. M. Baudot lui a soumis divers memoires sur des monnoles anciennes , sur un por- trait du Due de Bourgogne Philippe le Bon , sur I'origine de I'ordre renomme de la Toison d'or , sur une jolie minia- ture representant la tenue d'un chapitre de cet ordre , et quelques conjectures sur renf'oulssement d'un tresor a Combertaut; ce dernier memoire sera lu dans cette seance. M. Girault ne s'est occupe que des choses particulieres au pays qu'il liabite ; il a voulu mettre au jour les qualites et les vertus des anciens citoyens d'Auxonne j il a presente plusieurs memoires sur la fa- mille des Beaufremont , et s'est arrete avec une espece de complaisance sur ce Beaufre- mont-Senece , dont Henri IV disoit en le (4o) . presentant a la Reine : — Ce gentil- hoinme est bien jeune , mais il est sorti d'une race qui est sage des le ventre de la mere. — II avoit merite cet eloge par ses representations vigoureuses , par sa resis- tance hardie , par sa fermete stoiqne en s'opposant k un edit desastreux potir la Bonrgo2,ne; le Monarque emu laissacouler des larmes , il lui sauta au cou, et s'ecria : ventre st. gris, je ne veux pas qti'il soit dit que mes snjets quittent mes Etats pour aller vivre sovis un Prince meilleur que moi. — Il appela Sully et I'edit fut re- voque. M. Girault a aussi donne conjoin- tement avec M. Masson la description d'une tombe consacree a Hugues Morel j "ce monument est precieux , parce qu'il nous a conserve d'une maniere exacte le costume du temps. M. Girault est singulierement seconde dans ses projets patriotiques par M. Amanton, qui comme lui, a deja donne plusieurs notices biographiques j on desi- reroit que ces amis des sciences et de leur pays se trouvassent places sur ixn theatre plus etendu , si Ton ne savoit que les ville? C40 qui renferment un plus grand nomLre cle citoyens , ont et^ plus etudiees , et qu'il ne reste guere a decrire des monumens qu'elles renferment , que ceux que le hazard pent faire decouvrir ; cette circonstance rare . n'est jamais negligee , et c'est ainsi que des f'ouilles sur le terrain de I'ancienne eelise de la Sainte-Chapelle, en raettant a de- couvert cette inconcevable quantite de pierres sculptees enfouies dans les fonda- tlons des murailles de Dijon, ont donne naissance a la dissertation de M. Fremiet dont on se rappelle encore les inductions frappantes. Cette annee , de nouvelles fouilles ont ete faites sur I'ancienne en- ceinte de la ville j des pierres sculptees et inscrites en ont ete retirees; elles ont ete recueillies par I'Academie , placees d'une maniere convenable par les soins de MM. Devosges , Antoine et Fremiet : elles ont ^te dessinees et decrites , et M. Fremiet les ayant examinees sous un point de vue nouveau , s'est specialernent attache a I'ob- servation du mode de construction des edi- fices dont elles ont ete tirees. Lorsque les fouilles ou les demoUtions ( 4M mettent h. decotivert ces constructions an- tiques, I'artiste y recherche les monumens precieux par la beaute des formes , ou re- marquables par une belle execution; I'an- tiquaire y vient recueillir les Inscriptions , etudier les details, observer les particula- rites qui peuvent aider aux progres de la science. Presque toujours places et conser- ves dans les collections publiques ou par- ticulieres, ces objets restent pOur servir chaqvie Jour a leurs etudes et a leurs re- cherches savantes. Mais si I'examen des fragmens antiques peut se faire k loisir et dans tous les temps , si les morceaux detaches des edifices aux- quelsils appartenoient , peuvent etre con- sideres isolement , I'observation de leur ensemble ne presente pas les memes fa- cilites, et n'est cependant pas moins inte- ressante. II arrive trop souvent que les constructions antiques mises a decouvert , sont aussitot encombrees , demolies ou de- naturees j I'msouciance des constructeurs et des ouvriers , et le plus souvent I'ordre et le genre des travaux ne permettent pas de laisser long-temps ces r^tes antiques dans leur etat primitif. ( 43 ) C'est k ces causes que M. Fremiet pense qu'on doit attribuer I'ignorance ou nous sommes du genre do construction des an- ciens murs de Dijon; plusieurs des monu- mens publics par Richard, par MM. Baudot et Legoux de Gerland , ont ete tires des tours du castrum dlvionense } et cepen- dant aucun de ces auteurs ne nous a trans- mis de details a ce sujet. Leurs observa- tions etoient toutes dirigees vers I'etude particuliere des moniimens , ils ne se sont point attaches a les examiner sous le rap- port de leur placement dans les edifices , et leurs ouvrages n'offrent aucunes re- marques sur les precedes de constructions antiques. La tour, dite du petit Saint Benigne , et qui faisoit partie des antiques fortihca- tions de Dijon , ayant ete mise a decouvert sur la fin du mois de juin 1809, on a pu pendant quelque temps faire sur ce mo- nument des observations que les circons- tances n'avoient sans doute pas permis de faire sur les constructions du meme genre decouvertes precedemment ; I'extraction d'une partie des pierres qui forraoieut la (U) fondcatioii de cette tour, le deblayement du souterrain qui, si I'on en croit la tra- dition populaire , etoit la prison de Saint Benigne , I'eievation d'un revetement sur la partie interieure de cette tour, ont permis d'etudier plusieurs particularites dont I'examen n'est point purement spe- culatif. II pent, dit M. Fremiet, interesser Tart des constructions trop neglige aujour- d'liui, et dont le delabrement de plusieurs edifices modernes attestecliaquejour I'im- perfection. La tour du petit Saint Benigne, de- pouillee de ses revetemens , ne presentoit ni lezardes ni desunions. La maQonnerie dont elle etoit construite - paroissoit ne former qu'une seule masse. Les entailles , les excavations que Ton a pratiquees dans ce massif n'ont occasionne aucun eboule- ment , pas meme le deplacement ni I'ebran- lement du plus petit moellon. Assez ordinairement lorsque nos magons veulent construire un mur, et lorsqu'ils ne sont pas diriges par un constructeur intelligent et experimente , ils forment ^ les deux paremens de pierres de taille dont (45) les lits et les joints sont plus ou raolns bien dresses , et ma(^onneiit I'iiiterieur sans trop s'occuper de lier les pierres entr'elles et de les relier avec les rev^temens. Quel- qiiefois meme il remplissent le milieu de moellons jetes sans ordre. II en resulte des tassemens , des inegalites de presslon qui exergant une force progressive sur les reve- temens , finissent par occasionner la rulne de la construction. Les anciens, plus sages, evitoient ces in- conveniens par le soin qu'ilsmettoientdans la pose des pierres de revetement , par I'at- tention qu'ils avoient de former a I'inte- rieur une magonnerie irreguliere , en liai- son dans tons les sens et sur toutes les faces des materiaux. C'est ainsi qu'etolent construites les tours de I'ancien Dijon. M. Fremiet a remarque dans celle du petit Saint Benigne que les moellons ou blocages ne se ti'ouvoient ce- pendantpas arranges irregulierement, mais d'apres un systeme suivi ', ensorte que poses par bandes ovi lits , lis ^toient tous enve- loppes d'une quantite a peu pres egale de mortier, et qu'il n'en etoit aucuns qui sa ( 46 ) toucliassent a cru. Cette quantlte de raor- tier comparee au volume des pierres ou moellons , paroissoit , autant qu'on pou- voit I'estiiner a la seiile inspection , d'en- viron un cinquieme. M. Fremiet remarque que cette proportion n'est pas celle que Ton suivoit ordinairement dans les bonnes constructions antiques a bain de mortier , oi!i le volume des moellons n'entre que pour moitie dans la masse de la ma- ^onnerie. Cette particularite jointe a quelques autres , porte M. Fremiet a penser que ces fortifications antiques , quoique remar- qixables par la solidite de leur construc- tion , ne sont cependant pas des bons temps de I'art, et doivent plutot appar- tenir k I'^poque ou les procedes et les rae- tliodes des meilleurs constructeurs Ro- mains etoient encore en usage , mais n'etoient plus suivis avec autant de soins , iii executes suivant la meme precision. Si la dimension des materiaux etoit comme dans beaucoup de constructions de ce genre une donnee pour evaluer la dimension des edifices, et si dans les mui's ( ^1 ) d'envlron deux pieds d'epalsseur , les pierres de remplissage sont assez ordinai- rement de la grosseur du poing , il en faudroit conclure que I'epaisseur de nos niurs etoit considerable, pulsque les blo- cages qui les composent sont epais de cinq a huit centimetres environ , et ont une superficie de vingt-deux a vingt-sept cen- timetres. Ces donnees sont a peu pres cer- taines dans I'examen des monumens an- tiques des bons temps de I'art. Les mines des anciens edifices de Rome prouvent qu'ils etoient presque tous construits avec de petites pierres informes grosses comme le poing. C'est ainsi que aont formes les murs des palais des Empereitrs, la raai- son doree de Neron , le temple de la paix , le Pantheon, les Tliermes , les Cirques, les Naumacliies, les Theatres, etc. Mais I'application de ces observations pourroit etre trompeuse relativement a nos constructions , qui , faites dans les temps qui annoncoient la decadence de fart, pr^sentent ^ la verite I'eraploi des principaux precedes de bonne construc- tion , mais ne les pr^sentent pas tous, et dans toute leur perfection. (48) La magonnerle de cette anclenne totif cl6 Dijon n'est pas, comme on I'a vu, com- posee de blocages places irregullerement j mais on remarque dans leur disposition , un ordre methodique , tin arrangement qui tient au procede le plus parfait des cons- tructions a bain de mortier. Ce procede consiste k former la ma^onnerie par encais- semens entre des planches composant un anoule mobile comme ceux dont on se sert pour le pise. C'est a Temploi de ces caisses que M. Fremiet croit que Ton doit attribuer tons les trous qu'on a remarques dans cette niaconnerie , et que plusieurs personnes ont regarde comme des trous de boulins : leur forme cylindrique , levir rapproche- ment , I'interieur garni de mortier , et parfaitement uni , la petite dimension de ces trous indiquent assez le placement des lassoniers ou clefs servant k soutenir les caisses employees dans ce genre de ma- ^onnerie. Les murs antiques des monumens de Rome , ceux des edifices Remains , cons- truits dans le midi de la Frjince , et qui (49) se trouvent actviellement depoullles de leiirs paremens , ont ete formes par le meme procede , et les trous qu'on remar- que dans ces antiques constructions , indi- quent comma dans les notres , la position des pieces de bois qui servoient aux encais- semens ; ils sont cependant construits avec plus de soln , et d'apres une methode plus parfaite. On voit qu'adifferentes liauteurs, les constructeiTrs Roraains ont forme des arasemens generaux, en battant la ma- ^onnerie pour obvier au tassement dont ce genre de construction est susceptible. Dans la tour de Dijon , les lits de raa^onnerie, quoique bien determines , n'ont cependant pas ete traites de cette mani^re ; car ils presentent dans toute leur ^tendue des inclinaisons et des irregularites qui n'au- roient point eu lieu , si chaque lit eut ^te battu et arase : quoique ces murs n'aient pas ete bdtis avec toute la perfection que i'on remarque dans les autres construc- tions antiques des Remains , ils ont toute- fois reslste pendant treize a quatorze sli- des , aux ravages du temps , au d^faut d'entretien , aux degradations acciden- telles qui enlrainent en si pen cle temps la mine des edifices modernes. Passant ensuite a Texamen des fonda- tions de cette ma^onnerie, M. Fremiet les trouve comme celles de toutes les fortifi- cations de I'ancienne enceinte , composees de pierres de taille tirees d'edifices demolls. Ces materiaux portent presque tons la mar- que des crampons qui servoient a les relier. Ces marques font connoitre que ces cram- pons etoient de metal sonde dans les pierres. Aucune d'elles ne presente de traces de ces clefs en queue d'aronde de bois durci au feu , que les Romains out souvent employees au m^me usage. II faut croire que ces liens aussi solides et plus economiques que ceux de metal , et dont I'emploi n'a point d'inconvenient en Italic, n'etoient pas en usage dans les Gaules , ou la longueur des hivers, et I'luimidite du climat les eussent bientot alteres et de- composes. En effet , on a trouve dans I'epaisseur des mortiers , et entre les pierres de la ma^onnerie de la tour nouvellement demolie , des morceaux de bois que les ouvriers y avoient busses par hasard , (5i ) et qui , en les touchant , tombolent en pousslere. Portant son attention sur la pose des pierres de cette fondation , M. Fremiet a observe que quoiqu'elles fussent sculptees et inscrites , la masse de la fondation ne pr^sentoit dans tons les sens que des pare- mens unis , et que toutes les sculptures se trouYoient en regard dans les joints. De cette disposition singviliere et generale re- sulte I'intention bien evidente de cacher les figures representees sur ces pierres. L'enlbuissement suffisoit cependailt pour les derober a la vue , et en faire oublier I'existence. Cette attention scrupuleuse peut servir k confirmer les conjectures que d'autres circonstances font naitre sur la cause et I'epoque de ces demolitions an- terieures k la construction des anciens murs de Dijon. D'apres ces observations, on peut penser qu'elles sont dues au zele religicux qui sous les foibles successeurs de Constantin , porta les Chretiens ci I'a- neantissement de tous les monumens du paganisme. N'ayant pas pour but de developper ici des conjectures historiques , mais d'exa- miner ces monumens , en ce qui concerne seulement I'art de la construction , M. Fremiet fait remarquer la disposition sin- guliere des pierres de cette f'ondation , qui empechoit les joints de se toucher par toutes leurs surfaces. II en resulte que cette fondatlon ne pent pas etre conside- ree comme une masse de materiaux reunis , et formant un seul corps ; il est alors ^tonnant que ces pierres pecliant par le defaut de liaison , le poids qu'elles por- toient , n'ait occasionne aucun derange- ment dans la f'ondation , et aucune desu- nion dans la ma^onnerie superieure. H est vrai que si la saillie des sculptures empe- cliolt la jonction parfaite des faces late- rales , les llts etoient dresses avec un soin et une precision qu'on ne retrouve que dans les constructions antiques des mellleurs temps. M. Fremiet clierclie ensulte k connoJtre si cette perfection d'appareil est due aux constructeurs des murailles du castrum, divionense , ou aux constructeurs des mo- numens plus anciens qui ont produit les (53) materlaux employes dans les fondations des murs et des tours. Ce qui appartient incontestablement aux premiers , c'est la pose des pierres immediatement jointes sans mortier , sans cales ni demaigrisse- mcns , sans aticnns de ces moyens enfm qui tendent a diviser inegalement Tefiort et la pression , et entrainent la ruine des edifices construits d'apres ces vicieuses me- thodes. Dans un seul endroit la sculpture d'une pierre etoit placee sur un lit, et laissoit une ouverture oii Ton pouvoit fa- cilement engager la main. Cette pierre est celle qui represente un liomme courLe dans une voiture bennuj et tenant le mo- dius. Par-tout ailleurs les surfaces des pierres Tinies , et parfaitement dressees , se tou- clioient dans toute I'etendue de leurs lits. En les enlevant , on remarqtioit qti'ellcs etoient couvertes d'une espece d'enduit blanchatre , lin , ayant quelque consis- tance, et adherant un peu au lit des pierres. Cette matic^re n'est pas , comme Font cru quelques personnes , un coulis ou mortier clair , tel que celui qu'oii introduit quel- (54) qviefois avec une ficlie daiis les joints mon- tans des pierres. Le mortier des antiques constructions a une durete et une adhe- rence qui nepermettent pas dele confbndre avec cette matiere. D'ailleurs , les anciens n'avoient pas I'usage d'etendre du mortier entre les lits des pierres , mais ils les po- soient a cru , apres les avoir dressees avec toute I'exactitude possible. Pour y parvenir plussurement, ils frottoient les pierres les unes centre les autres, et usoient ainsi sur les deux lits les parties saillantes produites par le piquage a la pointe du marteau. C'est a I'emploi de ce precede qu'est due I'existence de cette poussiere blanche , un peu consolidee , qui remplissoit les renfoncemens des piqures dans les lits de pierres de taille. M. Freraiet finit par rechercher aux- quels des constructeurs ce procede pent etre attrlbue j il a voulu connoitre si cette poussiere de la pierre usee existoit egalement dans les endroits ou les joints se trouvant lisses , pouvoient avoir servi de lits dans leur destination primitive. II I'a remarquee sur plusieurs des materiaux cle ce genre , 11 a trouve aiissi pluslenrs lits qui n'en etoient pas converts. II en a conclii avec ralson que ce ne sont pas les constructeurs cles fortifications, mais Ceux des anciens edifices cle Dijon , qui ont em- ploye ce moyen de perfection dans la pose des pierres. Une recherche non molns interessante cut ete celle des bases de cette fondation , mais la fouille n'a pas ete poussee jusqu'aux dernieres assises ; il eut ete curieux d'exa- miner comment cette masse de fondation en quelque sorte desunie par les inegalites des joints , et dont souvent les pierres etoient mal reliees entre elles , avoit pu neanmoins , sans aucun tassement , sans aucunecartement, sansaucuneirregularite de pression , subsister pendant un si long espace de temps. C'est , dit M. Fremiet , un examen nou- veau et interessant que celui des procedes suivisdans la construction de nos anciennes fortifications ; on doit regretter que ceux qui ont publie et expliqueles pierres sculp- tees et inscrites trouvees dans les fouilles precedentes , ne soient pas entres dans (56) qtielques details relatifs aux constructions antiques dont elles sortolent ; ils nous ont prive de I'avantage de comparer nos ob- servations avec les leurs, et de confirmer les unes par les autres. Si les remarques faites sur un seul point de I'ancienne en- ceinte de Dijon ne peuvent pas faire con- noitre d'une maniere assez complete et assez detaillee les procedes generaux suivis dans cette construction , elles contribue- ront peut-etre a eveiller I'interet sur cette partie de la science des antiquites ; elles pourront diriger les observations des savans et des gens de I'art sur un objet neglige jusqu'a ce jour a Dijon, et serviront de matiere a des reclierclies plusapprofondies. A I'analyse de ces differens ouvrages , I'Academie doit joindre I'exposition des travaux de I'infatigable M. Rouhier. Tout le monde se rappelle son zele , sa patience et son talent dans I'instruction des sourds - muets et des aveugles. Tout le monde regrette qu'un etablissement si beau et si utile ne soit pas accueilli dans una villa si amie des sciences , et Ton voit avec peine que cet homme precieux reste (57) enfoul dans un village ouil use ses annees et ses talens dans une ecole presque pri- maire. II avoit donne I'an dernier quelques memoires sur le mode d'enseignement qui peut convenir aux aveugles-nes. Entraiiie par le desir d'etre utile , il avoit peu re- llechi a quelques difficultes qui resultoient de son plan. Mais I'extreme attention qu'il met k cette matiere , le vif interet qu'il porte a ces malheureux , lui a bientot fait apercevoir les taches legeres de son ou- vrage , et il s'est hate de le rectifier dans un nouveau memoire egalement recom- mandable par la clarte des idees , la sim- plicite de I'expression et I'utilite de Tobjet. L'Academie ne donne point la liste des ouvrages imprimes qui lui ont ete adresses en grand nombre par ses correspondans et par des etrangers j mais elle leur temoi- gne publiquement sa reconnoissance. Parmi les ouvrages manuscrits qu'elle a rcQus , elle cite les observations sur les ef- fets de la piqure d'un insecte venimeux , par M. Rouluer , chiriirgien il Rccey-sur- Ource. (58) XJn memoire sur une plithisie laryngee , par M. Saignelet , docteur en meclecine a Semur. Les tables des refractions astronoml- ques , par M. Joseph Saraza, professeur d'astronomie a I'observatoire de Madrid. Un traite analytique des surfaces du deuxi^me degre, par M. Vannier , prin- cipal du college d'Auxonne. Les delasseinens astronomiques, par M. Antoine , ingenieur. Une liymne a sainteC^cile , par M. Cou- turier, directeur du college de Gray. L'Academie a associe a ses travaux M. Gosse , de Geneve , correspondant de I'ins- titut , et connu par ses belles experiences sur la digestion ; M. Vaucber , professeur de botanique a Geneve , auteur de I'excellent traite des conferves d'eau douce j M. Audibert - Caille , docteur en me- decine j M. Lesueur , maitre de mvisique de la cbapelle de I'Empereur j M. Rose , maitre de cliapelle , auteur du Vivat execute pour le sacre de I'Eni- pereur j ( % ) M. Travisinl , dont les compositions muslcales sont toujours entendues^ Dijon avec un nouvel interetj M. Masson - Four , pliarmacien , a Auxonne. Et M. Tlioromberg. Apres I'analyse des travaux de I'Aca- deinie , M. Baudot aine a fait lecture d'un memoire sur les medailles trouvees a Combertaut, et sur les causes presumees de renfouissement de ce tresor. Quoiqu'on ait deja. tire de la terre , particulierement dans la Gaule qui fut soumise aux Romains pendant pres de cinq siecles , une enorrae quantite de medailles antiques, qui etoient la monnoie courante des Empereurs , on en decouvre encore tous les jours: et c'est sans doute a I'abon- dance excessive de ces pieces qu'il faut attribuer I'espece d'indifference avec la- quelle la plus grande partie du public recoit la nouvelle de quelqu'une des de- couvertes de ce genre. Cependant elles ( 6o ) Sont quelquefols accompagnees de cir- constances telles que les personnes les moins disposees a I'etude des medailles , y trouvent de quoi interesser vlvement leur curlosite. M. Baudot aine n'hesite pas a placer dans cet ordre la decouverte falte le aS aout i8o3 a Combertaut, village avec un anclen prieure , situ^ a peu de distance de Beaune , Departement de la Cote-d'Or. En effet , le tresor qu'on y a trouve , consistolt dans une masse de plus de deux mille cinq cents sous d'or pres- que fin, qui comprenolent un intervalle d'environ soixante annees, et presentoient les effigies de neuf personnages decores de la pourpre imperiale successivement et sans interruption , depuis Theodose I. «'' jusqu'a Marcien et Avitus. Ces pieces, dont M. Baudot a mis sous les yeux du public , a la seance du it. aout 1810, une petite collection, qu'on peut regarder comme un ecliantillon du tresor nieme , pesent chacune quatre-vingt- quatre grains : le total offroit done une valeur intrinseque et metallique d'environ 36ooo francs : et comme dans le siecle au- (61 ) quel ce tresor appai dent , la valeur du sou d'or avolt ^'te fixee par iine loi , et assi- milee a celle de quarante boisseaux de froment , ou de deux cent soixante-dix livres de viande , ou de deux cents sep- tiers de vin j si en s'arretant au premier objet de comparaison , on n'etablit la. contenance du boisseau , qua vingt livres poids de marc, ainsi qu'il fut regie de- puis par Charlemagne , il en resulte , suivantM. Baudot, une valeur a pen pres six fois plus forte qu'a present, c'est-a- dire , egale a 216 ou 220,000 francs de notre monnoie ; ce qui fournit, ajoute M. Baudot, une preuve de la rarete du nu- meraire dans ces temps-U , de la foiblesse de la population et de la misere publique. Dans la premiere partie de sa disserta- tion, M. Baudot avoit dej^ fait connoitre tl I'Academie , les medailles qui corapo- soient le tresor de Combertaut, et les Empereurs qui les ont fait frapper. Pre- sumant que I'epoque et la cause de I'en- fouissement d'un tresor aussi precieux, devoient pi-esenter des developpemens his- toriques interessans, puisqu'il etoit ques- ( 6^ ) txon d'examlner les particularites d'un temps siir lequel les historiens civils se sont tres peu etendus ; M. B, a cherche les motifs qui ont pu determiner le pro- prietaire d'une quantite d'or pesant plus de soixante-douze de nos marcs, a la de- poser dans le sein de la terre, Alors les Huns conduits par le ferocc Attila , venoient de ravager la Gaule. iCe barbare , vaincu par Aetius , avoit ete oblige de repasser le Rliln. Les invasions frequentes occasionnoient une defiance bien naturelle qui dut long-temps porter les Gaulois k cacher tout ce qu'ils avoient de precieux. Mais il n'est gudres vraisem- blable qu'un tresor aussi considerable ait pu etre amasse par un simple particulier : rien n'annonce non plus que , qiTand memo • le lieu de Combertaut eut ete des !e V.^ siecle un monastere , (ce que les historiens ne disent pas), les religieux de cette maison, quelqu'opulens qu'on veuille les supposer , aient pu economiser autant de monnoie d'or, pour etre reduits ensuite a la triste n^cessite de la soustraire au pillage militaire. Notre auteur pi^evoit (63) tout ce que I'on peut dire poiir etablir ces suppositions qui ne lui paroissent point admissibles j et il s'arrete k I'idee plus vraisemblable que le tresor dont il s'aglt, est une portion du tresor public destinee au payement des troupes que I'Empereur Avitus avoit menees dans la Gaule, peu de temps apres qu'il eut ete eleve a I'Empire d'occident. M. B. fait voir que lesEmpereurs etoient obliges de faire porter a leur suite les especes memes avec lesquelles lis payoient leurs troupes ) et que pour cela , on se servoit d'or, parce que ce metal precieux, qui revenoit au tresor par la voie des contributions , etoit d'uix transport plus facile que les autres metaux. Avitus prit la pourpre a Aries, ville de la domina- tion de Theodoric III, Roi des Visigoths qui avoit favorise son elevation a I'Em- pire, C'est aussi a Aries que la plupart des pieces portant Tefiigle de ce nouvel Empereur , furent frappees ; ces pieces paroissent avoir tr^s peu circule, et elles ont ce que les antiquaires appellent la fleur du coin. Avitus apprit bientot que (H) son armee se revoltoit contre lui , par les insinuations secretes du Patrice Ri- cimer qui avoit une autorite que la foU blesse des Empereurs d'alors ne savoit plus contenir. « C'est sans doute , dit M. B. , ce « moment de desordre qu'un depositaire c< infidele clioisit pour reusslr dans son M. Morland considere ensuite I'etat de la terra k ces epoques desastreuses ; elle off're par-tout le luxe de la vegetation ; par-toutdericlies ptiturages et d'immenses forets. On diroit d'une terre vierge , ou plutot d'une terre violemment agitee par de longues convulsions qui I'ont regene- ree , d'une terre deployant tout ce qu'elle a de magnificence , telle que nous nous representons I'Amerique quelques siecles avant sa decouverte. Quand ce fait ne nous seroit pas attest^ par les debris des vegetaux , il seroit assez prouve par le nombre , la grandeur et le genre de vie des animaux que nous sommes forces d'etudier. Ce sont des elephans , des mamoutbs , des anoigalo i pelatt , des rhino- ceros, des hippopotames et des gavials,tous animaux gigantesques , et qui avoient be- soin pour subsister , non-seulement d'une vegetation brillante, mais d'une vegetation continuelle, vegetation qu'ils n'auroient pu trouver dans nos climats. Ces faits sont etonnans sans doute , et (74) semblent places hors du cercle ordinaire des choses j lis semblent nous reporter au berceau du monde connu , a la naissance des siecles. Noiis serions tentes de croire que la terre sortoit alors des mains du Createur , si la nature elle-meme ne s'ele- voit contra cette opinion , et ne s'empres- soit de nous demontrer le contraire. En effet , penetrons plus avant dans les en- trailles de la terre , et nous verrons que les debris que nous exarainons , reposent sur des debris plus anciens qvii eux-memes , en recouvrent d'autres. C'est ainsi que nous arrlvons pen a peu a cette pensee effrayante peut-etre , mais vraie , que la demeure de I'liomme a ete devastee a plusieurs reprises , et a des in- tervalles eloignes ; que la race humaine a ete plusieurs -fois dlspersee , detruite et renouvelee j que les monumens de ces temps desastreux sont imperissables , et places pres de nous ; qu'il suffit d'un coup d'oeil pour saisir les grandes verites qu'ils nous offrent j que tous portent les em- preintes et le caractere de I'eau ; que nuUe part on ne trouve celle du feu. ( 75 ) siiion dans quelques circon stances telle- ment bornees , qu'elles ne peuvent se lier k I'ensemble cles catastrophes du globe j que ces monumens ne sont point repandus d'une maniere vague ; qu'ils sont circons- crits , limltes j que Ton peut reconnoitre leur point de depart, leur cours et leur terine j que tous en un mot attestent des deluges partiels. Ces deluges isoles ont - ila precede ou sulvi le deluge general. C'est ce qu'on ne saura j amais , puisque le deluge universel n'a laisse aucune trace de lui. Dans un ouvrage dialogue intitule ; Fragmens d'un voyage pittoresque , M. Fremiet fait la description de quelques- uns des tableaux du Musee de Dijon, et les examine sous les rapports qui consti- tuent les principales parties de Fart. II commence par des considerations sur la doctrine et sur la maniere de I'ancienne ^cole fran^aise. II pense que I'exposition publique des tableaux de ce genre , ainsi que de tous ceux qui presentent quel- ques defauts remarquables , loin de nuire. (7^) comme on pourroit le penser , aux progres de la peinture , doit utilement contribuer a rinstruction des artistes. ce On devroit , dit-il , reunir a Paris , cc dans une collection speciale , les ouvra- « ges des principaux maitres de I'ancienne tc ecole fran^aise. II seroit curieux de les « parcourir dans leur ordre clironologi- «c que , et de suivre ainsi la degradation e« successive de I'art. — Pour inspirer aux « jeunes artistes une prudente aversion cc contre la maniere frangaise , il suffiroit « de la leur montrer dans tous ses deregle- « mens , et de mettre sous leurs yeux les « machines theatrales , les groupes pyra- « midaux , le pittoresque , les agencemens , « le contraste des figures , le cadencement « des membres , les graces grimacieres, les ce lazzis de la touche, le ragout et tous cc ces raffinemens systematiques substitues cc pendant tant de temps h. la marche sim- ec pie, naturelle et vraie des grands artistes. cc Les maitres en conduisant leurs eleves cc dans cette ecole en quelque sorte pre- cc servative , les premuniroient par I'au- c< torite de I'exemple contre les deplora- (77) « bles resultats de I'ignorance ou du me- « pris des bons principes. Les jeunes ar- te tistes verroient comment , depuis Vouet, « les peintres fran9ais ont travaille pen- ce dant un siecle k la perte de I'art ; com- « ment, en s'eloignant de plus en plus « do la route tracee par Le Poussin et par « Le Sueur , ils ont tout k fait perdu de « vue la nature et I'antique , les seuls « guides qui pouvoient leur montrer la tc verite , et les conduire a la perfection. « lis verroient dans cette periode desas- « treuse un enchainement continuel de tc vices et d'erreurs devenus pour I'art un. « heritage bien fidelement legue par les « maitres aux eleves , et qui dans ces trans- cc missions successives s'augmentoit encore « du propre fonds de chaque legataire. Ils cc reconnoitroient a travers les briilantes « qualites de Lebrun , le germe des prin- ce cipes corrupteurs qui croissant sous les «c Coypels , se developpant sous les Le- u moine et sous les Detroy , detruisirent c£ entierement la peinture sous Boucher. >au beau tableau de la Cananeenne. _ ( 85 ) core, cet esprit juJicieux qui fait le cliariTie des ouvrages de I'art, qui determine et consolide leur succ^s. — Malsire I'erreur dans laquelle le Carraclie est tombe en degradant ce sixjet par une ordon nance aussi singiiliere ; qiioiqu'on pnisse lui re- proclier, non pas des incorrections , mais un choix de formes qui n'est pas tonjoiirs lieureux ; il y a dans ce tableau des par- ties remarquables pourl'execution, et cette ancienne copie sortie de la main d'un bon artiste , donne wne idee bien juste de la belle maniere du Carrache. JEue donnant lapomnie a Adam , tableau original du Guide. Les deux figures sont placees , dessinees , caracterisees d'une maniere fausse et in- convenante. — Expression commune et insigniliante sur la figure d'Adam. — Froide tranquillite dans celle de sa com- pagne. — Aucun interSt, aucune passion n'agite ces deuxetresflegmatiques. Etoit-cc avec cette indifference qu'ils devoient, I'un presenter, I'autre recevoir le fruit defendu ? — Adam n'est point un homme seduit ; Eve n'est point une femme seductrice. — - ( 86 ) Ce sont deux apatlilques personnages qui cueillent et mangent des pomines dans un verger. — Adam a le coude appuye , et malgre cette attitude nonchalante, la jambe sur laquelle il porte est tendue avec exces. L'effort qu'elle fait gene Tarticu- lation du genou et fait rentrer la rotule. Ainsl campee sur cette jambe roide et arquee , la figure est dans une attitude penible et ridicule. — Elle peclie non- seulement contre Taccord dans les mou- vemens , mais aussi contre la correspon- dance dans les formes. ■ — Des parties sont petites et foibles , d'autres fortes et mus- culeuses. — La tete est celle d'un ado- lescent , les membres sont ceux d'un lourd porte-faix , les extremites sont grossieres et sans elegance , et les emmanchemens determines par des ressauts et des con- tours noueux que la nature bien clioisic n'indique jamais. La figure d'Eve est d'un dessin plus elegant , plus pur et plus correct. La main qui va saisir une branche de I'arbre est fine , delicate et ne manque pas de grace ; mais les pleds sont courts , et la (B7) naissance des orteils est etablle sur tine ligne presque droite. — Cette figure est dans nne posture manieree et fatigante que n'exigent ni Faction dont elle s'oc- cupe, ni la passion qui doit I'aniiner. — L'effort qu'elle fait contourne le corps et les jambes d'une maniere peu naturelle et par consequent peu gracieuse j car la grace ne consiste pas seulement dans la beaute des formes , mais dans I'aisance des mouvemens. La tete reguliere et cor- recte n'offre cependant pas I'elevation de formes et le caractere de beaute qui de- voient distinguer le plus parfait des ou- vrages du Createur. — L'artiste n'a fait qu'une femme ordi- naire au lieu de representer celle dont Milton trace si bien I'admirable portrait : la grdce Stolt dans sa demarche , le del dans ses regards , et dans chaque geste la dignite et I'amoiir. — ■ La carnation est fade et sans fraicheur j ■ — cependant les demi-teintes , et particulierement celles du cou , sont fines et legeres , peut-etre un peu trop verdatres comme toutes cel^^s de la derniere et de la plus mauvaise ma^- (58) nlere du Guide. Cette couleiir grise et blafarde contraste desagreablement avec la coiileiir ardente dont tout le corps d'Adam est enlumine. Enfm ce groupe semble compose d'uno statue de cuivre rouge et d'une statue de marbre blancj et ce tableau , I'uii des plus mediocres ou- yrages du Guide , ne rappelle que foi- blement les parties dans lesquelles ce maitre excelloit *. * On pourroit etre surpris de ne rencontrer dans ce tableau que de foibles traces du talent qui dis- tingue la Turbantine , la Madeleine , le St. Andre y les quatre tableaux d'Uercule , les couseuses et plu- sieurs autres ouvrages du Guide. Quoique bien infe- rieur a Raphael , au Carrache et au Dominiquin j ce makre tient un rang distingue parmiles artistes, pour certaines parties dans lesquelles il a excelle. Mais son talent est tres inegal e^ le merite de ses tableaux differe suivant les temps et les circons- tances de sa vie. Tous les ouvrages que le besoin d'argent lui faisoit entreprendre pendant qu'il etoit livre a la passion du jeu , sont fails de pratique y executes k la hate , et sans etudes. Ce tableau d''A- dam et Eve tient a cette epoque desastreuse du talent du Guide , et pent etre regarde comme un de ses moindres ouvrages. ( % ) Le Pcre eternel tenant la boule du monde 3 tableau original du Guide. Ce buste du Pere eternel est encore «n foible ouvrage du Guide, et de son plus mauvais temps. Le dessin en est ra- botetix : la main qui donne la benedic- tion est mal formee. - — La tete est sans noblesse et n'offre pas le caractere d'une nature imperissable. — Au lieu de donner a cette tete par de grandes masses et de larges plans toute la dignite qui convient ^ la representation du Createur , I'artiste s'est attache k sillonner lapeau du visage par des rides profondes et multipliees. Au lieu de peindre un vieillard majes- tueux, en conservant sur sa figure les restes reconnoissables de la beaute virile , il n'a fait que detailler minutieuseraent toutes les rugosites de la decrepitude. Le Christ mort , entourS de safamille, copie faite a Rome , d'apres le Caravage , par un pensionnaire de I'ecole de France. Ce tableau , dans lequel on voit un des- sin qui n'est pas to uj ours d'apres la nature bien clioisie , raais dont on doit dans quel_ ques parties, admirer la force et I'expres- ( 90 ) sion , pent donner une idee de la maniei c du Caravage , qui ne connut jamais les epanchemens de la lumiere , et qui n'a peint que des clairs vifs et tranchans , op- poses a des ombres lourdes et tenebreuses. Ces effets plus singuliers que vrais , ont ete imites par le Valentin , et pousses a I'exces par Rembrandt, dont tous les ouvrages semblent eclairesparune lucarne. Malgre cette maniere fantastique , il y a de belles clioses dans cette composition du Caravage. Le corps du Christ est en general bien dessine , le torse largement niodele ; les pieds et les mains de St. Jean d'une belle forme et d'une belle couleur. — Les tetes des Anges sont laides , grima- cent et pleurent d'une maniere horrible. — Les mains sont trop fortes pour les bras. — La figure du Christ presente une bien grande incorrection ; la jambe gauche que la Madeleine souleve , est entierement disloquee. — Les membres ne sont flexi- blesque dansle sens de leurs articulations, et la jambe par la nature de sa jonction avec la cuisse , ne peut executer d'autres mouvemens que ceux de flexion et d'ex- ( 90 tension. Les eminences articulaires da femur Tempechent de se mouvoir laterale- raent ; lorsqu'elle se porte de cote, ce n'est jamais par un raouvement partiel , mais par un mouvement de totalite, dont le centre est non pas dans le genou , mais dans I'articulation du femur avec I'os des lies. — II est done impossible que dans une figure coucliee , comme Test celle du Christ , la jambe puisse ^tre soulevee de cote , et quitter le plan sur lequel porte le genou. Une Jlagellat'wn , tableau original du Bassan ( Jacques. ) Ce tableau faisoit partie de la collection du roi de France. II etoit alors si noir et si obscur , qu'a peine on pouvoit distin. guer I'ensemble des figures. — II n'a peut-etre pas beaucoup gagneaetre eclairci par le nettoiement et la restauration. — • Ce sujet n'etoit pas propre a faire brillcr le talent du Bassan , qui n'excelloit que dans les animaux et les scenes cliampetres. Ce tableau est cependant remarquable par une couleur qui ne manque pas de vigueur et d'harraonie j mais le dessin du nud et ( 92 ) des draperies , foible et pauvre , ne pre- sente ni science ni verite. Une Assomption , tableau original du Tintoret. Ce tableau peut donner une idee de rimpetuoslte de cet artiste et de la furle de son pinceau, mais ne sauroit faire connoitre les talens qu'il a developpes dans les magniliques sujets qui ont fait a Venise sa reputation; c'est a cette per- nicieuse facilite qu'il faut attribuer tant d'ouvrages de ce maitre , negliges et in- corrects , qui n'offrent, comine dans ce- lui-ci, que des tetes laides, un dessin sans finesse , sans caractere , des draperies sans verite, des en fans poses et groupes d'une maniere bizarre , et n'ayant ni la beaute , ni les graces de leur age. La Vierge et Venfant Jesus entourds d'un concert d'aiiges. En has , Saint Antoine et Saint Paul ermites , Saint Pierre et Saint Paul , apotres. Tableau original de Paul Veronese, * * Ce tableau qui , en Italia , decoroit une egllse , a perdu par sa position actuelle I'effet qu'il produi- soit autrefois. Le peintre qui savoit que son tableau (93) La gloire de ce tableau est confuse et lourde. Elle u'a pas dans la forme et daais le clair-obscur la legerete et le ca- ractere aerien qui doit la distinguer des autres figures. La Vierge , dont la tete a toujours passe pour un portrait , est com- mune et insignifiante j I'enfant Jesus est laid , mais ces deux figures sont d'une belle couleur. Le concert d'anges est dis- pose sans ordre , sans grace. — Cette devoit etre place sur un maitre autel, avoit choisi line ligne horlzontale tres basce et conforme k cette elevation. Dans la figure de Saint Pierre, on voit le pied en-dessous et la jambe en raccourci ; cepen- dant I'cell du spectateiir se trouve aujourd'hui beau- coup plus Laut que ces objets. Ce tableau regagne- roit una partie de son efTet , si au lieu d'etre place sous poutre et de porter sur la liauteur d'appui , il etoit eleve jusqu'au plafond. Sa position seroit alors plus d'accord avec le genre de perspective employe par I'artiste. Pour qu'on pAt jouir convenablement de ce tableau , il devroit ^tre place au fond de la salle ou il pourroit ^tre plus eleve et mieux ^claire. Ilrecevroitune lumiere constamment oblique; au lieu que dans la place qu'il occupe actuellement, les rayons lumineux forment un angle droit sur la super- ficie peintc , tandis qu'en meme temps les rayons yisuels tombent dessus dans le meme de^re. ( 94 ) partle du tableau ii'est pas aussi blcii traitee que celle du bas. — - Les quatre figures qui la coraposent sont tres belles de couleur. Les tetes et le dessin du nud sont comnie tous les ouvrages de Paiil Veronese, pris dans la nature , niais sans clioix , sans elevation , et souvent contra les convenances. — Le St. Paul arme d'un enorme espadon et la tete fierement tour- n^e vers I'epaule , a la figure et le main- tien d'un bretteur "*". La tete et les mains du Saint Pierre sont bien dessinees , mais d'une couleur alteree par le temps. — • Un genou en terre, appuye sur la bar- riere de son ermitage , ayant devant lui son panier de racines j Saint Paul , Ter- mite, presente sur son corps decharne * 0x1 a cru reconnoitre dans la tete de St. Paul , apAtre , le portrait do Paul Verojiese. Cette figure n'a jamais passe en Italia pour offrir la ressemblance de ce grand peintre. EUe n'a aucun rapport avec le portrait de Paul Veronese , grave par P. -Ant. Pazzi, dans le Museo Fiorentino , serie di ritratti de'pit- tori y vol. 1. p. i6i , ni avec celui du tableau des noces de Cana , dans leq\iel Paul Veronese s'estpeint sous la figure du joueur de viole. ( 95) toutes les marques des austeiites et de la maceration, II est place dans ce tableau comme ami et compagnon de Saint An- toine qui occupe la place principale snv le premier plan. — Par un de ces ana- clironismes frequens dans les ouvrages de Paul Veronese , le Saint Antoine porta une chape de drap d'or et une mitre en pointe et fendue ; un ange enleve au ciel sa crosse episcopale. . — II peut pa- roitre etonnant que cet artiste celebre n'ait pas su que le saint instituteur de la vie cenobitique , qtii ne f'ut jamais eveque , ne devoit pas porter des habits pontificaux , et sur-tout ceux qui ne furent en usage que depuis le 16.^ siecle. — II ne faut pas attribuer cet anachronisme au defaut d'instruction de I'artiste. On doit le re- garder comme le resultat d'un calcul pittoresque , et non comme I'effet de I'igno- rance. Paid Veronese connoissoit bien le costume des solitaires de la Thebaide , puisque son Saint Paul est v^tu de nattes de palmiers ; mais riche et fastueux dans ses compositions , Paul Veronese , le crea- teur du style d'apparat , ne voyoit que le ( 9M brillant et le fracas des couleurs : 11 sacii" fioit la verite morale et les convenances liistoriqnes aux beaux accidens de lumiere et a la pompeuse decoration de ses ta- bleaux. — - D'apres ce systeme d'ostenta- tion pittoresque , il lui convenoit de ne vetlr que de nattes brunes et sonibres la fisnre de Saint Paul releguee dans le se- cond plan , et d'avoir sur le devant du tableau une figure exposee a I'incidence de la plus vive lumiere, et decoree d'etof'fes enricliies de broderies et de dorures. — Avec le costume simple et grossier d\in anacliorete, auroit-il pu donner a la fi- gure de Saint Antolne le mSme ressort , avoir un personnage aussi dominant , une aussi belle masse coloriee et des el'lets d'une aussi riche harmonie ? — Tel est le principe de toutes les compositions de ce maitre , et la raison qui lui faisoit vetir et ajuster les personnages de I'antiquite comme les gentilsliommes Venitiens et comme les Orientaux qu'il voyoit h. Venise. — Ce tableau qui a toujours ete regarde comme un des mediocres ouvrages de ce maitre, peut cependant donner une idee (97) des parties de I'art dans lesqueiles il ex- celloic. La rdsurrectioji dii Lazare , tableau d'un maitre inconnu. — • Si Ton petit LlAmer le luxe et la somptuosite du style de Paul Veronese , on ne fera pas le mSme reproche au peintre qui a si maigrement et si pauvrement peint cette resurrection du Lazare. — Quelle maniere petite et mesquine ! — II est dans ce tableau des incorrections si grossieres qu'on ne peut les attribuer qu'a des re- touches et a la mal-adresse d'un ignorant restaurateLir. Apres cet exanien de quelques-uns des tableaux de I'ecole d'ltalie, M. Fremiet developpe plusieurs considerations sur les caracteres distinctifs des ecoles italienne et flamande , et etablit ainsi le parallele des deux cliefs de ces ecoles : cc On a dit souvent que par la belle « entente du clair-obscur et par la beaute « de la couleur , les maitres flamands se « sont places au-dessus des italiens , et *c qnc sous ce rapport , Rubens ecrase « les plus beaux ouvrages de Raphael, 7 ( 98 ) ^ tc C'est ainsl que Lucain ecrase Virgllej cc c'est ainsi que Seiieque ecrase Ciceron ; «c c'est ainsi que le Borromini , ce grand « ennemi des lignes droites , ecrase, avec «c ses ressauts et ses formes brisees , la ma- ec jestueuse simplicite de I'arcliitecture an- te tique. Mettre Rubens au-dessus de Ra- te phael, c'est preferer le brillant au so- « lide, le bel esprit au genie, I'affec- cc tation a la grace et I'apparence a la «<: realite, « Rubens a son lot dans la distribu- te tion des qualites pittoresques ; c'est le « talent de donner la vie aux figures et de les aniraer ; d'etablir les rapports mutuels des clairs, des demi-teintes et «< des ombres; de procurer par les savantes €c combinaisons qui en resultent , du re- cc lief aux figures , du ressort et de I'liar- cc monie au tableau ; c'est la connoissance •c appro fondle de la degradation locale cc des couleurs et la belle entente de tout K I'effet plttoresque ; voila ce qui dis- « tingue les ouvrages de Rubens ; mais « ils demandent a etre vus et juges avec •c discernement : il ne faut pas prendre cc ( 99 ) w les licences de ce grand raaitre pour des cc principes , I'exuberance de son genie cc pour de la fecondite , I'enflure de ses «c contours pour du caractere , ses atti- cc tudes forcees pour du mouvement et de cc Taction , la vivacite de sa couleur pour cc la verite des carnations , et les grimaces •c exterieures pour I'energique expression 6c des sentimens. Get artiste , en voulant cc s'elever au-dessus de la nature , I'a pres- » M. le President finit par annoncer I'or- dre des lectures qui doivent reraplir la seance. La parole est a M. Morland , secretaire perpetuel de TAcadexnie. ANALYSE JDes travaux de V Academic des sciences , arts et belles-lettres d& Dijon y pour Vannee i8i3. S'il est dans le but des soci^tes savantes de veiller h. ce que les sciences , les lettres et les beaux-arts se maintiennent dans tout leur eclat , et conservent toute leur puret^, il est aussi pour elles un devoir glorieux k (4) J-empllr ; celui de proteger les arts indus-^ triels , de les soutenir , de les dinger , de lea produire au grand jour : car lis ont besoin d'un appui ces arts si oublies , si negliges , j'oserai merae ajouter , souvent si meprises parmi nous j ces arts a qui nous devons cependant les aisances et les commodites de la vie , et qui , s'ils ne font pas la splen- deur des etats , en font presque seuls la prosperite. Les empires sont fondes par la force et le courage j ils recoivent une grande illus- tration des sciences et des beaux-arts ; inais les douceurs de la vie de chaque citoyen reposent essentiellement sur les arts me- caniques. On pent quitter ses foyers et son repos pour aller au loin verifier les bruits de la renommee , pour contempler ces heros dont le front vieilli dans les combats , est cliarge de cicatrices et de lauriers ; on peut, entraine par les mouvemens d'une curiosite bien naturelle , ceder au desir de parcoui'ir ces cites superbes, ou les palais et les temples nombreux attirent partout et usent en quelque sorte Tadmiration 3 on est seduit par la renommee de ces monu- mens remarquables par leur elegance ou leur gravite j on veut s'arreter devant ces statues , superbes travaux de I'antiquite et conquetes de la valeur , et pres d'elles on veut admirer encore celles qui attestent les efforts de nos contemporains. La foule se precipite sous ces portiques majestueux pour y entendre la morale la plus pui-e ex- posee dans le plus beau des Ian gages ; elle inonde ces cirques raoins severes , ou elle retrouve les heros de I'antiquite ; leurs grandeurs et leurs foiblesses , leurs pros- perites et leurs revers , leurs vertus et leurs crimes j la aussi , par un heureux melange, la raison se couronne de fleurs , et la legon nous est presentee par la satyre et la gaiete. Mais au milieu de ce reve enchanteur, d'ou viennent ces souvenirs vaeues , ce vide que nous eprouvons , ce desir d'un autre ordre de choses , en un mot ce be- soin d'une vie plus calme et plus isolee ? C'est que ces magnificences ne sont pour nous qu'un songe brillant ; c'est qu'elles ne nous oifrent que des choses placees dans la nature ideale ', c'est qu'elles nous rendent petits en nous rapprochant de ces colosses : elles font cependant les deiices de quelques horames sensibles et de gout; niais elles ne peuvent agiter la fibre grossi^re du peu- pie ; elles ne peuvent f'aire le charme que d'un petit nombre j la masse ne trouvera et ne pent trouver de bonheur que dans les arts industriels. Cependant , par un inconcevable con- traste , ces arts mecaniques restent ense- velis dans I'obscurite , et les arts liberaux, libres et brillans dans leur essor , sera- blent assurer a ceux qui les cultivent, la fortune et I'eclat. Les places attendent le genie , les tableaux , les statues sont payes au poids de I'or. Le litterateur , I'artiste marche entoure de la consideration pu- blique ; les rangs , la naissance disparois- sent en quelque sorte a son approche ; tout est nivele devant lui , et dans cette foule qui s'attache a ses pas , il n'apercoit au loin que les grands qui s'empressent , que la multitude qui admire j non-seulement il ecrase son si^cle , mais il lui survit , il regne encore dans la posterlte. Et cepen- _ (7) dant I'artlsan simple et plus utile vit dans rindigence et dans I'obscurite. Toutefois il faut avouer que le sort de I'artiste n'est pas toujonrs aussi glorieux que nous venons de le voir. II pent eprou- ver tous les caprices et toutes les vicissi- tudes de la fortune j la jalousie peut le poursuivre, les degouts peuvent I'attein- dre. Hom^re mendioit, dit-on , en chan- tant ses vers immortels ; Racine vit me- priser Esther et Athalie j Moliere f ut perse- Cut^ par les mediants et les sots ; de grands peintres , de grands statuaires n'ont laisse k leurs enfans qu'un nom fameux et I'in- digence ; mais dans ces circonstances memes, les poetes et les artistes sont moins malheureux que les artisans : ils apercoi- vent du moins dans I'avenir une aureole de gloire , et I'utile ovivrier n'y voit que les sorabres nuages de I'oubli. Les poetes d'ailleurs et les artistes auront toujours le grand , I'inappreciable avantage de fixer les regards de leurs contemporains. Leurs ouvrages ne sont point des ebauches, ils touchent a la perfection ; ce ne sont pas des avis qu'ils demandent, ce sont des (8) applaudisseraens qu'ils provoquent ; ils s^ duisent par la diversite , par le brillant des objets qu'ils nous off'rent. Ce sont des lieros, des dieux , des faits brillans , la Ibndation , I'eclat , le bouleversement des empires. Les yeux et les coeurs sont seduits. L'in- dustrieux ouvrier n'est entoure d'aucun prestige , il ne montre souvent que des, ehauches grossieres , il interroge, il de- mande humblenient un avis. II veutle bien, 11 le voit , il y tend , mais il ne pent I'at- teindre qu'apres des essais multiplies. Ses esquisses portent I'empreinte du talent , rtiais elles ne sont que des esquisses ; pour les juger il f^ut les etudier , et cet effort exige arrete souvent et rebute. D'ailleurs, des inventions de cette nature n'interessent Qrdinairement qu'un petit nombre de per- s.onnes , tous ceux qui s'y trouvent etran-r gers les regarderont avec surprise peut- ^tre , mais presque tou jours avec indiffe- rence. Bien plus, corame elles ne sont point perfectionnees', elles recevront de chacun wne modification particuliere; elles se de- natureront , et cliangeant de face , dans peu de temps pourront etre attribuees a (9) taut d'liommes differens , qtie letir orlgine oubliee ne permettra plus d'en reconnoitre, d'en noramer I'inventeur j la posterite meme , si souvent imploree , ne potirra prononcer en ce proces. II est done utile que des societes s'elevent entre I'artiste et le public , qu'elles se chargent de constater leurs decouvertes , qu'elles portent meme , s'il le faut , leurs reclamations et leurs voeux jusqu'au pied du trone. L'Academie va remplir le premier de ces devoirs en vous soumettant , Messieurs , le resiiltat des travaux qu'elle a en quelque sorte diriges. Les premiers que nous rencontrons ^ selon I'ordre des dates, sont ceux de M, Joanne. lis nieritent une attention particu- liere , non-seulement parce qu'ils ont at- teint touto* perfection , mais aussi parce qu'ils tendent a un but eminemment utile. II a presents une voiture de son inven- tion , qui pent dans tin danger subit s'en- rayer instantanement de ses quatre roues, et par le meme mecanisme peut etre de- ( 10 ) barrassee du cheval qui se trouve libre et sans harnois. Ce n'est que par des essals multiplies et par des conseils suivis avec Constance , que M. Joanne est arrive a la perfection j mais il I'a atteinte. Son char est d'une invention simple , d'une execution facile , d'une so- lidite reconnue , et d'une utility suffisam- ment deraontree par les accidens frequens occasionnes par des chevaux qui ne peu- vent plus dtre diriges. Cet infatigable mecanicien n'a pas tou- jours ete aussi heureux , quoique , dans tout ce qu'il a soumis a I'Academie , on ait toujours remarque une grande adresse et une rare intelligence. Les modeles d'un pont portatlf pour traverser les rivieres profondement encaissees , et d'une ma- chine a battre monnoie , par le moyen de laquelle les deux faces de la 'piece et le cordon sont frappes d'un meme coup , inalgre leurs defauts , annoncent incon- testableraent du genie. L'Academie, satisfaite des efforts de M. Joanne, a decide que le rapport des comuiissaires charges de I'examen de son i ( »o char , seroit Imprime textuelleraent b. la suite du compte rendu j qu'une copie lui en seroit adressee avec une lettre de fe- licitation , et qu'il lui seroit publiquement donne une raedaille d'encouragement de la valeur de cent cinquante francs. M/ Ferdinand Leischsteinschneider , fa- bricant de formes k papier , a aussi merits de fixer les regards de I'Academie , non- seulement par son zele et son activite , mais encore par son adresse et sa sagacite. U a soumis a Fexamen de la Societe , et perfectionne une machine ingenieuse pro- pre a faire des feuilles de papier d'une lon- gvieur indeflnie. Ce beau procede , tres simple d'ailleurs, a plusieurs avantages ; le plus marquant peut-etre est d'alfranchir les fabricans de papier , de I'esclavage ou les tiennent les cuvriers. Ce n'est pas assez en effet de former a grands frais un etablissement , de I'alimenter par des avances considerables, d'etre exposes k toutes les chances du com- merce ; ils sont contraints de ne se servir que d'ouvriers en quelqiie sorte enregi- itientes ; ils ne peuvent en former que parmi les enf'ans de ces ouvriers. lis ne peuvent faire avec eux aucune convention , tout est prevu , tout est fixe , tovit est or- donne par un code bizarre j le salaire , I'espece de nourriture , la nature et la duree du travail , la reception , I'liospita- lite , les soins dus aux passagers. Le f'abri- cant , le niaitre enfin doit obeir ; et s'il manque en la moindre chose, tous I'aban- donnent , une amende lui est iraposee , son usine est f rappee , aucun ouvrier ne pent s'y presenter sans etre aussitot re- pousse de I'association generale. Toutes ces pretentions disparoissent par la belle invention de M/ Leisclisteinsch- neider j elles sont aneanties pour toujours. Sa machine se meut seulej qu'it y aife de la pate dans la cuve et le papier se forme j il ne faut qu'un seul homme pour surveiller une operation si simple, ot ce surveillant n'a besoin que d'attention , on ne lui demande ni usage , ni adresse. De plus , cette machine n'occupant qu'un trea petit emplacement , on pent diminuer I'e- ( i3 ) tetidue des hangars j le combustible meme est epargne : tout est done economie, VoUa sans doute de grands litres pour exciter I'envie j aussi n'a-t-on pas manque de dire , que des feuilles de grandes dimen- sions avoient deja ete f'aites dans plusieurs f'abriqiies, que des-lors cette invention n'a- voit rien de neuf. Nous savons que des feuilles de grandes dimensions ont ete presentees a I'exposition generale des pro- duits de I'industrie fran^aise j mais qu'ont de comraun ces feuilles de dimensions , grandes il est vrai , mais bornees , avec des feuilles d'une longueur indefinie ? qu'a de commun le mdcanisme connu de leur confection avec la machine simple dont nous parlons ? Toute idee d'imitation ne doit-elle pas etre eloignee par ce seul fait , que dans cette machine le papier se con- fectionne seul ; et d'ailleurs nous pourrions ajouter qu'ici la matiere uniformement repandue donne une epaisseur partout egale j ce qui pent ajouter un grand prix k ce papier. On a dit aussi que cette invention etoit connue en Angleterre. Le fait est possible. ( 14 ) mals il n*est point prouve j et quand des precedes semblables seroient connus des Anglais, pourquoine nous empresserions- nous pas de I'accueillir j n'est-ce pas une veritable conquSte ? Une objection plus forte a ^te presentee, et c'est celle-ci : A quoi peut servir cette invention ? Nous sorames obliges d'en convenir) hors un tres petit nombre de cas , ce pa- pier devient inutile j il ne peut etre em- ploye avec avantage que pour les plans , les cartes geograpliiques et les tentures des appartemens. M/ Leischsteinschneider I'a bien senti ; il a bien vu que ses travaux et ses de- penses ne tendoient qu'^ etablir un fait de simple curiosite , s'il ne donnoit a sa machine une construction nouvelle , s'il n'en dirigeoit pas Feffet vers un but d'u- tilite generale. Ce n'est pas du papier de plan ou de tenture qui fait la base de cette espece de commerce , c'est le papier coup^ dans des dimensions petites et determi- nees. C'est ici que M/ Leischsteinschneider (15) devient r^ellement etonnant. II invente line machine nouvelle qui, aiix avantages de la premiere, ajoute encore cette particular rite , que sans autres ouvriers qu'un gar- dien , ces i'euilles se coupent selon toutes les dimensions desirees , et qu'k mesure qu'elles se forment et se coupent , elles s'accumulent seules jusqu'a I'epaisseur d'une demi-rame. II ne nous est pas accorde d'en dire davantage sur cette singulidre et etonnante machine qui dej^ est en activite , mais qui a encore besoin de quelque perfectionne- ment. D'ailleurs si nous devons preconiser les decouvertes , nous devons etre attentifs k ne blesser aucun interet. Nous devons falre connoitre I'ouvrier , mais lui conser-^ ver son secret. Nous devons fixer sur lui les regards de ses concitoyens , et si nous le pouvons , raeme ceux du Gouvernement | mais nous devons eviter de devoiler ce qu'il s'est reserve. On sera surpris peut-etre , qu'apr^s tant de soins et une rdussite aussi bien recon- nue , I'Academie ne decerne pas dans cette stance meme , k M. Leischsteinschneide^, ( lO tin temoignage plus eclatant de sa satis- faction ; mais c'est une jotiissance dont 11 nous a prive lui-meme , il ne vent aucune recompense qu'il n'ait atteiiit le derniei* terme de perfection. Ne croyez pas , Messieurs , que ces sue- ces inattendus dans un pays depuis long- temps etranger a toute Industrie , soient les seuls dont nous ayons k vous entre- tenir. D'autres mecaniciens ont etabli , et pres- que dans le secret , d'lieureux procedes. lis ont essaye des melanges inusitds , et ils ont reussi. lis ont presente des Ills produits par I'union du chanvre et du coton , d'au- tres avec le coton et la laine , d'autres aved des debris de chiffons ordinaires , et le coton ou la laine , et ont fabrique des has tres bons avec ces differentes substances. Leurs idees et leurs travaux ne se sont point bornes k ce qui regarde leur inter^t personnel j ils les ont aussi rattaches aux vues bienfaisantes du Gouverneraent. Leur activite cependant est encore renfermee dans I'enceinte de leur atelier; leur secretest encore entre eux et nous ; nous devons le ( '7 ) conserver soigneusement j nous sommes cependant aiitorises a declarer qu'ils s'oc- cupent serieusement du prix d'un million promis a ceux qui auront atteint le plus liaut degre de tenuite dans la filature des lins , et tout annonce que s'ils ne peuvent atteindre le but , au moins ils en auront singulierement approclie. D'autres essais ont ete pi'esentos, les uns appartenoient aux travaux publics , les autres n'avoient de rapport qu'aux clioses particulieres ; luais nous ne pouvons nous en occuper , soit parce que , premier jet de I'imagination, ils n'ont pas cette precision matliematique qui seule pent les rendre re- commandables ; soit parce que , simples ebauches , ils ont besoin d'etre muris par la reflexion , diriges par les conseils , polls en quelque sorte par le temps. Nous devons cependant ayouer que sou- vent nous avons du paroitre d'une extreme severite dans nos jugeraens j mais cette se- verite meme fait ressortir davantaije le merite de ceux que nous avons distingues. Les recompenses dil'ficiles a obtenir ne peu- vent decourager j elles sont d'un plus 2, ( i8 ) Iiaut prix, elies excitent de plus grands •efforts. En les obtenant on cesse d'etre con- f ondu dans la foule j on n'est plus regarde corame tin mecanlcien vulgaire. De sem- blables couronnes ne sont plus de simples encouragemens , mais des distinctions ho- norables. Leur valeur intrinseque n'est pas grande sans doute, mais elles nous placent en evidence. Les vainqueurs des jeux olympiques re- cevoient moins , et ils etoient transportes ; le laurier dont ils se couronnoient leur devenoit plus clier par les applaudissemens flatteurs de la multitude. Ici nous n'avons pas ces acclamations puissantes , mais nous avons quelque chose de plus j la douce sa- tisfaction qiii regne dans une reunion d'hommes eclaires et passionnement epris de tout ce qui interesse le bien general. Non-seuleiiient I'Academie aidoit et di- rlgeoit I'industrie, mais elle secondoit aussi de tous ses efforts les vues du Gouverne- ment j elle encourageolt les plantations de pastel et de bettes. Ses raembres repe- toient les experiences des savans et les va- vioient. Elle excitoit le zdle des entrepre- ( ^9) neiirs J et dans cette suite de travaux iin»- portans, elle a obtenu quelques resultats qu'elle vous presente. Mais il faut le dire , son but special , celui qui lui a paru d'une plus haute im- portance , le seul qui I'ait specialement occupee pendant le long espace de temps qui s'est ^coule depuis la derniere seance, est la naturalisation ou le reniplacement de ces vegetaux exotiques qui semblent actuellement fixer toutes les attentions , toutes les esperances. Cette revolution d'un interet si grand , et qui doit occuper une place distinguee dansl'liistolre de la science et des peuples , mexitoit sans doute son attention. Fruit d'une grande conception et d'une meditation profonde , cette idee ne pouvoit ^tre abandonnee aux chances de I'incerti- tude. Trouver dans le sol de la France tout ce qui peut satislaire les besoins , les gouts et le luxe d'une grande nation $ trouver dans sa fertilite et la nature de ses productions , tout ce qui peut la soustraire aux calculs mercantiles de ses voisins , et I'aflranchir des tributs qu'elle payoit aux ( 20 ) contrees lointaines j tel a ete le desir de celui qui la gouverne j tel a ete le Yoeu de la population entiere. Mais au milieu de cat elan general, 11 evLt ete imprudent de laisser tant d'eftorts sans les diriger. C'etoit compromettre a la fois et I'interet des citoyens et celui dvi, Gouvernement. II falloit apprendre a ceux qui vouloient tenter desessais, ce qu'ils avoient a esperer, ce qu'ils avoient a redouter ; il falloit les premunir contre les premiers mouvemens de I'entliousiasme , garantir meme quel- ques-uns de leur ruine infailliblement ame- nde par des calculs seduisans mais errones ; il falloit avoir le courage d'arreter ceux qui vouloient le bien d'une maniere incon- sideree; il falloit s'exposer en quelque sorte au blame public j mais c'etoit servir son pays et I'Academie I'a fait. Elle a dit que les sirops de raisins ne pouvoient pas etre fabriques dans notre departement ou les vins ne sont que de deux especes. Ceux de premiere qualite ne peuvent etre convertis en sirop , la perte seroit enorme et le produit de ceux d'une i (at ) quallte iiiferieure serolt presque nul. Elle a dit et elle le repete : cette branclie d'in- dustrie ne peut avoir de succes qtxe dans les departemens meridionaux, oil la vege- tation sous I'influence d'un soleil plus ar- dent , a plus de richesse et de fecondite , ou la vigne autrement elaboree peut don- ner la matiere sucree en plus grande abon- dance , et ou d'ailleurs une grande masse de vins est annuellement convertie en al- cohol. C'est h. ces contrees qu'appartient encore la culture du pastel , nos etes ne lui sontpas assez favorables, et meme dans les annees les plus constamment cliaudes , on ne voit pas qu'il soit d'une qualite a* soutenir la concurrence de celui du midi. Laissons done aux plaines de la Provence et du Languedoc h. nous fournir le sirop de raisin et 1' indigo ; nous leur donnerons en ecliange et nos vins et nos bles. Cependant noiis ne sommes point etran- gers a cette noble impulsion , a ces efforts patriotiques ; nos campagnes sont couver- tes de bettes , des etablissemens se sont eleves, ils ont le Gouvernement pour appui, les chances sont prevues , les resultats sont (22) proiives, tout marche, et clans peu toiit sera deraontre. Dans de telles circonstances , il sierolt mal a une societe de prendre I'initiative : elle doit laisser toute la gloire au Gouver- nement qui protege , aux citoyens intelli- gens qui executent. Mais rAcadsmie peut encore elever la voix pour attirer I'attention publique sur un genre de cultvire qui nous appartient ; elle peut encore dire : vous avez le mais avec ses tiges sucrees. II est generalement cultive dans toutes les plaines de la Cote- d'Or. Lisez I'interessante notice de Pictet sur cette plante , cet ecrit , si simple et si lumineux , et vous verrez que sans nuire a la recolte ordinaire, vous pouvez en aug- menter le produit d'un dixieme. Fixez aussi votre attention sur les singu- liers procedes de Kirchof , qui est parvenu, non pas a extraire le sucre contenu dans | divers vegetaux , mais a le composer de I differens elemens. Ce procede etonnant merite bien que nous nous y arretions un instant. Le Sucre, on le sait, se rencontre dans un. ( 23 ) grand nombre de plantes, et partlculiere- ment a une certaine epoque de leur vege- tation. La nature le forme a chaque ins- tant. L'art peutTimiter. Cette substance est devenue pour nous un besoin , pour TEtat une branche commerciale du plus haut in- ter^t; on doit done accueillir tout ce qui pent contribuer a nous le procurer, soit en plus grande quantite , soit avec plus d'economie. C'est de ce principe qu'est parti Kircliof, et apres lui Lainpadius. Sans s'arreter aux vegetaux qui jusqu'a present nous Font fourni exclusivement , ils en ont recherche la nature , separe les principes , etudie les affinites , et il leur a paru demontre que le sucre n'est autre chose qu'un oxide de carbone et d'hydro- gcne , et qu'il ne differc de la goninie et du Sucre de lait , qu'en ce que ces derniers contiennent de I'azote et dcs proportions differentes des autres principes. II se rap- proche , et ceci est veritablement tres sin- gulier , et merite une attention toute par- ticuliere ; il se rapproche de la fecule ou amidon par sa nature etpar sa composition (H ) cliimique. MM. Tlienard et Gai-Lussac ont trouve que le sucre etoit compose de Carbone , 4^ 27 t Hydi ogene , 6 90 Oxigene , 5o 63 En tout 100 et Us ont demontre que I'amidon conte- noit : Carbone , 43 55 Hydrogene , 6 rjj Oxigene , 49 68 en tout , cent parties. La difference , on le voit, n'est done que de quelques centiemes en plus ou en moins. Mais ce qui doit attirer notre attention, est un phenomene dont nous sorames te- moins tous les ans , sans y faire cependant une grande attention , le changement du Sucre en fecule dans les cereales. Les bles avant leur maturite sont mou^ et sucres, mais a mesure qu'ils miirissent, ils perdent leur saveur sucree , et prennent de la consistance. Le sucre s'est done transforme en amidon. L'operation con- traire a lieu dans la fabrication de la biere^ ( 25 ) car dans la germination de I'orge , la fe- cule se convertit en sucre ou matiere mu- coso-sucree , qui seule peut fournir de ralcoliol. II se prescnte ici une question bien na- turelle et vraiment curieuse : n'existe-t-il qu'une seule espece de sucre que Ton ren- contre dans tous les vegetaux ou il decele sa presence par quelques-unes de ses pro- prietes , et qiii dans son etat de non com- binaison se presente toujours le merae; ou bien existeroit-il plusieurs varietes de cette substance qui s'eloigneroient ou se rappro- clieroient , suivant quelques circonstances donnees , de I'etat de perfection que nous desirous ? Proust et Deyeux nous ont deja appris que Ton peut admettre deux sortes de Su- cre , I'un solide et cristalUsable , I'autre muqueux attirant I'liuraidite de Fair ; et ce qui maintenant se presente a nous sous un aspect assez bizarre , c'est que si nous considerons les differences notables entre les gommes et les resines , et si nous com- parons entr'eux les sucres qui ont ete ex- traits de plusieurs vegetaux , nous arrive- ( 26 ) rons facllement a cette conclusion j qu'ii existe plusieurs esp^ces de sucre. Le Sucre de canne formeroit alors un genre , tous les autres constitueroient des especes. Jusqu'a present , et il etolt difficile de suivre une autre naarche , on n'avoit cher- clie qu'a separer le sucre des divers prin- cipes avec lesquels il se trouvolt melange dans I'interieur des vegetaux. Quelques cliimistes tels que Lavoisier et Fourcroy , avoient cependant annonce qu'il etoit pos- sible de former le sucre de toute piece , en. un mot de le creer ; mais il etoit reserve a Kirchof de donner quelque consistance a cette idee. Que son invention soit due on non aulia- sardcomme tant d'autres, ellemeritoitnon- seulement d'etre constatee, mais d'etre repe- teeet etudiee ; aussiLampadius deFreylierg s'en est-il empare , et des que M. Masson , membre de cette compagnie a eu connois- sance des precedes employes par Lampa- dius , il s'est empresse de faire du sucre avec la fecule de pommes de terre. II a voulu constater les avantages que Ton de- Yoit en attendre. ( 27 ) L'apparell qu'il a employe est tres simple et a la portee de tout le monde. II s'est servi d'un alambic ordinaire. Apres avoir lute le chapiteau a la cucurbite , il a adapte a la base du tube lateral , un au- tre tube en plomb termine par une pomrae d'arrosoir percee de tres petits trous. Ce tube plonge dans un tonneau destine a re- cevoir le melange de lecule et d'acide sul- furique dilue que Ton ecliauffe par le moyen de I'eau contenue dans I'alambic. U a d'abord oper^ sur deux kilogrammes de fecule et ^ differentes fois. Le resultata tou- jours ete tres rapproclie de celui obtenu par Lampadius ; mais pour etre plus k meme de prononcer dans une experience aussi deli- cate , il a voulu operer plus en grand , et il a employe quatorze kilogrammes de fe- cule. Elles lui ont rendu h. peu prds la meme quantite de sirop. Ce slrop s'est epaissi en une masse grenue au bout de quelques jours. II a depose cette masse dans des cones en terre et les a exposes h. une douce chaleur. Cette matiere y aegout- te tres lentement. II espere par le terrage et une clarification ulterieure obtenir un ( 28 ) Sucre blanc et cristallise; mais ses occupa- tions et la rigueur de la saison I'oiit eni- peche de coiitinuer un travail avance qu'il compte reprendreau plus tot, et dont nous ferons connoitre le re§ultat a la seance de cloture. II faut avouer que dans I'etat actuel de nos connoissances , 11 est assez difficile de rendre raison de ce qui se passe dans cette operation. Vogel a fait un assez grand nombre d'experiences , d'apres lesquelles on pent penser que I'acide sulfurique n'est pas ici decompose , et qu'il ne sert que d'in- terinede ; mais 11 est le seul qui s'en soit explique. Au surplus , 11 ne s'agit point ici de demontrer, mais bien de constater un fait, peut-etre meme par ces donnees incompletes de conduire a des connoissan- ces nouvellessur la formation du Sucre par la vegetation , et par suite sur la culture des plantes dont on pent le retirer. Lampadius assure que la fabrication en grand pourroit devenir tres utile et sur tout exiger peu de depenses. Les essais qu'a faits M. Masson sont encore en trop petit nombre pour lui permettre de rien affir- (^9) mer. Ce qu'll peut cependant assurer , c'est qii'une liyre de fecule rend le m^me poids de sirop , tres sucre etsucrantmeme davantage que le sirop de miel. Plusieurs personnes en ont essaye et ont ete aussi satisfaites qu'etonnees de la saveur de ce produit , et de la singularite du. precede qui nous le fait obtenir. En supposant a soixante centimes le kilogramme de la I'ecule , le sirop lui est revenu dans sa derniere operation a deux francs , mais il y a tout lieu de croire que dans une fabrique en grand , avec des ap- pareils plus commodes et plus convenables, on auroit du sirop k un franc vingt ou un franc cinquante centimes au plus le kilo- gramme. II paroit que le sucre couteroit ji pen pres le double. C'est ce qu'il etablira d'une maniere certaine par la serie d' ex- periences qu'il se propose de continuer , afin qu'^ la recolte procliaine on puisse faire connoitre toute I'vitilite de cette fa- brication, qui peut surtout rendre de tr^s grands services dans les liopitaux ambu- lans J car on trouve partout des pomraes de terre et de I'acide suifurique 5 les pliar- (3o) maciens pourroient done se procurer par- tout , en tout temps et k peu de frais , du sirop pour leur consommation. On a dejaessaye de f'aire le sucre direc- tement avec la pomrae de terre rapee , ce qui abregeroit beaucoup I'operation, Vn etablissement de ce genre , s'il pouvoit reussir , auroit I'avantage d'etre mis en activite dans toutes les saisons , et auroit des-lors une superiorite marquee sur les fabriques de sucre de bettes, surtout si les produits sont les rtiemes en qualite. Mais si I'Academie employoit un longtemps a ces encouragemens , a ces examens , a ces nombreuses experiences j elle n'en suivoit pas avec moins d'ardeur le cours de ses travaux ordinaires , elle ne negligeoit pas pour cela des sciences d'un autre ordre. M. Fremiet decrivoit et dessinoit les monumens trouves dans les demolitions de la tour dite du petit St.-Benigne ; 11 rectilioit quelques erreurs ecliappees a ceux qui ne les avoient envisages que su- perficiellement J il completoit en quelque sorte son premier ouvrage sur les antiqui- (3i) tes de notre ville , et preparoit par lb. un travail plus facile a ceux qui voudroient s'occuper un jour de cet inconcevable amas de pierres sculptees qui composent la pres- que totalite des murs de Tenceinte du castrum. Divionense. Ce memoire simple , ne consiste qu'en faits , il ne peut etre analyse , il sera im- prime a la suite du compte rendu. M. Guicliard analysoit et comparoit le jalap et le mirabiUs dichotoma de Linne; il prouvoit par une serie d'expe- riences qiie cette derni^re plante pouvant dans quelques cas remplacer le jalap , de-, viendroit d'autantplus utile que quoiqu'e- trangere, elle est depuis longtemps natu- ralisee dans nos climats, que sa culture est facile, qu'elle resiste a toutes les intempe- ries, et que dans son emploi il ne faut qu'augmenter un peu les doses. Messieurs Antoine, Calignon et Protat, examinoient Tanalyse des eaux tliennales de Borcette , par M. Monheiin, qui clier- choit c\ prouver que le gaz sulfure qu'elles contiennent est du gaz; azote 5 inais en ( 32 ) rendaiit justice an zele et au travail de M. Monlieim , en applaudissant meme au resultat de ses experiences , ils n'ont pas craint de lui representer qu'il est constant que les combinaisons de I'azote avec les substances niinerales sont rares et difHci- les , qu'elles sont meme souvent impossi- bles aoperer, et que ses essais ont des-lors besoin d'etre repetes avant que Ton puisse admettre les conclusions qu'il en a tirees. Ils faisoient connoitre I'introduction a riiistoire de la raedecine ancienne et mo- derne , par Rosarlo Scuderi , et la traduc- tion qu'en a faite M. Billardet, docteur en medecine. M. Masson-Four donnoit une disserta- tion sur la culture du pastel, et I'extrac- tion de la fecule bleue on indigo ; il repe- toit , mriltiplioit et varioit les essais , il en fabriquoit des masses et cliorclioit des procedesplus economiques, plus prompts, nioins fatigans et plus satisfaisans : il s'oc- cupoit de la culture des pommes de terre et de leur produit. .MM. Tartelin et Guicliard repetoient (33) et varioient les essais de telnture avec I'lii' digo pastel j ils en. faisoient rapplication k plusieurs substances , telles que la sole, le coton , la laine et le chanvre. M. Girault donnolt ses reclierches bio- graphiquessur M.™^ de Sevigne j son voya- ge du roi Dagobert en Bourgogne ; sa no- tice sur Eura^ne et les ecoles moeiiiennes ; ses refutations sur le pretendu siege sou- tenu par la vllle d'Auxonne en i586 ; ses eclaircissemens geographiques et critiques sur la voie romaine de Chalon-sur-SaOne a Besancon , et sur la position de Ponte dubis et Crusinie ; son memoire intitule les mains , contenant tin grand nombre de rapprocliemens ingenieux sur les usa- ges antiques de donner , d'offrir , de re- cevoir , de presser , de baiser les mains ; sa bibliographie imperiale et royale 5 ses conferences de Lone entre I'enipereur Frederic barbe rousse et Louis le jeune; sa seconde dissertation sur la position d'A- magetobria ; ses recherches liistoriques et geographiques sur I'ancienne ville de Dit- 3 ( 34 ) tation 5 sa dissertation historique sur le lieu du supplice de la reine Brunehaut. M. Baudot aine decrivoit les monu- mens trouves a Alise par les soins de M. Lecouteulx , prefet de la Cote-d'Or ; les medailles trouvees dans les fouilles du nouveau theatre de Dijon , et donnees k I'Academie par M. Durande , maire de cette ville ; les monnoies trouvees pres de Larrey au mois de mars 1811 j les raonu- mens trouves a Billy pres Clianceau , et communiques a I'Academie en sa seance particuliere du 3 avril 1812 , et donnoit des notes interessantes sur les Laverne, anciens maires de Dijon. M. Amanton offroits6s reclierches bio- graphiques sur le professeur d'artillerie Lombard ; ses reclierches biographiques sur Denis Marin de la Chataigneraie ; sa notice sur M. Leonard Racle , de Dijon j une dissertation de Jean Bullet, sur le ^estin du roi-boit ^ avec des notes ; une note contenant des eclaircissemens sur le veritable lieu de la naissance de Louis Marchand , organiste , et sur I'age auquel il est mort. (35) M. Mathieu presentolt son memoire in- titule : Vues sur la peinture , la sculpture, le dessin et la gravure. M. Mermet, son eloge historlque de M. Varennes de Fenille , ainsi qu'un es- sal sur les moyens de stimuler et diriger le sentiment qui peut porter riiomme riclie a faire le sacrifice d'une partie de ses jouis- sances pour encourager des taleiis ou des etablissemens utiles. M. Saissy , docteur en medeclne , en- voyolt son beau memoire sur la nature des animaux hybernans , et sur les phenome- nes qii'ils nous presentent. Ces considerations font suite a son pre- mier memoire couronne par I'lnstitut, et en sont le complement. Les ingenieuses epreuves de I'auteur I'ont amene k ces conclusions : 1°. Que les animaux dont ils'est specia- lement occupe , tels que les loirs, les lerots, les marmottes , les herissons et les chauve- souris , sont omnivores et boivent peu. 2,.** Que leur engourdissement , dont il avoit prec^demment trac^ les lois , les (3^) causes etles clrconstances , alnsl que leur reveil , dependent imperieuseraent de I'a- baissement ou de I'elevation de la tempe- rature atraospherique , et qu'il n'y a pour ce plienomene aucune epoque fixe et de- terminee. 3.° Qu'on pent, lorsqu'ils sont profon- d^ment endormis , les reveiller sans crain- dre pour leur vie , en prenant cependant ia precaution de ne pas les faire passer trop precipitamnient d'une temperature basse a une temperature fort elevee. 4." Que ces animaux , si on en juge par le lierisson , ont la faculte d'absorber tout le gaz oxigene de fair atmospherique , et qu'ils peuvent respirer pendant un temps assez considerable xin air qui n'est plus propre h la combustion ni a la respiration des autres animaux k sang cliaud. 5.° Enfin, qae les mammiferes liyber- nans sont, de tons les animaux a sang chaud , ceux qui plonges dans un gaz eminemment mephitique , resistent le plus longtemps a son action deletere. M. Martin aine presentoit quelques es» ( 3/ ) sais sur les coiirbures vicieuses de la co- lonne vertebrale j il cherchoit a. en clon- ner la veritable ethiologie , et a en fixer les differences d'apres les causes qui les prodtiisent. II reconnoit qu'il en existe de deux es- peces genera] es : les unes dependantes de I'alteration de la substance des pieces os- seuses de la colonne vertebrale ; les autres occasionnees par la perversion des forces motrices dans les puissances musculaires qui y sont attacliees. II a cherche a developper le mccanisme de la formation de ces dernieres , en leur appliquant les lois du mouvement , et en soumettant k un calcul approximatif les differentes forces qui agissent pour pro- duire cet effet. La plupart des demonstra- tions qu'il a employees ont ete appuyees par des exemples qu'il a eus sous les yeux, et qui ont dirige ses meditations. Les gibbosites de la seconde classe , et qui sont produites par Faction des mus- cles sur la colonne vertebrale , forment rimraense majorite de celles qui survien- nent aux jeunes personnes du sexe femi- ( 38 ) nin k Tapproclie de la puberte , et que I'on designe sous le nom de tallies gatees ou voilees 5 elles sont susceptibles de guerison. h I'aide d'un corset mecanique qui retablit I'equilibre des f'onctions musculaires. La decouverte de cet ingenieux meca- nisme tenoit a la solution de ce probleme ; trouver un levier qui maintienne I'axe du corps dans sa perpendiculaire naturelle , sans prendre son point d'appui sur la cir- conference du tronc. Un grand nombre d'epreuves et de suc- ces autorisent a croire que M. Martin a atteint le but qu'il s'etoit propose. M. Leschevin deposoit au cabinet d'liis-> toire naturelle sa belle suite de raorceaux de chrome occide , recueillis par lui- meme dans le departeraent de Saone et Loire . M. Couturier lisoit son epitre en vers k M. Daru , et son discours sur les avanta- ges que les orateurs et les poetes peuvent tirer de la lecture et de I'etude de la Ut- terature ancienne des Hebreux. , (39) M. Poncet presentolt ses essais de plil- losopliie pratique. M. Antolne, ingenieur , etndloitle mas- tic mineral d'asplialte des mines du Pare, departement de I'Ain , et le nouveau sys- teme de toiture aiiquel on voudroit I'em- ployer , et donnoit son interessant memoi- re sur I'eglise Notre-Dame de Dijon. M. Suremain de Missery , offroit la re- solution mathematique et mecanique de ce joli probleme — former tin carre parfait avec trois carres exactement semblables. Les pieces servant a la demonstration ont ete deposees aux archives. Tel est , messieurs , I'abrege des travaux de r Academic de Dijon , depuis sa der^ niere seance publique. II faut cependant y aj outer les rapports de ses membres sur une tres grande quan- tite de memoires imprimes ou manuscrits qui lui ont ete envoyes ; il faut y com- prendre aussi sa correspondance avec tou- tes les societes savantes de France et plu- sieurs societes etrangeres j ainsi que I'etude (4o) et les Jugemeiis qu'elle porte des nom- breux et volumineux memoires presentes a ses concours j et ces travaux moins glo- rieux, il est vrai , a des yeux vulgaires , mals precieux pour riiomme ami de ses seinblables ; efforts patriotiques par les- quels elle excite , soutient , encourage , cherclie meme a recompenser I'agriculteur qui se distingue par son intelligence. L'Academie ne doit pas se borner a vous entretenir de ses travaux , elle doit aussi vous annoncer les acquisitions qu'elle a faites ', elle a place sur le tableau de ses associes non residans : M. le chevalier Cauchy, bibliothecaire du Senat j M. Saissy , docteur en medecine a Lyon , auteur du memoire couronne par I'lnsti- tut , sur la nature et les phenomenes que presentent les animaux hybernansj M. Martin aine , docteur en medecine a Lyon , ancien cliirurgien-major de I'ho- tel-Dieu , et I'un des presidens de I' Aca- demic des sciences de la meme ville ; M. Roquefort, membre de plusieurs academies, et auteur d'un memoire sur la ( 4i ) n^cesslte d'un glossaire general de la Ian- gue francaise j M. Matliieu , ingenleur et membra de la societe litteraire de Macon ; M. Mermet , ancien professeur de bel- les-lettres , censeur des etudes, emerite et officier de I'universitej M. le corate deCosse, prefet du depar- tement de la Cote-d'Or j Et M. Masson-Four, pharmaclen. EUe a inscrit sur le tableau de ses corres- pondans : M. Billardet , medecln en clief de I'hos- pice civil et militaire de Beaune , corres- pondant de la societe de medecine pratique de Paris, et tradiicteur de I'introduction h. I'histoire de la medecine ancienne et moderne par Rosario Scuderi. En vous parlant de ses acquisitions , I'Academie eprouveroit un plaisirbien vif, si elle ne devoit aussi vous entretenir de chagrins qu'elle a essuyes : elle a perdu deux de ses membres. Le premier , M. Devosges , fondateur de I'ecole de peinture et sculpture dans ( 42 ) cette ville , homme recoramandable par ses talens , son zele et ses vertus. L'Academie reconnolssante , etvoulant honorer tin artiste qui a sacrifie pour son pays , ce que la fortune et I'amour des distinctions lui offroient ailleurs , a de- cide unanimement que son eloge seroit fait par un membre de la compagnie , qu'il seroit lu en seance publique , qu'il seroit imprime a la suite du corapte ren- du 5 elle a voulu de plus que son por- trait fut grave aux frais de la societe , et place a la tete de cliaque exemplaire de I'eloge. Le second , M. Simon Morelot , ancien professeur d'histoire naturelle et de cbiraie pliarmaceutique au college des pliarma- ciens de Paris, docteur en medecine de I'universlte de Leipsik. , et membre de plu- sieurs societes savantes nationales et etran- geres ; il est mot pharmacien en chef du septieme corps d'arraee de I'Espagne, le 18 novembre 1809. Ces deux hommes ont joui de I'estime, de la consideration publique, et cependant ils n'ont pas ete parfaitem.ent lieureux j (43) i'envie s'est attachee a eux, le malheur les a atteintsj mais ils ontbieji eprouve que dans cette vie mdlee de tant d'orages , on est assure de trouver un asile dans I'etude, des amis dans les lettres et les arts , une conso- lation douce qui tient lieu de bonheur dans I'estime et I'amitie de ses concitoyens. M. leCorate de Cosse-Brissac , Prefet , ayant pris la parole , a dit : cc Messieurs, II m'est penible , la premiere f'ois que je parois dans cette enceinte , de ne pou- voir exprimer a I'Academie d'une maniere plus digne d'elle , la satisfaction que j'e- prouve de me voir appele a partager ses travaux, et I'eclat qtxi rejaillit sur chacun. de ses membres , de I'illustration qu'elle s'est acquise. Mais les devoirs de ma place m'ont a peine laisse le loislr de tracer k la hate quelques lignes pour vous temoigner, messieurs , le prix que j 'attache a votre choix, et vous assurer de mon empresse- ment a meriter votre estime et votre bien- veillance. Membre deja de plusieurs societes sa- (U) Vaiites , le titre d'associe residant de l'A(k- demie des sciences , arts at belles-lettres de Dijon , est devenvi pour moi le plus precieux de tous. L'Academie, en arrivant dans le departement , fut una de mes pre- mieres pensees. Je m'infonnai, avec un vif interet, de son etat actuel. Plusieiirs de ceux qui la composent m'etoient con- nus des longtemps, at le succes avec le- quel les sciences et les lettres ont toujours ete cultivees dans cette ville , ne fut pas une desmoindres jouissancesque j'entrevls parmi celles qui m'attendoient ici. Je n'ou- blierai pas le compliment flatteur que I'Academie voulut bien m'adresser par I'organe de son president. Tout mon desir eut ete de lui temoigner ma gratitude par mon assiduite a ses seances ; mais il est des privations pour I'homme public , et celle que je sens le plus vivement, est de ne pouvoir , au milieu de mes nombreuses occupations , satisfaire mon gout pour les lettres et les arts. Cette contrariete , il est vrai, se trouve adoucie par le cliarme attache a I'accom- plissement des devoirs. Je sais, messieurs. (45) que le meilleur moyen d'obtenir vos suf- frages , est de se sacrilier tout entier k sa place. Et comment aurois-je pu detourner un seul instant ma pensee des grands in- terets qui m'ont constamment occupe de- puis six mois ? C'est alors que les lettres , qui s'accordent si bien avec les sentiraens nobles et genereux , dont la culture est le delassement le plus doux du guerrier , du magistrat , comme elles sent un de ses plus beaux ornemens , perdent, sinon de leurs charmes , du moins de leurs droits. Celui qui , en d'autres temps , s'y fut livr^ avec le plus d'ardeur , doit attendre que les vives emotions de son ame lui permet- tent de plus palsibles jouissances. Au reste , et je le dis pour ces etres plus heu- reux que moi , pour ces f avoris des neuf soeurs, qui, se trouvant dans tine position semblable , ^prouvent des privations plus sensibles , ces mouvemens genereux , ces pensees fortes et profondes que fait naxtre le magnifique spectacle d'un empire pre- parant avec tant d'union , sous les auspices d'un heros, les moyens de consolider son bonhexu- et sa gloire , sent peut-6tre le (46) plus bel aliment du talent. L'ame est le foyer de tout ce qu'il y a de vraiment grand , de vraiment utile, et c'est apres avoir longtemps couv^ au-dedans de nous, que perce au-dehors cette vive chaleur, ce noble entliousiasme , caractere le plus certain du veritable talent , et le seul qui assure aux productions de I'esprit un succes digne d'envie et une longue dureew II m'est doux , messieurs , d'exprimer ces sentimens devant des jnges si blen faits pour les apprecier , et qui , par la maniere dont chacun d'eux remplit les devoirs de son etat, prouvent assez que les qualites du coeur ne sont pas un moindre titre k leur approbation que celles de I'esprit. jj Heponse de M. Amanton , President. cc Monsieur le Comte, Tout en regrettant de ne vous pas voir venir prendre votre place dans ses seances particull^res , I'Academie etoit trop juste pour s'en plaindre ; elle savoit bien que votre absence etoit motivee par un sacri- fice de vos gouts , qu'exigeoient des de- voirs imperieux j et si quelque chose pou- i47) volt compenser les pertes que I'Academie y a faites , elle seroit cledommagee par les sentimens que vous lui manifestez dans une circonstance qui en lehausse le prlx. Si vous tenez k honneur, monsieur le Comte, I'inscription de votre nom dans les fastes de TAcademie de Dijon, il s'est operd , par le fait , entre elle et vous , un noble echange dans lequel elle a bien veille k ses interets. D'ailleurs , la renommee avolt assez an- nonce vos connoissances en litterature et dans les arts , et I'heureuse application que vous saviez en faire dans les hautes fonctions auxquelles vous a appele la Juste confiance de Sa Majeste I'Empereur j la re- nommee avoit assez proclam^ ces graces de I'esprit , cettc ^l^gante facilite d'elocu- tion et de style qtii vous distinguent, pour que I'Academie saisit I'occasion que lui offroit votre arrivee k Dijon , quand m^me vous n'y eussiez pas et^ precede par les souvenirs attaches au nom que vous portez, de s'enrichir de vos lumi^res , en vous as- sociant k ses meditations et k ses travaux. (48) Les societes savantes auxquelles vous ap- parteniez deja, avoient montre a 1' Acade- mic de Dijon un exemple qui eut excit^ sa jalousie , s'il ne lui eut pas ete donne de pouvoir le suivre. Puisse , monsieur le Comte , puisse un avenir prochain, auquel vous aspirez vous- nieme par la part active que vous prenez al'executiondesmoyens qui consolideront, on n'en sauroit douter , le bonheur et la gloire de I'Empire , vous permettre de ve- nir vous delasser dans nos assemblees , au sain de la paix, des travaux del'adminis- tration ! 3> M. Baudot ay ant pris la parole , a fait lecture d'une anecdote peu connue, dont voici le sujet. II y a peu de parties de la France ou la grande tragedie politique qu'on a appelee la L'lgue , n'ait occasionne quelque catas- trophe sanglante dont I'liistoire a fait son. profit , quelques-unes de ces scenes ex- traordinaires qui fixent toujours plus ou moins I'attention publique , suivant I'im- portance des personnes qui en ont fourni ( 49 ) le sujet. La ville de Dijon devoit ^tre plus exposee qu'aucune autre a ressentir les effets des agitations qui result^rent des troubles auxquels le royaume fut en proie pendant cette desastreuse epoque- Le due de Mayenne , chef de la ligue , etoit gou- verneur de Bourgogne j il residoit souvenC a Dijon, et devoit avoir beaucoup d'in- fluence sur les fonctionnaires qui depen- doient du gouvernement , et par conse- quent sur I'opinion publique ; pendant que , d'un autre cote , la plupart des ma- gistrats , secretement attaches a la cause du veritable heritier du Roi Henri III, prevoyant d'ailleurs I'inutilite des moyens mis en oeuvre par les ennemis de la France, dont I'ambition des Guise n'etoit que I'inS" trument , contrebalangoient cette opinion fondee sur la crainte , et conservoient les principes que les armes de Henri IV firent enfin prevaloir. Le Maire de Dijon nomme Jacques Laverne , etoit Tun des plus zeles del'enseurs du parti de la ligue j et cepen- dant il en fut la victime dans un moment ou ce parti sembloit n'avoir plus qu'une ombre d'existence. C'est cette dernidre 4 ( 5o ) partlcularite que notre confrere M. Baudot aine a retracee dans la seance publique du 8 avril , en expliquant les causes generales qui amen^rent cat evenement , ainsi que les circonstances interieures qui en ont fait I'line des anecdotes les plus singulieres du temps deplorable dont il est question. Ces circonstances peu connues , n'etoient mentionnees que dans certains memoires manuscrits, dont quelques-uns sont le fruit de I'esprit de parti , et de la haine qui se manlfeste d'ordinaire dans les productions qu'il a enfant^es. II a done fallu choisir dans une multitude de details exageres ou inutiles , pour n'en extraire que la verite int^ressante : tel a ete le but de M. Baudot dans son recit de la mort de Jacques La- 'V erne J ancien maire de Dijon. Ce maire qui jouissoit d'une fortune considerable , ay ant obtenu du due de Mayenne des let- tres de provision d'une charge de conseil- ler au parlement de Bourgogne , et s'etant presente pour etre regu dans cette charge, eut la mortification d'essuyer de la part de la compagnie dans laquelle il vouloit en- trer , un refus fonde sur Facte de barbaric qu'il avolt exerce, trois annees auparavaiit, k I'egard d'un avocat du Roi au bailliage. En effet, on se souvenoit qu'il avoit eu I'inhumanite de falre perir ce jevme avocat sans forme de proces , a la suite d'une rixe particuli^re. Laverne, qui s'etoit bienaper- ^u que le parti auquel il avoit toujours ete attache , cominen^oit a s'afibiblir , crut que le raoyen de rentrer avec avantage dans celui des royalistes , etoit d'eraployer son autorite pour contribuer a rendre la ville au Roi Henri IV , qui commengoit a etre presque generalement reconnu. Mais le succes , en ce qui le concernoit personnel- lement , ne repondit pas a son attente j il fut arrete par ordre du gouverneur , puis condamn(^ , coinine traitre , a avoir la tete trancliee 5 ce qui fut execute sur la place dite du Morimont , le 29 octobre 1594. Get infortune magistrat avoit ete elu maire cinq fols ; il en exerijoit les fonctions de- puis le mois dejuin 1587. Samortne pre- ceda que de sept mois le triomphe complet du parti dans lequel il avoit pris trop tard la resolution d'entrer , et la soumission de la ville a I'obeissance du Roi Henri IV. (52) DiscoujRs prononcd par M. Amanton , President , en remettant a M. Laurent ,JoANNE , la medaille d'or de la valeur de i5o fr. a lui dicernde par I'Aca- dimie. c< Monsieur , Les resiiltats des conceptions ingenieu- ses ont le droit de fixer I'attention de I'Academie ;puisqu'il entre dansl'espritde son institution , non-seulement de les re- cueillir, de les discuter, de les jnger , mais encore de les proclamer lorsqti'ajoutant a la somme des applications connues, elles se recommandent d'ailleurs, par le carac- tere d'une ntilite incontestable. La machine que vous avez soumise h. I'Academie, reunit ce double avantage. En eff'et , monsieur , avoir execute une voiture dont la construction est telle que, par I'operation la plus simple, le conduc- teur puisse , en un clin d'oeil , dans un danger imminent , deteler le cheval et en- rayer les quatre roues : c'est avoir resolu un beau probleme : c'est avoir fait une pre- ( 53 ) cieuse conquete sur le vaste domalne de I'inconnu 5 et I'utUite d'une pareille inven- tion est plus que demontree par la fre- quence des accidens qu'occasionnent des chevaux qui s'emportent et cessent d'obeii? a la main chargee de les diriger. Cette invention a du frapper d'autant plus I'Academie , qu'elle a du vous tenir compte de ce que c'est a la lueur du seul flambeau d'un talent naturel, que vous avez inarche a votre but , et que vous I'a- vez si lieureusement atteint. Aussi I'Academie a-t-elle voulu vous donner , monsieur , une marque de son estime : estime qu'elle a du croire avoir du prix a vos yeux , puisqu'en la prenant volontairement pour juge , vous aviez , par le fait , provoque vous-meme ce sen- timent ; et je suis lieureux d'etre dans cette circonstance solennelle , I'organe destine a vous I'exprimer , en vous remettant la medaille qu'une deliberation unanime vous avoit des longtemps decernee. Encourage par ce triomphe public , vous marquerez de nouveaux pas dans la carriere ouvous entraine votre gout. Puisse (54) ^ bientot un nouveau succes votis appeler aux honneurs d'un nouveau triomphe ! Alors , comme aujourd'hui , rAcademie verra sans doute son jugement confirme par tout ce qu'offre de plus eclaire , cette ville ou vous avez eu I'avantage de con- tracter en naissant, le germe du talent heu- reux dont vous cueillez le premier fruit.» 1R.APPORT fait a I'Acaddmie de Dijon _, le 73 mars i3n , sur une voiture presentee par M. Joanne , demeurant en cette ville. Messieurs, Vous nous avez charges, M." Antolne, Proudhon et moi , d'examiner une voiture presentee par M. Joanne , et de vous en rendre compte : voici le resultat de nos observations . Cette voiture , qui est un char a quatre roues , dif'f^re des autres voitures de merae esp^ce , par 1' elevation et la forme de son fond , par la maniere dont le cheval y est atele , et par quelques pieces adaptees aux roues et aux essieux. (55) Le fond de cette voiture est compose de deux plateaux horlzontaux et de meme elevation , separes par un intervalle d'en- virono"" 3j de deux planches verticales de o "* 4 tie hauteur environ , et qui s'elevent sur les plateaux de pai^t et d'autre de I'intervalle qui les separe , et sur les- quels est etablie une troisierae planche qui peut au besoin servir de siege ; les deux ouvertures laterales que laisse I'espece d'encaissement forme par ces trois plan- ches , sont fermees par deux pieces qui retablissent la regularite de la caisse de la voiture , et qui sont mobiles autour de charnieres placees a leurs parties superieu- res ; a ces deux pieces et sur leurs faces interieures , sont fixes deux anneaux aux- quels sont attachees les extremites d'une corde qui passe par un autre anneau place au. milieu de la planche horizontale de I'encaissement , et qui est attachee d'autre part par son milieu a I'un des bras d'un levier dont I'axe est place au milieu de la planche anterieure et verticale de I'encais- sement , lequel levier est retenu par son propre poids dans la position verticale 5 (56) I'autre bras de ce levier tombe entre deux portions de cercles horizontaux qui tien- nent a I'av ant- train. Lorsque celui-ci vient a tourner dans un sens ou dans I'autre , la portion de cercle correspondante rencontre le bras inferieur du levier et le pousse ; la corde est alors tiree par le bras superieur , et les deux pieces qui ferment I'encaisse- ment s'ouvrent en meine temps et laissent passage a la roue : cette disposition donne evidemment a la voiture dont il s'agit , toutes clioses egales d'ailleurs , I'avantage incontestable d'etre moins sujette que les autres a verser , puisque son fond a entre 3 et 4 decimetres d'elevation de moins que celle qu'on lui donne ordinairement. Cet avantage n'est pas le setil que doit presenter cette voiture j la maniere dont le cheval y est atele en offre un plus im- portant encore , puisque par son moyen il peut etre detele instantanement , s'il vient h s'emporter , et il n'entraine avec lui que ses harnois : voici comment cet effet est produit. De part et d'autre du collier du cheval , sont deux cordons attaches d'autre part a (^7) deux fourreaux en cuir de o "* 6 de long , fermes seulement a leur partie anterienre , et apres lesquels tiennent la dossiere , la ventriere et les reculemens ; on introduit les brancards de la voiture dans ces four- reaux , et les deux traits s'attachent aux points ordinaires a deux boucles dont les ardlllons sont remplaces par deux broches de fer, qvi'on passe par deux trous pra- tiques aux extremites des traits , et qui , en s'appuyant sur les boucles , donnent a cet atelage toute la solidite necessaire : ces deux broches peuvent ^re tirees de- puis la voiture , a I'aide de cordons atta- ches a leurs extremites ; alors les traits se trouvant degages , le cheval suit et em- porte les fourreaux et les harnois qui y tiennent. On peut done , par ce moyen , se debar- rasser en un instant d'un cheval qui s'em- porte ; mais comme alors il est anime d'une grande vitesse , la voiture qu'il abandonne la partage ; et s'il a pris , au moment ou onle degage, une niauvaise direction, la voiture continuant encore de se mouvoir avec assez de rapidite , pourroit exposer ( 58 ) a de grands dangers les personnes qui s*y trouveroient placees ; I'idee precedente perdroit done une grande partie de son interet , si M. Joanne n'eut pas donne un moyen sur d'arreter les mouvemens de la voiture. II nous en avoit d'abord presente un tres defectueux j mais peu apres il nous en offrit un nouveau qui nous a paru tres bien remplir I'objet dont il s'agit. II dispose a cet effet tres solideinent sur la partie interieure du moyeu de chaque roue , une espece de limagon ou iilet de vis en fer , et sous I'essieu , pres de cliaque roue, un levier aussi en fer dont I'axe tient a I'essieu , et dont le bras le plus eloigne de la roue est le plus long et le plus lourd J le bras le plus court est recourbe en forme de crochet , et lorsque le levier est abandonne a lui-meme , le crochet tou- che la surface du moyeu. Aux extremites des plus longs bras sont attaches des cor- dons qui se reunissent en un seul k I'aide de petites poulies de renvoi disposees con- venablement , et ce cordon etant tire tient les longs bras souleves , et par consequent les petits bras ecartes des moyeux j mais {59) ce cordon peut etre abandonne a ractlon des leviers en tirant celui qui sert a dete- ler le clieval ; alors au m^rae instant les crochets touchent les essieux , les rones en tournant presentent leurs filets de vis k ces crochets , et aussitot que ces filets sont presses par les crochets , il est impossible que les roues continuent de tourner j elles ne peuvent done plus que glisser , et cette circonstance est trds suf fisante pour arreter le mouvement dela voiture. On aper^oit que celle-ci peut s'arreter avant que les quatre roues ne soient en- rayees ; car comme elles ne sont pas ge- neralement disposees de maniere que les filets de vis pressent en meme temps les crochets , il suit qu'elles ne s'enrayent que successivement , mais constamment j cha- que roue est toujours enrayee avant que d'avoir fait une revolution entiere. On voit aussi que ces roues peuvent s'enrayer en reculant. II faut encore observer que le merae cordon qui tient les leviers souleves , re- ticnt en meme temps deux fiches en fisr qui glissent dans des ouyertures pratiquees (60) au fond de la Voiture , et qui , lorsqu'elles sont abandonnees a elles-memes , descen- dent entre ces ouvertures et se prolongent devant I'essieu du devant , sans cesser d'etre retenues par le fond meine de la voiture ; de maniere que lorsqu'on lache ce cordon , ces fiches s'opposent a tout mouvement de rotation de I'avant-train , ce qui detruit tons les mouvemens obliques que pourroit prendre la voiture avant que d'etre entiereraent arretee. Quoique d'apres la description de cette voiture , il soit difficile de douter des avan- tag€S que sa construction presente , nous avons cependant voulu que I'experience Vint confirmer la bonne opinion que nous en avions conque j elle a ete repetee plu- sieurs fois avec succes sur un terrain ho- rizontal , avec toute la Vitesse du cheval ; et pour ne point oraettre I'epreuve la plus defavorable, nous avons aussifait rouler ce char avec rapidite sur une descente , et les mSmes succes ont suivi cette epreuve ; c'est- a-dlre qu'instantanement le cheval a quitte la voiture qui s'est ensuite arretee avant meme que les roues du devant n'eussent fait un tour. ( ^1 ) Nous croyons done devoir vous presen- ter cette machine , comme una invention en mfime temps simple , ingenieuse > et dont I'utilite est plus que demontree par les accidens malheureusement trop f're- quens occasionnes par les chevaux qui ne peuvent plus etre diriges ; nous pensons nieme qu'elle est susceptible de peu de perfectionnement , si ce n'est dans le jeu des crochets destines a I'enrayement. II paroit cependant que I'idee de deteler le cheval n'est pas neuve , et que les An- glais Font eue avant M. Joanne ; mais , d'apres le peu de renseignemens que nous avons pu recueillir , dans le procede em- ploye par les Anglais , le cheval emporte les brancards qui sont alors exposes a ^tre brises , et qui peuvent en meme temps blesser le cheval ; d'ailleurs rien n'annonce qn'ils aient imagine d'enrayer les roues ; de maniere que nous sommes tr^s port^s a croire que cette idee vraiment remar- quable par sa grande simplicite , ainsi que celles que supposent encore les details pre- cedens , sont dues b. M. Joanne , qui vous a deja donne des preuves certaines de sou (60 intelligence et de son imagination dans des essais a la verite raoins lieureux ou d'une utilite raoins evidente j et nous pen- sons que I'Academie , jalouse d'atteindre le but principal de son institution , qui est d'exciter les idees utiles en encouiageant ceux qui les con^oivent, approuvera le desir que nous avons de la voir accorder k M. Joanne des temoignages d'inter^t et de satisfaction. Proudhon. Berthot. Antoine. Memoire de M. Fremyet , sur les mo- numens trouves dans la demolition d'une partie de la tour du petit Saint- Benigne. — 4 decembre iSii. Messieurs , II y a quelque temps Je vous al presente des observations sur la ma^onnerie de la tour dite du petit Saint-Benigne j j'ai cher- che a reconnoitre le mode de construction des fondations de cet edifice, reste des anti- ques fortifications du castruni Divionense. Je vais actuellement examiner sous d'autres ( 63 ) ^ rapports les monumens qui sont sortls de cette fouille. lis ont ete recueillis par vous, ils font partie de votre collection j mais ils peuvent etre degrades par le temps , ou detruits par quelques circonstances ; leur description deviendroit alors utile pour reclaircissement des monumens que d'au- tres fouilles peuvent procurer. Nous devons regretter que les fragmens d'antiquites trouves a Dijon depuis plu- sieurs si^cles , n'aient pas ete tous dessines et graves , ou au moins decrits avec exac- titude. Quelques-uns de ceux que nous possedons actuellement pourroient peut- ^tre , par le moyen de rapprochemens surs et de comparaisons faciles , etre connus d'une maniere avantageuse aux progres de la science. Si la confrontation des monumens dolt faciliter et souvent determiner leur^xpli- cation , il est important de donner a la representation et k la description de toutes leurs parties , la fidelite sans laquelle ceux qui se livrent k leur examen et a leur ^tude, ne peuvent que s'egarer , former des conjectures vagues, batir des syst^mes. (64) et entrainer les autres dans les erreurs auxquels ils se sont eux-memes iivres. Si I'interpretation des monumens anti- ques presente des difficiiltes a ceux memes qui joignent de vastes connoissances a une grande habitude de Pobservation , il sem- bleroit qu'au moins la description et la re- presentation exacte de ces monumens dut etre une chose ordinaire ; et que I'anti- quaire , qui ne pent pas voir les objets de ses etudes et de ses comparaisons , dut compter sur les rapports des temoins ocu- laires. Mais dans les sciences comme dans les evenemens publics et particuliers , les faits s'alt^rent souvent et se denaturent m§me a leur source. Et mallieureusement la confiance des antiquaires dans les ma- teriaux qu'ils emploient , est aussi grande que I'infidelite de ceux qui les leur four- nissent. II devient done interessant pour les pro- gres de la science de conserver scrupuleu- sement la forme et le style dans la repre- sentation 5 les faits et les circonstances dans la description des moninnens. Ces motifs m'ont engage a figurer exac- ( 65 ) tement tous les f'ragmens d'antlquites qui sont sortls des f'ondations de la tour du petit Saint-Benigne. Je les ai tous dessines sur la meme echelle , et avant les mutila- tions que quelques-uns de ces monumens ont ^prouvees. Leur examen et la description que j'en al f'aite n'offrent rien de nouveau sous les rapports liistoriques et scientifiqvies. Mais les monumens les moins interessans en apparence , peuvent un jour le devenir beaucoup ; et cette consideration est par- ticulierement applicable a ceux de notre ville. Les fragmens d'antiquites de Dijon sont disperses comme materiaux dans des constructions considerables. Ce sont des pieces de rapport qui dans leur isolement ne presentent souvent que des clioses peu importantes ou inintelllgibles, mais qui par la suite peuvent trouver leurs analogues , leurs correspondantes , etre mises a leur place, completees, eclaircieset expliquees. C'est ainsi qu'a I'aide de I'un des monu- mens decrits par M. Legouz de Gei'land , on peut connoitre la signification d'une figure representee surunepierre tumulaire 5 (66) ^ qui fait partie de la derniere decouverte , comrae j'aurai roccasion de le remarquer dans la description particuliere de ce petit monument. Les I'ragmens d'antiquites trouves dansle massif de la tour du petit Saint-Benigne , sont au nombre de treize , et presentent vingt-deux faces sculptees ou inscrites. Le Journal de la Cote-d'Or , du q.5 juin 1809 , en faisant connoitre cette decouverte , a donne une cotirte description de quelques- uns de ces monumens. Ce sont, dit I'au- teur de cette annonce , des frises qui re- presentent , les unes des enfans tres bien dessines , les autres des emblSmes , corame un miroir ovale , un instrument de jardi- nage , etc. Sculptees des deux cotes, elles offrent, celle-ci une draperie faite avec gout, celle-Ia. les lettres LLI, au-dessous desquelles se trouve une S , et de I'autre face les lettres ION. Une corbeille de fruits, et sur-tout une cassolette qui servoient d' architrave , indiquent que ces morceaux datent d'un des beaux temps de la sculp- ture. Cette description pr^sente des clioses tellement opposees aux piincipes et aux usages de I'art , qu'elle pourrolt faire con- siderer les monumens dont 11 s'agit comme des ouvrages extraordinaires , et tout-^-f'ait hors des regies generalement et constam- ment sulvies en architecture. II est done important de les decrire en detail et avec fldelite , et de cherclier a ren- dre a chacun d'eux sa forme veritable et sa destination natiirelle. Parmi les objets decouverts dans cette fouille , on doit particulierement conside- rer , sous le rapport de I'art , un fragment qui formoit I'une des parties angulaires d'un entablement corinthien recoupe. La frise represente surune faceune guirlande de fruits et une bandelette , et sur la face enretour, une espece d'enroulement d'pu part une autre bandelette. Les parties les plus saillantes des ornemens de cette frise ayant ete abattues , ce qu'il en reste ne pr^- sente que des details interrompus et qui ne peuvent pas donner les moyens d'en resti- tuer I'ensemble. Les bandes de I'architrave ne sont pas lisses ou accompagnees d'une baguette ; elles sont ornees , la bande su~ ( 68 ) perleure cVun astragale compose d' olives et de perles qui alternent ; celle qui suit est couverte de fleurons inclines j la petite bande manque , elle a ete abattue par les degradations anciennes. Le culot de la guirlande , les fruits , les astragales, les fleurons qui decorent ce beau fraaraent malheureusement inutile , sont d'un excellent gout , et travailles avec une rare perfection. Les autres ornemens ne sont pas, comme on I'a annonce , des frises portant des emblemes tels qu'un miroir ovale , un instrument de jardinage, etc. Ce sont des raonumens funebres, ainsi que le prouve Vascia des tombeaux que Ton y voit ilgu- ree. On n'a point non plus trouve de frises sculptees sur les deux cotes opposes. Cette particularite que la destination de la frise rend impossible , ne pent avoir lieu que sur les membres d'architecture isoles, et non pas sur ceux qui sont inherens au corps de I'edifice , et qui ne peuvent offrir qu.'une seule face et quelquefois les retours. Les inscriptions gravees sur les deux cotes opposes de I'une des pierres de cette (^9) foiiille , ne sauroient par la nieme raisoii avoir fait partie d'une frise. Ces inscrip- tions n'ont pas ete non plus donnees avec exactitude , les lettres ont ete changees et les lignes confondues. On ne con<5oit pas non plus comment une corbeille de fruits et une cassolette pouvoient servir d'architrave. Le monument siir lequel on voit la corbeille de fruits est sculpte sur trois faces. II peut etre regarde comma un autel. Sur chacun de ses cotes, on voit iin petit genie aile. Sur la face anterieure est cette corbeille de fruits qui n'indiqtie pas plus que la cassolette , que ces mo- numens datent , comme on I'a public , d'un des beaux temps de la sculptiire. L'une et I'autre sont d'une mauvaise execution , et, sous le rapport de I'art, les monumens les moins interessans de cette collection. Parmi les pierres qui sont sculptees sur plusieurs faces , et qui paroissent avoir forme des monumens particuliers , on doit distinguer le fragment qui represente d'un cote un banc soutenu par une console , et sur lequel on voit les deux pieds d'une petite figure j au bas du banc sont les ( 70 ) ^ ^ restes d'une figvire de plus grande dimen- sion. La disposition des pieds fait voir que la figure etoit droite , ce qui est encore in- dique par un marchepied suppedaneum place devant elle , et sur lequel ni I'un ni I'autrepiedn'est pose. Aucune autrefigure, aucun accessoire , aucune inscription ne peut faire connoitre ce que representoit ce monument. Les deux autres faces de cette pierre qui est sculptees sur trois cotes, offrent , I'une un reste de pilastre decore de feuilles d'eau, I'autre un vase dont les anses partant des levres par une rosace, vont se terminer a la base. La gorge est garnie de cannelures plates, et le ventre en- tourede cannelures cucurbitacees. Pres de ce vase on en voit un plus grand du meme genre , mais different dans les details. Sur Tune des anses de ce vase, etoit placee une figure dont il ne reste que le pied et la moitie de la jambe gauche. Ces orne- mens et ce reste de figure ont-ils quelque rapport avec la representation de la face principale , ou ne sont-ils que des orne- mens de caprice ? C'est ce qu'il est impos- sible de reconnoitre. 11 est difficile aussi (70 de determiner quelle est cette fignre dra* pee dont il ne reste que les deux pieds ainsi que le bas de la tunique , et qui , dans son integrite, devoit etre droite de- vant le banc au bas duquel se trouve I9 niarchepied. Cet accessoire et le calceus servant de chaussure pourroient faire pien- ser qu'elle representoit un magistrat ro- main. Quant au genre du monument , on ne pent savoir s'il est sepulcral , ou s'il a rapport a quelqu'evenement ou a quelque ceremonie. On ne peut former a cet egard que des conjectures trop vagues dont rien ne pourroit appuyer d'une maniere satis- faisante le developpement et les conse- quences. Parmi les fragmens mutiles qui provien- nent de cette fouille , on remarque les restes d'une figure grande comme nature, presque ronde-bosse , et dont il n'existe que le tiers du milieu. Elle est vetue d'une toge savammentsculptee. Le sinus de cette toge est artistement dispose , a ete bieix etudie , bien traite , et peut off'rir un beau modele de ce genre de draperie. On voit encore un buste de Jupiter ( 7^ ) taranis , grand comme nature , portant tin foudre compose de trois rayons armea cliacund'une fleche. Cette jfigure est vetue du sagum gallicum. Son costume , et plus encore le style de I'ouvrage , indiquent suffisamment que c'est un monument da culte gaulois. Cette fouille a fait connoitre encore une figure portant une tunique a manclies , et dont il ne reste que le torse et un bras. La draperie est largement faite et bien dispo- see. Cette figure a ete dessinee dans le massif de la fondation , n'en a point ete tiree , et a ete recouverte par les rem- blais. Un autre monument plus entier et raieux conserve , represente une femme sculptee en bas-relief. Elle est vetue d'une tunique et porta la palla qui lui couvre les deux epaules. La main droite est nue , et la gauche qui releve ce vetement est entiere- ment cachee. La tete est decouverte j les cheveux sont sur le devant disposes par masses , et sur le derriere tresses et reunis au sommet en une espece de tortillon for- inant la coiffure appelee nodus. Cette figure (73) a pour fond des panneaux de menulserie , un grand vase a deiix anses et une ban- delette. Le Journal de la Cote-d'Or, en publiant cette decouverte , a parle de ce vase comme d'un miroir ovale. Cette me- prise vient sans doute de ce que I'ouver- ture du vase presente un ovale a cause de refi'et de la perspective. Quand on ne ver- roit pas les deux anses et les cannelures qui decorent ordinairement les vases , cet accessoire ne pourroit pas etre pris pour un miroir 3 il a le tiers environ de la gran- deur de la figure , et une telle dimension ne pouvoit convenir aux miroirs des an- ciens qui etoient petits, parce qu'ils etoient portatifs et fabi-iques en metal. Les me- dailles , les peintures des vases de la Grande Grece , vulgairement nommes vases etrus- ques, et d'autres monumens, en of'frent la representation , qui s'est raeme conservee sur nos calendriers comme signe de la pianette de Venus. A cote de ce vase est une bandelette. Ces deux emblemes que Ton voit sur plusleurs monumens sepulcraux , peuvent avoir rap- port a quelqu'tnitiation , ou ne sont que (74) des orneraens dependant du caprice de 1 'artiste. Sur la m^me pierre se trouve sculpt^ en retour le buste d'un enfant vetu de ses langes incunabula. A cote de lui est una grande draperie disposee comme un rideau qui n'est point developpe. Un des bouts de cette draperie est garni d'un gland et d'une houppe. L'ascia des tombeaux suspendue au- dessus de la tete de I'enfant , et qui , dans la description du Journal de la Cote-d'Or a ete prise pour un instrument de jardi- nage , indique assez clairement que cette pierre sort d'un monument sepulcral. Uascia ne presente aucune particularite nouvelle j elle est sculptee comme celles que Ton voit sur plusieurs monumens de ce genre. II paroit que ce tombeau etoit commun a la mere et a I'enfant. Ce dernier est de grandeur naturelle ; la femrae est dans une proportion beaucoup plus petite ; cette difference vient de ce que les deux faces de cette pierre n'ont point ete sculp- tees dans le meme temps , ni par le memo ( 75 ) artiste; ce qui d'ailleurs est facile h. recon- noitre par la dissemblance du style , pau- vre , sec , incorrect dans la figure de la mere , et mieux entendu sous tous les rap- ports dans la representation de I'enfant. Trois boucliers sculptes sur une autre pierre forment un trophee. Deux de ces boucliers sont en carres longs , courbes en forme de tuile , du genre du bouclier scu- tuni; leur bordure est composee de fleu- rons enfermes dans un double filet. L'autre bouclier clypeus est ovale ; ce bouclier presente la face interieure, mais les bras- sieres ne sont pas flgurees ; le milieu de ce bouclier ou Vumbo est releve en bosse , on en voit la partie convexe sur les bou- cliers qui sont carres , et la partie concave siir le bouclier ovale. Un monument plus petit que tous les autres semble neanmoins etre d'un plus grand interet , parce qu'il n'off re pas des ornemens mutiles, desunis, ou de simples objets dc decoration ; mais parce qu'il re- presente une action. On y voit un liomme Vetu de la tunique gauloise et place dans une voiture du genre de celles appelees (7M ^ henna benne ; il est covirbe et tient le mo- dius qu'il emplit de grains pour decharger la voiture. Le fond de ce bas-relief est rempli par un petit edifice distyle sur- monte d'un fronton. Uascia gravee sur cette pierre prouve qu'elle sort d'un mo- nument sepulcral. Le defaut d'inscription ou la perte de celles qui pouvoient accompagner cette sculpture nous empeclie de connoxtre le nom du personnage que renfermoit le tombeau. II seroit meme difficile de de- terminer ce que ce monument repr^sente , si son rapprochement avec un des frag- mens antiques publics par M. Legouz-de- Gerland , n'indiquoit pas clairement le tombeau d'un nautonnier de la Saone , nauta araricus. Sur les deux monumens , les figures sont placees dans une voiture du meme genre et occupees du meme tra- vail. Le petit edifice represente sur le mo- nument recemment decouvert est I'indica- tion du magasin public des bles horreum publicum. Cet edifice ne setrouve pas sur le tombeau public par M. Legouz-de-Ger- land } il etoit probablement sculpte sur la (77) _ partie qui manque ; il paroit par ces deux fragmens que cette representation, etoit commune aux nautonniers de la Saone, et designoit le genre de leur commerce. Ces deux monumens ne doivent plus lais- ser de doute sur I'explication de sembla- bles figures que les fouilles suiyantes peu- vent f'aire decouvrir. Une autre pierre ne porte que des frag- mens d'inscription qui out ete publics dans le journal de la Cote-d'Orj c'est une frise , dit-on , qui offre les lettres LLI au-dessous desquelles se trouve une S, et de I'autre face les lettres ION. Rien n'indique une frise dans la pierre sur laqvielle on lit ces caract^res. Les trois pretendues lettres ION seroient tine sorte de bonne fortune dans rexplicatlon des monumens antiques de Dijon, si on vouloit se livrer a la restitu- tion conjecturale de ces inscriptions j car ces lettres pourroient etre alors presentees comme une dependance dvi mot Divio ou de ses composes. Mais au lieu de s'arreter ^ ces scientifiques erreurs dont plusieurs antiquaires ont donn^ le dangereux exem- ple , il faut se contenter de voir les choses comme elles sont , quelque simples qu'el- les ptiissent paroitre. L'inscription gz^avee sur la premiere face de cette pierre contient dans la premiere ligne les lettres 10 , suivies d'un point trian- giilaire , ensuite le commencement d'une M , et dans la seconde ligne la lettre N et le commencement de la lettre V. Sur la face opposee on voit les lettres LLI , et au-dessous la fin de la lettre V et la lettre S. Ces caracteres presentes ainsi dans leur integrite et sulvant leur ordre forment une inscription dont le sens est Jovi maximo, numlnlbus sous-entendu domus augustae libentissime votum solvit. L'inscription marque clairement que cette pierre faisoit partie d'un monument votif J elle fait connoitre la divinite a la- quelle elle est dediee j mais elle n'indique ni le motif du voeu , ni le personnage qui s'en acquitte. Sur une autre pierre taillee en forme d'autel carre et qui est sculp te sur trois faces , on voit k cliaque cote un petit ge- nie aile , et sur la face du milieu une es- pecede petite table en forme de plateau. (79) soutenu sur tin pied et portant un plat rempli de raisins , de poires et d'autres fruits. L'un des genies ailes semble mar- cher, I'autre est arret^. La position de sa main et la direction de ses doigts indi- quent I'intention du sculptetir qui a voulu figurer un enfant qui pisse. Cette pierre aete annoncee dans le journal de la Cote- d'Or comme une frise j il est evident qu'elle n'a pu avoir cette destination , puisqn'elle est sculptee sur trois cotes. La nudite de I'enfant, la position de sa main sur certaine partie de son corps ont fait penser a. quelques personnes qu'il etoit une representation de Priape. Dans ce cas, la figure de la divinlte auroit occupe la face principale et non pas un des cotes du monument. D'alUeurs , les modestes attributs d'un foible enfant n'ont rien de commun avec la monstrueuse et indecente representation du Dieu des jardins. Quoi- que ce monument par sa forme et par ses dimensions puisse passer pour un autel, il seroit plus naturel , d'apres le genre des ornemens qu'il repr^sente, de le consid^- rer comme un socle ou comme un simple objet de decoration. (8o ) Ce qui veritablement est un autel , c'est le monument qui sur trois faces represente Hercule , Mercure et Junon , figures en pied , sculptees en bas-relief et d'une pro- portion demi-nature. Quelques antiquaires ont pretendu que les temples ou au moins les autels etoient cliez les Grecs et cliez les Romains consacres exclusivement a la meme divinite. Ce monument est une nouvelle preuve du peu de fondement de leur systeme. On sait d'ailleurs que cjuel- quefoisles dlfferens Dieux etoient surnoni- mes les uns cuyj/^o; , les autres &v[/,Qci)uoi , lorsqu'ils avoient des temples ou des au- tels communs ; on associoit au meme culte les divinites qyi par leur naissance , leur pouvoir , leurs attributions , et par d'au- tres rapports mytliologiques , pouvolent ^tre reunies dans les liommages qu'on leur rendoit et dans les pieces qui leur etoient adressees. C'est ainsi qu'a Trez^ne on sa- crifioit aux Muses et au Sommeil sur un autel consacre par Ar talus. Pausanias qui rapporte ce fait nous apprend encore que dans le temple de Jupiter Capitolin a Rome, les lionneurs d'un meme culte se parta- (8i ) geolent entre ce Dieu, Junon etMinerve* La reunion des figures d'Hercule , de Mer- cure et de Junon sur notre autel , peut avoir rapport k I'liistoire mythologique d'Hercule persecute par Junon qui avoit excite Eurysthee a lui imposer les douze travaux , et aide par Mercure dans ces entreprises dif'ficiles. Si Ton vouloit pous- ser plus loin les rapprocliemens que peu- vent fournir le placement et les attributs des figures , on diroit que Mercure , occu- pant la face principale de I'autel, se trouve entre Hercule et Junon pour proteger le lieros contre la jalouse et vindicative deesse et qu'il est arme d'une pique , parce que c'est alors Mercure Promachus , le defen- seur, le combattant. Mais au lieu de developper les conjec- tures que peuvent faire naitre les figures representees sur ce monument , il est plus interessant de les decrire avec exactitude. Elles sont toutes trois sculptees en bas- relief dans im renfoncement de la pierre, dont les bords sont de niveau avec les parties les plus saillantes de la sculpture. Cette disposition , assez ordinaire dans les 6 (82 ) monumens gaulois , ne doit cependant pas falre penser que celui-ci soit de ce genre. Quoique le style des figures paroisse infe- rieur au style ordinaire des ouvrages ro- mains , et que I'execution soit incorrecte dans qvielques parties , les details sont ce- pendant niieux indiques et mieux execu- tes que dans les sculptures gauloises et n'ont pas la lourdeur qui les caracterise. Ce monument lorsqu.'il a ete tird de la fbuille offroit la figure de Mercure dans line conservation parfaite , depuis elle a eprouve quelques mutilations j celle de Junon , tres degradee , ne presente que I'ovale dii visage. Des mutilations ancien- nes en ont entierement detruit les traits et efface une partie de la tunique. Cepen- dant on pent juger de I'ensemble et du mouvement de la figiire j le bras qui tient la patere est entierement conserve. L'oi- seau place aux pieds de la deesse , quoi- qu'tm peu mutile et tres-mal execute, est cependant reconnolssable surtout par son aigrette , et caracterise la deesse , que sans cet accessoire , il e-ut ete impossible de reconnoitre. (83) La figure de Mercure est entlerement nue , sans petase nl talonniere j le Dieu est droit, appuye sur une pique, son bras gauche est couvert en partie par sa chla- myde , et dans la main droite il tient une bourse. La figure d'Hercule a ete enfouie sans aucunes mutilations. II y a quelques an- nees , elle a ete considerablement endoni- magee dans le massif meme de la fonda- tion dont elle a ete tiree , par des fouilles et des constructions faites dans la maison contigue. Ces mutilations ont entierement detruit le bras et la jambe droite , ainsi que les details du torse de cette figure j le reste du corps est intact ; la tete est barbue j le corps ne porte d'autres vetemens que la peau du lion jetee sur I'epaule et sur le bras gauche j de la main opposee , le Dieu tient son canthare, et derriere lui on voit son arc et son carquois. Tels sont, MM. , les monumens d'anti- qultes que vous avez voulu conserver dans votre collection. Quelques-uns, com- me vous I'avez remarque, peuvent etre recomraandables sous le rapport de I'art, 7 ( H ) €t cette consideration seule devolt vous engager a veiller k leur conservation. Les autres , par les mutilations qti'ils ont eprou- v^es et par leur caractere n'off'rent pas le meme avantage sous le rapport de I'etude de I'antiquite , mais ils peuvent un jour fournir des secours k ceux qui tenteront d'etudier et d'expliquer les monumens que d'autres fouilles procureront sans doute. L'^largissement de la rue des Singes met- tra k decouvert les murs de I'ancienne enceinte de Dijon et vous procurera les moyens d'augmenter une collection qui cliaque jour deviendra plus coraplette et plus precieuse. Une semblable reunion des divers fragraens d'antiquites decouverts depuis longtemps eut peut-etre donne des ^claircissemens sur les temps anciens de Dijon , si au lieu de laisser disperser et mutiler les monumens, on eut, comme vous le faites, rassemble leurs debris et rendu publiques leurs descriptions. F I N.